« Les premiers signes du mécontentement de la population sont déjà visibles »


Ilia Iachine lors d’une audience au tribunal municipal de Moscou, le 13 juillet 2022. DMITRY SEREBRYAKOV / AP Ilia Iachine, 39 ans, est l’un des rares leaders de l’opposition démocratique russe à n’avoir pas fui le pays. Il a été interpellé à Moscou, fin juin, sous des motifs fallacieux, après s’être engagé contre la guerre en Ukraine.

Le 8 août. durant son procès, de ce compagnon de route d’Alexeï Navalny – déjà condamné –, et de Boris Nemtsov, assassiné en 2015. Il risque désormais une peine allant jusqu’à quinze ans de prison. La procureure a exigé que l’audience se déroule à huis clos pour « ne pas permettre à Iachine de populariser ses opinions contre la guerre ».

L’opposant, qui assistait à la séance depuis la prison par liaison vidéo, a exhibé une pancarte sur laquelle était inscrit le slogan « Non à la guerre » au moment où le tribunal a annoncé sa décision. Il répond aujourd’hui aux questions que Le Monde lui a transmis à travers ses avocats. Article réservé à nos abonnés En Russie, l’heure est à la dénonciation des opposants à « l’opération spéciale »

Vous saviez que vous risquiez d’être emprisonné.

Quelles mesures avez-vous prises pour votre sécurité personnelle, pour votre santé et pour vos proches ?

Je me suis préparé moralement. Il est très important de s’interroger honnêtement dans une telle situation  : suis-je prêt à aller en prison pour mes convictions ? Il faut avoir une idée claire de ce qui vous attend, ne pas se faire d’illusions et ne pas être hanté par le doute. Le dissident soviétique Vladimir Boukovski, qui a connu les prisons et les camps, m’a expliqué un jour  : « Si, avec de la volonté, tu parviens à supprimer cette peur, tu deviens pratiquement invulnérable pour le système.

 » Je suis conscient que c’est plus facile pour moi que pour la plupart des prisonniers en Russie. Tout d’abord, je crois sincèrement que j’ai la vérité de mon côté – et cela me donne de la force. Deuxièmement, l’arrestation n’a pas été une surprise pour moi.

Mon état psychologique est stable, j’ai fait soigner mes dents et ma santé à l’avance. Enfin, je ressens un grand soutien de la part de ma famille, de mes amis et de la société. Chaque jour, d’énormes quantités de lettres arrivent dans ma cellule, j’en ai déjà reçu plusieurs milliers.

C’est un choc pour les autorités pénitentiaires. Ce soutien est très encourageant pour moi.

Quelles sont vos conditions de détention ?

Pendant les deux premières semaines, j’ai été maintenu en cellule individuelle, afin d’être soumis à une pression psychologique.

Honnêtement, cela n’a pas fonctionné  : je lisais tranquillement, j’écrivais beaucoup et j’essayais de me plonger dans un travail intellectuel. Puis, l’administration m’a transféré dans une cellule commune. L’un des détenus a d’emblée cherché à me placer dans la hiérarchie criminelle, afin de tester ma stabilité émotionnelle.

Mais les autres compagnons de cellule m’ont vite reconnu et exprimé leur respect. J’ai finalement été bien accepté. Il vous reste 81.

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