Les habitants de Toudon inquiets sont inquiets pour les sangliers sédentarisés avec la réouverture de la chasse


Inquiétude, à Vescous, dans la vallée de l’Estéron. Avec l’ouverture de la chasse, aujourd’hui, certains habitants de ce hameau de Toudon se font du souci pour les sangliers qui se sont installés dans le quartier.

« Ce sont des sangliers libres, raconte une amoureuse des animaux. Mais ils restent autour de chez nous. Il y a deux ans, il y a eu une première génération, avec une femelle qu’on a appelée Maguy. Elle a eu des petits, qui ont grandi. Cette année, il y a de nouveau des marcassins. Certains restent la journée entière. Ils mangent dans la main et tout… S’il y a des battues, ce sera vraiment à bout portant. L’an dernier, plusieurs ont disparu. Je ne sais pas comment on peut les sauver… »

Les habitants de Toudon inquiets sont inquiets pour les sangliers sédentarisés avec la réouverture de la chasse

Rabattus par les loups?

Mais ils sont devenus des petites vedettes de La Capeline, le restaurant du coin. « On en a déduit que c’étaient les loups qui les rabattaient, interprète le gérant. Ils viennent chercher protection. On voit aussi régulièrement des chevreuils. »

poursuit-il. Ils venaient boire au bac à poisson, sur notre terrasse. On a mis une clôture électrique, pour éviter qu’ils bousculent un client. Mais c’est agréable, ludique et éducatif. Ça montre la faune aux gens. Certains s’arrêtent même pour venir les voir. Ça fait un peu comme les cochons de Corse. »

De là à les défendre bec et ongles… « C’est sûr, on aimerait garder ceux-là, mais avec une ou deux portée par an, ça va vite… Les animaux, on les aime aussi dans la casserole, on est cuisiniers. Ça reste des animaux sauvages et la chasse existe depuis des millénaires. »

« Personne n’est venu se plaindre »

Le maire, Pierre Corbin, n’a pas vraiment entendu parler de cette histoire. Ni en bien, ni en mal. « Il y a des rumeurs, mais personne n’est venu se plaindre. On est à la montagne, il y a des sangliers, des renards, des loups. D’après les experts de terrain, les loups se nourrissent des marcassins. On a aussi retrouvé des chevreuils éventrés. »

Quant aux sangliers, « si les gens les nourrissent, c’est un peu inconscient, et un peu gros de leur part. Ça peut transmettre des maladies (les seules maladies transmissibles à l’homme se font en fait par consommation de viande, Ndlr). En tout cas, des battues, il y en a tous les ans. Et il y en aura. »

Combien de chasseurs inscrits cette année? Y a-t-il des battues prévues? À quelle distance minimale faut-il se trouver d’une habitation pour avoir le droit de faire feu? Jean-Paul Dezzole, président de la société de chasse locale, n’est pas très loquace.

« Je ne peux pas vous dire. Il faut que vous voyiez avec la fédération. La chasse sera de nouveau ouverte, ce sera autorisé le samedi, le dimanche et le mercredi. Moi, je ne décide rien, c’est l’équipe qui va au sanglier qui sait où ce sera. »

Questions à Jean-Pierre Caujolle, président de la fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes

Adepte de la chasse en montagne dans le secteur de Saint-Dalmas- le-Selvage, Jean-Pierre Caujolle, président depuis cinq ans d’une fédération qui compte 7.000 adhérents, estime que le gibier sera au rendez-vous. Il explique aussi pourquoi il manifestera le week-end prochain pour la défense des chasses traditionnelles.

La chasse déclinait, et soudain ce regain. Comment l’expliquez-vous?

Avec la crise sanitaire, des citadins ont redécouvert la nature et nos villages. Ils ont besoin de retisser du lien social, et la société de chasse est l’endroit idéal pour s’intégrer. On a déjà atteint les 300 permis de chasse que nous avions fait passer l’an passé. On constate aussi de plus en plus de femmes qui, le plus souvent, ont découvert la chasse avec leur mari ou leur compagnon, et décident de passer le permis. J’ai bon espoir d’intégrer une femme au conseil d’administration de la fédération en 2022.

Quelles sont les conséquences de la tempête Alex?

Nombre de chemins et de pistes sont encore détruits. Notre fédération a accordé des subventions spéciales pour aider à leur restauration. 80.000 euros ont été donnés après les inondations. Chaque chasseur a des journées de travail à effectuer pour la commune où il chasse. Si nécessaire, des sociétés de chasse leur demande de les consacrer à la restauration des chemins hors les sentiers de randonnées. Mais il faudra encore du temps. On a investi également 220.000 euros pour la protection de la biodiversité. Notamment en rouvrant 20 hectares de forêt ce qui permet de favoriser l’expansion du petit gibier. Nous avons aussi travaillé avec les stations de ski pour placer des filets et interdire des zones de hors-pistes pour ne pas perturber certaines espèces sensibles comme le coq ou le lagopède.

Quel est l’état du gibier globalement?

Plutôt bon. Nous étions inquiets de la baisse des chevreaux et éterlous (ndlr jeunes mâles) pour notre population de 20.000 chamois qui subit une grosse prédation du loup dès le départ des troupeaux de moutons. Du coup, on a fermé une grande partie de la saison de chasse l’an passé et cette année on arrêtera le 11 novembre pour reprendre après la fin de la reproduction.

Reste la prolifération des sangliers…

C’est l’un des effets de la fermeture des milieux et du réchauffement climatique avec des femelles qui peuvent se reproduire trois fois en deux ans. La Covid et les intempéries qui ont empêché la chasse n’ont rien arrangé et la population a encore grossi. Heureusement, nous parvenons à protéger les cultures sensibles avec des fils électriques voire des grillages, un travail effectué en partenariat avec la Chambre d’agriculture. Nous investissons 60.000 euros chaque année.

Pourquoi manifesterez-vous à Forcalquier dimanche prochain?

C’est un appel national. Le rassemblement régional se déroulera dans le fief de M. Castaner. Cela répond au chasse-bashing actuel. On assiste à des actions anti-chasse comme le vol de chiens, la destruction de locaux ou le sabotage de miradors de battues alors qu’ils servent justement à protéger les promeneurs… Nous sommes inquiets de certains textes en préparation sur le bien-être animal et nous sommes en colère contre le Conseil d’État qui attaque les chasses traditionnelles.

N’est-il pas temps d’en finir avec la chasse de la marmotte, à la glu?

Si une étude scientifique me prouve que la glu met en péril des espèces protégées, alors je l’interdis immédiatement. En réalité, cette remise en cause se fonde sur des affirmations gratuites. La glue permet d’attraper des grives vivantes que l’on garde en volière pour servir d’appelant ensuite, en novembre et décembre. Je pense que l’impact sur les passereaux est sans commune mesure avec les éoliennes ou les chats errants.

Le braconnage, une préoccupation?

C’est un vrai souci. L’an passé, des Italiens sont venus braconner en 4×4 dans la Roya. On a réussi avec l’Office de la faune et de la biodiversité, en collaboration avec les carabiniers, à attraper des Italiens venant braconner en France. Certains condamnés en Italie et interdits de port d’arme chez eux viennent chasser en France. J’aimerais que la justice niçoise m’aide en les inscrivant sur ses fichiers afin de leur refuser la validation de leur permis de chasse.