La montagne cherche de nouvelles voies pour sauvegarder son attractivité


La France est le plus grand domaine skiable du monde  ! Les chiffres du tourisme de montagne en hiver sont éloquents. Chaque année, cette activité représente 120.000 emplois pour plus de 10 millions de visiteurs, dont 26 % d’étrangers. C’est un moteur économique incontestable, qui génère 20 milliards d’euros par an, dont 10,5 milliards pour les stations.Un modèle d’ores et déjà remis en cause par le changement climatique qui bouleverse les équilibres. L’actualité récente, en Isère, dans le parc national des Ecrins, où le hameau de La Bérarde a été dévasté par la crue historique du Vénéon, offre malheureusement encore un exemple des conséquences du réchauffement climatique en montagne.A ce sujet, les études ne manquent pas et les élus concernés se montrent tous très soucieux de l’avenir de leurs territoires. Car s’ils constituent un ensemble biogéographique spécifique (altitude, pente, climat…), les massifs sont extrêmement diversifiés et appellent des démarches territoriales « adaptées », rappellent-ils de concert. Cet hiver, par exemple, la station de moyenne montagne de Métabief n’a pu réaliser qu’un tiers du chiffre d’affaires escompté. Elle aura été ouverte seulement soixante-dix jours… avec la moitié des pistes accessible.

Aider à la transformation écologique des massifs

L’aménagement de ces massifs est de fait façonné par le tourisme (immobilier de loisir, logement des saisonniers) ; et la conciliation avec l’agriculture et le pastoralisme, notamment autour de la ressource en eau, reste un enjeu majeur. D’où l’importance d’associer tous les acteurs de la montagne à une réflexion pour « l’après », comme le préconise le Syndicat mixte du Mont d’Or (dont dépend Métabief).

Les stations-villages doivent arbitrer quant à la diversification de leur activité et nous y travaillons ensemble.Benoît Robert directeur du Cluster Montagne

Pour accompagner ces territoires durement touchés par la crise sanitaire, le fonds « Avenir Montagnes », dévoilé en 2021, a été doté de 331 millions d’euros. Avec l’idée de franchir une nouvelle étape dans l’élargissement de l’offre touristique, comme cela se fait par exemple à La Mongie (Pyrénées) ou à Chamrousse (près de Grenoble) ; et la transformation écologique des massifs comme le mène la Compagnie des Alpes.« Il faut accompagner les activités existantes dans leur transition et aider les stations à mettre en place des activités toute l’année tout en canalisant les fréquentations, sans oublier l’adaptation des métiers », résume Marie-Noëlle Battistel, députée de l’Isère jusqu’à la dissolution (elle est à nouveau candidate) et rapporteur d’une mission d’information sur le tourisme de montagne et les enjeux du changement climatique.

« Slow tourisme »

Un autre objectif de ce plan de relance était également de moderniser un immobilier vieillissant, de développer un habitat plus « durable », comme de diversifier l’offre de transports (notamment avec des trains de nuit), rappelle l’ancien ministre haut-alpin Joël Giraud . Des objectifs plus que jamais d’actualité quand on sait qu’à horizon 2050, en moyenne montagne (la plus concernée  ! ), l’enneigement sera réduit de plusieurs semaines et le manteau neigeux aura perdu 10 à 40 % de son épaisseur… Et ce même si certains craignent d’entraver leur modèle économique fondé essentiellement sur le ski – 82 % du chiffre d’affaires touristique de la montagne.Ce premier plan achevé, la question du bilan et d’un continuum de financement se pose désormais, un sujet sur lequel s’est récemment penché le Premier ministre Gabriel Attal, en recevant ces élus. Les besoins sont conséquents… Car si la neige reste incontournable, comment faire en sorte que les stations deviennent des lieux de vie ?« Des activités complémentaires sont possibles. Elles concernent l’agriculture, la production d’énergies, les infrastructures liées aux risques naturels ou la biodiversité, jusqu’à la redynamisation de l’outil industriel avec l’émergence de clusters valléens. Les stations-villages doivent arbitrer et nous y travaillons ensemble avec nos 180 membres », précise Benoît Robert, directeur du Cluster Montagne, le réseau des acteurs français de l’aménagement touristique de la montagne. Nos territoires se sont toujours adaptés en toutes circonstances, insistent-ils. A la seule condition de répondre aux nouvelles attentes du public, plus proches d’un « slow tourisme » respectueux de l’environnement.