La marionnettiste, Yoanelle Stratman : "Nous n'avons que de très bons retours sur Nos petits penchants"


Nos petits penchants, un récit marionnettique, sans paroles, nous questionne sur notre rapport au bonheur. Avec ce spectacle familial, drôle et touchant, la Compagnie Des Fourmis dans la lanterne tente de répondre à cette vaste question. À savourer, samedi 4 mai, à 10 h 30, à La Maison.

Être heureux, n’est-ce pas ce que tout le monde cherche, dans notre société ?

La Compagnie Des Fourmis dans la lanterne, basée à Lille (Nord), avec sa pièce Nos petits penchants, tente de répondre à cette vaste question sur l’injonction du bonheur avec son spectacle de marionnettes.

Une pièce à la fois drôle et touchante, voire un peu engagée, saupoudrée de jolis effets spéciaux et d’une bonne musique, qui réjouira petits et grands, samedi 4 mai, à La Maison, à Nevers.

Yoanelle Stratman qui a écrit, créé et interprète Nos petits penchants (avec Pierre-Yves Guinais) dévoile les dessous de cette création originale jouée près de deux cents fois.

Telles de petites fourmis travailleuses, ces deux artistes marionnettistes de talent proposent un univers à la fois attachant, poétique et intimiste. Chaque création est, pour la compagnie, un monde à part entière, pointant de profonds sujets de société, de manière éclairée.

Quel message ce spectacle veut-il faire passer ?

Nous l’avons écrit pendant le Covid. Nous sommes partis du constat que le bonheur est, aujourd’hui, devenu un pur produit de consommation. On le voit avec le nombre de livres publiés chaque année sur le développement personnel. Dans les publicités, sur les affiches, cette injonction du bonheur est partout. C’est le sujet du livre d’Eva Ilouz, Happy Cratie. Cette écrivaine explique bien que chercher le bonheur de manière individuelle cela empêche des dynamiques collectives, comme l’entraide.

C’est complètement contre-productif cette recherche du bonheur. Cela peut même devenir pesant.

En fait, il y a beaucoup de gens qui se rendent malades de ne pas être heureux. On le voit, par exemple, sur les réseaux sociaux, avec tous ces grands sourires, disons, de “façade”.

À partir de quel âge peut-on venir voir ce spectacle ?

Je dirais 7 ans. C’est l’âge à partir duquel on peut comprendre au-delà du premier degré et où la notion de concept apparaît. L’idée de ce spectacle est de montrer que l’on a le droit, tout simplement, de ne pas être heureux et d’être différent.. Une vie réussie est-elle nécessairement une vie heureuse ? Pourquoi devrions-nous cacher nos émotions dites “négatives” ?

On utilise beaucoup de métaphores pour représenter tout cela puisque c’est un spectacle d’images, avant tout.

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Dans ce théâtre de marionnettes, aux esthétiques assez décalées, ces personnages aux petits penchants criant de vérité, nous questionnent sur notre quête du bonheur. Ils ont tous leur manière, à eux, de le chercher…

Comment avez-vous réalisé ces marionnettes ?

Sur le précédent spectacle, sur la liberté d’expression, nous avions travaillé le papier, avec tout un jeu d’ombres chinoises. Pour celui-ci, On avait envie de changer de matière. Du coup, on a choisi la laine qui a un côté doux, organique et chaleureux. Et puis, la laine laisse passer la lumière de leur petit cœur. On a travaillé avec une artiste qui s’est spécialisée dans la feutrine. On a feutré nous-mêmes les petits corps de nos marionnettes. Cela nous a pris des heures  ! Leur tête est tout légère, en polystyrène. Pour les yeux, nous avons mis des billes, cela éclaire bien les regards des marionnettes.

Issue de la compagnie de Philippe Genty

La manipulation de ces marionnettes est-elle complexe ?

Je dirais que c’est une sorte de chorégraphie… Nous sommes debout derrière les tables, certes parfois un peu en train de courir (rires). Chacun doit savoir où placer précisément ses mains. C’est une partition très écrite, il n’y a pas d’improvisation.

premium La compagnie Philippe Genty présentera sa nouvelle création

Quels retours avez-vous sur ce spectacle ?

De très bons retours. Et puis, nous sommes toujours agréablement surpris par la qualité d’attention que nous arrivons à obtenir de la part des enfants, à l’heure des écrans et où tout va très vite. À la fin du spectacle, très intimiste, nous aimons proposer au public de venir voir de plus près les marionnettes. Nous adorons échanger avec lui. On remet aussi un petit livret aux familles. Après, libre à chacun de se faire sa propre idée, de s’approprier l’histoire…

Connaissiez-vous déjà La Maison, à Nevers ?

Moi oui, puisque j’ai fait partie de la Compagnie de Philippe Genty [le marionnettiste français le plus célèbre]. J’ai travaillé sur son spectacle d’objets, L’odyssée, ici, en résidence. Pour la Compagnie Des Fourmis dans la lanterne, c’est une première. Nous sommes ravis d’être ici, c’est une minitournée puisque nous avons dix représentations scolaires et une, tout public. Nous serions très heureux de pouvoir revenir pour un prochain spectacle (elle affiche un grand sourire). Et pourquoi pas, en résidence ? On adorerait ! Cette petite salle de La Maison est parfaite pour nos formats de spectacles.

Pratique. Représentation, samedi 4 mai, à 10 h 30, dans la petite salle de La Maison, à Nevers. Tarifs : 9, 7 ou 6 €. Durée : 55 mn. Il reste encore des places. 

Bio expressCréée en 2012, la Compagnie des fourmis dans la Lanterne est le fruit de la rencontre de deux artistes marionnettistes : Yoanelle Stratman et Pierre-Yves Guinais. Tous deux passionnés dans l’art de donner vie à l’inerte, ils travaillent avant tout à partir d’univers visuels, souvent sans texte pour offrir à chacun la possibilité d’imaginer le sien à son échelle. En 2024, les Fourmis retrouveront la rue avec une création pour l’espace public Cinq minutes avec toi. Quatre autres spectacles sont toujours en tournée : Nos Petits Penchants (créé en 2021), Vent Debout (450 représentations depuis 2017, dans 10 pays), Clic (700 représentations depuis 2012, dans 15 pays), Monsieur Watt (350 représentations).

Propos recueillis par Géraldine Phulpin[email protected]