Méthanisation dans le Gers : à Lamazère, des riverains inquiets à la rencontre des porteurs d'un projet


Les opposants au projet de méthanisation sont allés à la rencontre des promoteurs, à L’Isle-de-Noé ce jeudi. Paul Dupouy veut les convaincre du bien-fondé de ce projet, mais les points de crispation sont nombreux.

Des habitants de Lamazère et de communes environnantes se sont retrouvés à L’Isle-de-Noé jeudi soir pour parler du projet Biogazcogne, qui prévoit l’implantation d’une unité de méthanisation sur la commune. À l’intérieur du château, des panneaux détaillent le projet, ses ambitions et son fonctionnement. À l’entrée, des riverains inquiets portent des pancartes pour s’opposer à l’installation de cette unité à proximité de leurs logements.

Paul Dupouy voulait initialement implanter cette unité près de Montesquiou, sur son exploitation. « On épand beaucoup de fiente et de compost qui viennent d’Espagne, et on se rend compte que ce n’est pas forcément bio. On n’est pas très bon sur le plan carbone. » Ce projet de méthanisation doit permettre de transformer des effluents en biogaz d’une part et en digestat, un résidu qui peut être épandu sur les cultures. « C’est un cercle vertueux et une économie circulaire au sein d’une exploitation que l’on trouve attrayant, poursuit l’agriculteur de 28 ans. Il y a une dizaine d’éleveurs qui apporteraient le fumier et le lisier, et une vingtaine d’agriculteurs avec une vingtaine d’hectares chacun chez qui on va récupérer de la canne maïs et restituer du digestat en échange. C’est vraiment un projet territorial : on couvre une quinzaine de kilomètres. »

« On ne peut pas accepter la méthanisation »

Ce projet ne fait pas que des heureux. En 2020, un an après son lancement, les riverains découvrent « par hasard » l’implantation prévue à côté de chez eux. « Il a fallu se bagarrer pour avoir des informations, donc on est allé les chercher, on a gratté et on a découvert ce qu’est la méthanisation. On ne peut pas accepter la méthanisation chez nous », affirme Fabienne Lasportes, présidente de l’association Abivia (Bien Vivre en Astarac et Fezensac), habitante de Saint-Arailles à proximité du lieu envisagé initialement.

Depuis, le projet s’est déplacé à Lamazère, à proximité de la nationale 21. Le projet initial est passé de 10000 tonnes de matières entrantes à 30000 tonnes, afin d’atteindre 60% d’effluent d’élevage pour préserver la rentabilité du projet. Les promoteurs assurent que cela ne change pas la puissance du projet, qui vise une production de 260 Nm3/h* de méthane (CH4), l’équivalent de la consommation annuelle de 2000 foyers.

L’ampleur du projet inquiète

C’est pourtant l’ampleur du projet qui crispe les riverains. « La méthanisation à la ferme, en circuit court, ça peut se concevoir, ça permet à l’agriculteur d’être autonome en énergie. Mais la méthanisation agro-industrielle on s’y oppose parce qu’on peut démolir tous leurs arguments, assure la présidente d’Abivia. Il n’y a aucune retombée positive pour les gens aux alentours. »

Les oppositions se font entendre, à l’image de Fabienne Lasportes (à droite) et d’Abivia.

DDM – NEDIR DEBBICHE

Pour appuyer ses propos, Fabienne Lasportes cite les études scientifiques menées par le collectif national de vigilance méthanisation canal historique (CNVMch). Le collectif estimait en septembre que le digestat provoque un « appauvrissement et une pollution des sols » lors d’une audition à l’Assemblée nationale, avec un faible retour de carbone au sol. « Il n’y a pas de bon sens paysan. Jamais un paysan responsable ne mettra de digestat sur ses terres », affirme la présidente d’Abivia.

Les riverains dénoncent aussi l’avancement du projet, estimant être mis devant le fait accompli. « J’ai sûrement fait une erreur en 2019, admet Paul Dupouy. Je suis parti un peu fort et un peu trop vite, comme quelqu’un qui a 25 ans et qui a la possibilité de développer son exploitation alors qu’il voit le monde agricole s’écrouler devant lui. »

Concertation jusqu’au 17 décembre

Depuis qu’il est relocalisé à Lamazère, le projet est en train d’être redéfini. La concertation est en cours, avec des livrets de dialogue à destination des habitants. « Pendant un mois, on va attendre et écouter les doléances. Ensuite on va tout analyser et retravailler notre projet », assure Paul Dupouy. Cette phase se poursuit jusqu’au 17 décembre.

Les projets se multiplient dans le Gers, les inquiétudes aussi

Le projet Biogazcogne n’est pas le premier projet de méthanisation dans le département du Gers. L’unité de méthanisation de Pellefigue, d’une capacité proche de celle prévue à Lamazère, est en service depuis 2017 sans levée de boucliers. À l’époque, les élus régionaux EELV soutenaient le projet avec l’ambition « d’être la première région en Europe à énergie positive.

Les projets fleurissent désormais dans le Gers et suscitent l’inquiétude des riverains, comme à Gazaupouy et Castelnau-Barbarens. « On n’est pas hostile du tout aux énergies renouvelables, au contraire, mais il faut discuter, il faut de la démocratie, estime Jean-Manuel Fullana, vice-président des Amis de la Terre 32. Les associations qui ont une expertise doivent pouvoir intervenir. Si on suit les ambitions du gouvernement, on mettrait un méthaniseur industriel tous les 3 kilomètres. »

Unité de méthanisation située à Pellefigue, au sud-est du département.

DDM – Archives Sébastien Lapeyrere

« On n’est pas hostile du tout aux énergies renouvelables, au contraire, mais il faut discuter, il faut de la démocratie, estime Jean-Manuel Fullana, vice-président des Amis de la Terre 32. Les associations qui ont une expertise doivent pouvoir intervenir. Si on suit les ambitions du gouvernement, on mettrait un méthaniseur industriel tous les 3 km. »

« Il n’y aura pas un projet tous les 5 km comme l’Etat le veut, c’est pas possible, estime Paul Dupouy. Mais tous les 25 km, je pense qu’il y a un intérêt économique et agricole pour le territoire. »Les opposants demandent plus de concertation. « Le fond du sujet est inquiétant, et il y a un problème de démocratie locale, estime Pascal Levieux, candidat LFI-Nupes aux dernières législatives. Il y a aussi un accaparement par des sociétés foncières de biens communs  : les sols, l’eau, etc. La question, c’est comment on va réussir la transition énergétique. Et c’est pas avec ce projet-là qu’on va réussir. »

* Le normo mètre cube est une unité de mesure de quantité de gaz en conditions normales de température et de pression ; le Nm3/h permet de quantifier un volume de gaz.