Les témoignages clés de la mère et du beau-frère de Valérie Bacot


C’était l’un des moments les plus attendus du procès. Le témoignage de la mère de Valérie Bacot, entendue pendant trois heures par le tribunal de Chalon-sur-Saône ce mercredi 23 juin. Elle a ainsi pu donner sa version des faits, assez différente de celle livrée par Valérie Bacot notamment dans sa biographie Tout le monde savait.

Valérie Bacot voulait partir avec son agresseur

Selon la mère, c’est bien Valérie Bacot qui souhaitait aller voir Daniel Polette en prison dans les années 1990. Il y était détenu pour l’avoir violée alors qu’elle avait moins de 15 ans. Et c’est encore elle qui a fait le choix de partir avec son agresseur.

Une lettre qui fait mal

« Je n’ai jamais été d’accord pour qu’elle parte, a-t-elle affirmé. Je n’ai pas signé le papier d’émancipation. » A cette époque, Valérie Bacot, enceinte bien qu’encore mineure, avait en effet adressé une lettre « charmante » à sa mère en guise d’adieu  : « J’espère garder mon ami (Daniel Polette, N.D.L.R.), toi ça te regardera pas. Moi je veux rien de toi. Alors, une dernière fois, laisse-moi tranquille. »

Dans son livre Tout le monde savait, Valérie Bacot raconte l’horreur de sa vie auprès d’un tyran

« Elle allait être majeure, la justice ne le réincarcère pas… Qu’est-ce que je pouvais faire ? », demande celle qui n’a quasiment jamais vu ses petits-enfants. Si ce n’est de loin, lors de kermesses d’école.

Pourquoi avoir emmené sa fille voir son violeur en prison ? « J’ai cru à son mea culpa et à sa promesse de ne pas recommencer. »

Joëlle Aubague (mère de Valérie Bacot)

Mais la mère de Valérie Bacot a bien eu du mal à conserver cette posture de victime à la barre lorsqu’est venu le moment de répondre à plusieurs questions. Comment une maman peut-elle emmener sa fille voir son violeur en prison ? « J’ai cru à son mea culpa et à sa promesse de ne pas recommencer. Je ne suis pas d’un tempérament rancunier. J’ai essayé d’excuser, je n’aurais pas dû, j’ai été dépassée par les événements. Quand a-t-elle su que sa fille dit avoir vécu une agression sexuelle de la part de son grand frère ? « J’ai appris cette anecdote, pardon, ces faits-là, lors d’une engueulade. » S’est-elle fait tatouer par Daniel Polette ? « Oui, il en avait fait un de dauphin à Valérie sans me prévenir. Alors je ne vois pas pourquoi je n’en aurais pas eu un aussi même si je suis anti-tatouage. Mais je ne suis pas jalouse. »

Une mère plus préoccupée par l’incarcération de Daniel que par les conséquences psychologiques sur sa fille du viol qu’elle a subie

Concernant la personnalité de Joëlle Aubague, justement, les avocates de la défense ont évoqué un rapport parlant d’une mère « plus préoccupée par l’incarcération de Daniel que par les conséquences psychologiques sur sa fille du viol qu’elle a subie » et « un travail de persuasion pour faire croire que la détention de Daniel Polette est de la faute de Valérie Bacot ».

D’ailleurs, lorsqu’un frère et une sœur de Daniel Polette sont venus voir à la mercerie qu’elle tenait à La Clayette Joëlle Aubague, celle-ci s’est emportée contre eux, ont-ils déclaré. Car c’est sur dénonciation d’un membre de la famille Polette que les enquêteurs se sont penchés sur les agissements de Daniel Polette à l’encontre de sa belle-fille.

Le témoignage glaçant du frère

Ce frère, Alain, a d’ailleurs dressé un portrait glaçant de « l’autre » au tribunal, refusant de prononcer le prénom et le nom de Daniel Polette  : « C’était un être ignoble, toujours avec des armes. Quand il arrivait le vendredi, on avait l’obligation de nettoyer sa voiture, il nous balançait des cailloux, m’a planté une fourchette dans la main parce que je lui avais répondu, a tapé sur mon père à maintes précises. C’était lui le patron. Il faisait ce qu’il voulait de nous. »

« Notre maison, c’était la maison du diable. »

Alain Polette (frère de Daniel Polette)

L’homme se souvient bien de la dangerosité du personnage  : « J’ai cru qu’il allait tuer son ex-compagne Régine. Il aurait pu tous nous tuer. Avec une corde, je m’exerçais à passer par la fenêtre en rappel pour pouvoir m’enfuir vite s’il le fallait. Je ne peux pas dire quelque chose de bien sur lui. Pour moi, ce n’est pas mon frère. Notre maison, c’était la maison du diable. La victime, c’est Valérie, lui c’est le bourreau. Elle a été emprisonnée quand elle était avec lui. Elle ne mérite que la liberté, enfin. Y en a tellement à dire… A 10-11 ans, j’ai cassé de la glace et mis les pieds dedans pour tomber malade et devoir sortir de la maison, pour être loin de lui. »

Même parti et incinéré, il nous hante toujours.

« Même parti et incinéré, il nous hante toujours. J’ai fait des cauchemars où il me plantait un coup de couteau dans le dos, et je me réveillais avec une douleur dans l’autre, ajoute-t-il en larmes. Je me demande s’il avait un cœur, c’était tellement une ordure. Notre père s’est pendu dans le garage. Sûrement à cause de lui, vu la façon qu’il avait de se faire tabasser par l’autre, alors qu’il se baladait en béquilles. L’autre, il frappait toujours les faibles. »

« Dire que c’était un monstre, c’est encore trop gentil. Il était pire qu’une bête sauvage. »

Avant de terminer par ses mots extrêmement forts  : « Dire que c’était un monstre, c’est encore trop gentil pour lui. Il était pire qu’une bête sauvage. Une bête sauvage ferait moins de mal que lui n’en a fait. Il n’y a pas de mot pour décrire cet être. Quelqu’un d’inhumain. Ce qu’il a fait à sa famille… Je n’ai aucun regret qu’il soit mort, j’aurais voulu qu’il parte bien avant. C’était un détraqué  ! »