Michel-Edouard Leclerc  : « Carrefour et Auchan ne sont plus dans l'horizon immédiat de la concurrence »


Publié le 4 sept. 2020 à 7 :20Mis à jour le 4 sept. 2020 à 7 :39Leclerc a perdu des parts de marché pendant le confinement puis en a regagné après.

Comment expliquez-vous cela ?Pendant le confinement, les consommateurs ont été forcés de se rendre dans les magasins de proximité. Nos hypermarchés ont pâti des règles qui limitaient les déplacements. Ils ont aussi souffert de la fermeture des boutiques non-alimentaires des centres commerciaux dans lesquels ils sont installés, ce qui a diminué leur attractivité.

Dans les zones frontalières, la fermeture des frontières a entraîné une chute des ventes. Notre magasin de Ferney-Voltaire, près de Genève, a, par exemple, perdu 70 % de son activité. Lorsque la frontière a été rouverte, « Le Journal de Genève » a titré « Tous à Leclerc »  !Pendant le confinement, notre chiffre d’affaires n’a cependant pas baissé.

Il a légèrement progressé de 0,1 %. Nos drives (points de collecte des commandes en ligne, NDLR) ont compensé. Leurs ventes ont été multipliées par 3 et ils ont gagné 1,1 million de nouveaux clients.

Après le confinement, les ventes de nos hypers sont reparties. Globalement, notre chiffre d’affaires hors taxe et hors essence a grimpé de 8,8 % en août.Comment un tel redémarrage a-t-il été possible ?Pendant le confinement, les distributeurs ont arrêté de faire des promotions.

Les consommateurs ont pris conscience des prix des fonds de rayon des différentes enseignes. D’autant plus que les achats en ligne permettent de comparer les prix très facilement. Ils ont eu la confirmation que Leclerc était moins cher.

Globalement, nous sommes 5 points moins cher que Carrefour. Sur Internet, nous sommes moins chers qu’Amazon.L’autre raison du redémarrage rapide de nos hypers est qu’ils ont vu arriver 400.

000 nouveaux clients. Sur le million de personnes qui a découvert nos drives pendant le confinement, 38 % sont allés en magasin ensuite, 45 % ont continué sur le drive et seuls 18 % ont quitté l’enseigne.Vous tirez donc profit de vos investissements dans les drives ?Nous avons investi 1 milliard d’euros au cours des quatre dernières années pour refondre et automatiser notre logistique, afin d’être véritablement multicanaux.

Si Auchan a créé le drive, ce sont les Centres E.Leclerc qui les ont développés le plus et le plus vite. C’est un atout majeur.

Notre assortiment en ligne était au début de 7.000 à 8.000 références.

Nous pouvons passer facilement à 15.000 ou 20.000.

Depuis le début de l’année, les ventes de nos drives ont grimpé de 50 %. Nous avons désormais la deuxième part de marché, sur le Net, avec 7,6 %, derrière Amazon qui en totalise 16,5 %, mais devant Cdiscount qui est à 6,6 %. Les autres distributeurs sont à environ 2 %.

Votre discours est axé sur le prix depuis de nombreuses années. Pensez-vous qu’une guerre des prix va être relancée à la rentrée ?Je suis persuadé qu’avec la crise du Covid et les conséquences économiques qu’elle va avoir, l’argument prix reste l’argument majeur. Le prix va être la priorité des enseignes et des industriels.

Quand nous regardons quels autres magasins nos clients fréquentent, nous voyons qu’ils vont chez Lidl, Intermarché ou bien encore à 47 % chez Action, le discounter de produits de grande consommation. C’est un signe clair. Aujourd’hui, Carrefour et Auchan ne sont plus, pour nous, dans l’horizon immédiat de la concurrence…Pour autant, Leclerc ne prendra pas l’initiative de la guerre des prix.

Nos prix resteront bas. Si d’autres se montrent agressifs sur ce thème, comme autrefois Géant a pu l’être, nous répondrons. Mais ce qui nous importe, c’est d’abord notre image prix.

C’est la raison pour laquelle nous allons donner plus de visibilité dans notre communication à notre gamme de premiers prix Eco +. Cela signifie-t-il que l’esprit des Etats généraux de l’alimentation a disparu ?Non, pas du tout. Les clients sont soucieux de leur pouvoir d’achat mais ils restent très sensibles à la qualité, notamment sanitaire, des produits.

Ils recherchent toujours plus de bio. Mais il faut que ces produits, comme les autres, soient accessibles.L’accessibilité est le maître mot.

Le récit des Etats généraux qui vantait une élévation de notre modèle alimentaire était bon et demeure pertinent et nécessaire. Il est dommage que la loi Egalim qui a suivi ait ramené cela à des questions de coûts.Le gouvernement veut un moratoire sur la création des surfaces commerciales.

Cela ne va-t-il pas gêner vos adhérents qui continuent à se développer dans leurs zones ?A vrai dire, il n’y a plus tellement de créations de magasin, quelques agrandissements seulement. Si ce moratoire devient réalité, cela va pénaliser tel ou tel adhérent, mais plus généralement, ce qui m’intéresse c’est de savoir quelle forme d’aménagement du territoire souhaitent les élus.Le Premier ministre dit que les centres commerciaux, c’est fini.

Les collectivités disent « Ne venez pas dans notre centre-ville, ou bien alors sans camion ». J’appelle les élus à dire quel est le bon schéma. Grâce à leur modèle multicanal, les Centres E.

Leclerc s’adapteront à n’importe quelle solution.