L’Europe de la défense en débat à Sciences Po Aix


Quatre petites minutes pour répondre à une question, c’est peu quand on est responsable politique avide de convaincre. Mais c’est déjà pas mal quand on est étudiant de Sciences Po, ou simple curieux désireux d’en savoir plus avant de mettre un bulletin dans l’urne le 9 juin prochain. Organisé par la section Provence du Mouvement européen France, mouvement transpartisan qui fédère les acteurs engagés pour l’Europe, en partenariat avec Sciences Po Aix et le Parlement des étudiants, le débat ouvert à tous mardi soir a tenu toutes ses promesses, notamment sur la question de la défense européenne, alors que la guerre en Ukraine fait rage et que l’Otan est sous le feu de l’élection présidentielle américaine. Halte à la « logique de guerre »
Pour Anthony Gonçalves, candidat de la liste menée par Léon Deffontaines (PCF, GRS, L’Engagement, Radicaux de gauche), « au PCF, on dit clairement notre refus d’entrer dans cette logique de guerre. Car c’est le détournement des richesses dont on a besoin pour répondre » à d’autres enjeux essentiels. « Nous sommes aux côtés de l’Ukraine, mais la réponse ne peut venir de l’Otan, qui sert de bras armé à l’impérialisme américain », appuie le communiste. Frédéric Petit, député de la 7e circonscription des Français établis hors de France, pour la liste de la majorité présidentielle, interroge : « Qu’est-ce qu’on défend avec une défense commune ? On défend une question ensemble. Ce n’est pas un problème de territoire, mais de modèle. » La coopération franco-allemande post-guerre de 39-45 est, pour Frédéric Petit, l’exemple même « qu’on aurait dû se taper tous les jours avec l’ennemi héréditaire, mais qu’on a inventé des choses pour coopérer. C’est ça qui est attaqué et qui est à défendre ensemble ». De son côté Kenza Athanasopoulos, candidate de la liste Parti socialiste-Place publique, veut « une Europe puissante, qui protège. Il faut absolument lui donner les moyens de se défendre. La guerre de Poutine, c’est nous qu’elle attaque ». Face à la dépendance de l’UE aux moyens américains, la candidate veut « développer l’industrie européenne de la défense », tout en « restant dans l’Otan mais en faisant de l’UE son deuxième pilier ». Sans lui répondre directement, Stéphane Le Rudulier, sénateur Les Républicains, trouve l’idée d’une défense européenne commune « illusoire. Quand j’entends parler de mutualisation de l’arme nucléaire… qui va appuyer sur le bouton ? Le président de l’Europe, qui est tournant ? ça n’a pas de sens ». Pour sa part, le député RN Franck Allisio, partisan de la dissuasion nucléaire française plutôt que de la diplomatie européenne, a vite fait de citer « l’Europe passoire ». « Peser ensemble face à Poutine »
Kévin Vercin, candidat de la liste France insoumise, souhaite « mettre fin à la guerre en Ukraine le plus rapidement possible ». Dans le même temps, « il ne peut pas y avoir de défense européenne sans politique étrangère commune, or il n’y a pas d’intérêts communs », constate-t-il. Les écologistes sont représentés par Christine Juste, adjointe en charge de l’environnement à la mairie de Marseille. Elle souhaite « taper la Russie au porte-monnaie » en coupant le robinet du gaz et veut « une politique de défense commune, avec la création d’une armée européenne. Si nous agissons ensemble, on peut peser davantage en allant voir Poutine », argumente-t-elle. Enfin, Sven Franck, représentant de la liste « Europe, Territoires, Écologie » (Parti radical de gauche, Régions et peuples solidaires, Volt) appelle à « un gouvernement européen » et à de profondes réformes en vue de la création d’une armée européenne. Voilà quelques munitions passionnantes à verser au débat.