moins ou plus polluant ? On vous répond


© JERÔME FOUQUET / OUEST-FRANCE
Si les effets sur la pollution atmosphérique d’une réduction de la vitesse à 30 km/h de la circulation ne sont pas encore tangibles, ceux sur la sécurité routière sont indiscutables.

De nombreuses villes se mettent aux 30 km/h. Mais le débat sur les bénéfices environnementaux a pris le pas sur la question de la sécurité routière. On fait le point.« À 30 km/h, je pense que ça pollue plus. Et les voitures ne le supporteront pas et les garagistes se frotteront les mains. » Chantal, comme beaucoup d’automobilistes, reste sceptique face à la généralisation des 30 km/h en ville. Grenoble, Nantes, Bordeaux, Paris… De nombreuses villes testent ou ont déjà généralisé cette limite de vitesse.Alors, est-ce bénéfique sur le plan de la pollution ? Publiée le 17 août, une étude du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) relativise ce point. Ce dernier a modélisé les rejets de polluants atmosphériques émis par un véhicule en fonction de sa vitesse. Ont notamment été étudiées les émissions de dioxyde d’azote (NOx), de particules fines (PM10) et de CO2e, équivalent CO2 des gaz à effet de serre.Quelles en sont les conclusions ? Que c’est en roulant à 70 km/h que les voitures polluent le moins. Dans les centres-villes, les voitures pollueraient même 15 % de plus en roulant à 30 km/h qu’à 50 km/h.Son rapport ayant suscité quelques critiques, le Cerema, établissement public placé sous la tutelle conjointe du ministre de la Transition écologique et solidaire, et du ministre de la Cohésion des territoires, a toutefois tenu, après coup, à souligner que ses conclusions « ne permettaient pas d’évaluer une zone 30 km/h », rappelant que « le premier facteur influençant les émissions n’est pas la vitesse mais l’accélération ». Arrêts fréquents et redémarrages incessants seraient donc plus polluants que la vitesse elle-même.Un constat également partagé en Belgique. « On consomme, en principe, à vitesse constante, plus à 30 km/h qu’à 50 km/h. Malheureusement, les à-coups, les accélérations font que le résultat peut s’inverser », confirme Pierre Duysinx, professeur d’Ingénierie des véhicules terrestres à l’Université de Liège. « Un trafic régulier à 30 km/h sera toujours préférable à un trafic irrégulier à 50 km/h. Un des points clés c’est aussi d’avoir une régularité du trafic avec, dans le futur, probablement, des systèmes intelligents qui vous permettront d’avoir une vitesse aussi constante que possible à 30 km/h ».

© CAPTURE CEREMA.
Émissions de CO2e et consommation de carburant d’un véhicule léger en fonction de la vitesse.

Des effets induitsTony Renucci, directeur général de l’association Respire (Association nationale pour l’amélioration de la qualité de l’air), s’est confié fin août sur ce sujet à nos confrères de Libération . « Cette mesure n’a pas d’effet direct sur la qualité de l’air et il est important de le rappeler, tranche t-il. Ce n’est pas parce qu’on passe de 50 km/h à 30 km/h qu’on pollue moins. Dans les villes où cela a déjà été mis en place, aucune conclusion n’a été tirée sur la question de la qualité de l’air, il n’y a pas de données. »Le directeur de Respire entrevoit surtout côté pollution des effets induits. Selon lui, rouler moins vite, c’est peut-être rendre possible une réduction des voiries dédiées aux voitures ; autant d’espaces qui pourront être réaffectés aux mobilités douces (vélos, piétons), de facto moins polluantes.Lire aussi : Nantes. 30 km/h depuis un an : une différence pas flagranteEnfin, se focaliser sur la question de la pollution, atmosphérique ou sonore, c’est aussi oublier l’une des principales motivations des élus lorsqu’ils décident d’expérimenter la limitation de vitesse à 30 km/h : la sécurité des usagers de l’espace public. Selon l’association Prévention routière, sur route sèche, avec de bons pneus, il faut 27,5 m pour s’arrêter si l’on roule à 50 km/h et 13,5 si l’on roule à 30 km/h. À ne pas perdre de vue.Quant à la question d’une possible usure prématurée ou accentuée des véhicules qui rouleraient à une vitesse réduire, les garagistes que nous avons interrogés n’ont en rien confirmé cette possibilité. Ces derniers conseillent juste aux automobilistes qui roulent essentiellement en ville de « pousser un peu le moteur de temps en temps, moteur chaud » afin de déloger quelques dépôts, comme la calamine.


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