[One-Year Wonder] Jerome Harrison : l’Histoire lui tendait les bras


Le temps d’une saison, ils y ont cru. Le temps d’un match, ils ont tutoyé la gloire avant qu’elle ne les fuit inexorablement. Brutalement parfois. Une idylle sans lendemain. Un coup d’un soir. Un one-night stand. Des one-year wonders. Ces stars aussi éphémères que des étoiles filantes.

L’AVANT

Kalamazoo. Une agglomération qui tient son nom coloré du potawatomi, idiome parlé par le peuple éponyme. Un blase aujourd’hui entré dans le langage courant outre-Atlantique. De Tombouctou à Kalamazoo. Synonyme de ville exotique, presque fantasmée, elle existe pourtant bien. De la verdure, de la brique, une rivière qui serpente en son seing, le Kalamazoo Mall, large esplanade commerçante à ciel ouvert, et la Western Michigan University. C’est dans cette ville sans grand intérêt du sud du Michigan coincée à équidistance entre Chicago et Detroit que vient au monde Jerome Harrison. Avec sept mois d’avance sur une future star locale avec qui il se liera d’amitié durant toute son adolescence, Greg Jennings. S’il ne tient pas son nom de son père, JC lui doit bien son prénom. Et ses gènes de footeux.
Rejeton de Kalamazoo lui aussi, Jerome Persell a brillé sous les couleurs de Western Michigan à la fin des 70’s. Tailback destructeur des Broncos, il est sacré Joueur Offensif de l’Année de la Mid-American Conference durant trois années consécutives. En 1976, seul le Heisman Trophy Tony Dorsett engloutit plus de terrain au sol que Jerome Senior. À des années-lumière des 2150 yards de la locomotive de Pitt, il cavale 1505 longueurs et plante 19 touchdowns. Lorsqu’il quitte WMU deux ans plus tard après deux nouvelles campagnes au-delà des 1300, il est seulement le troisième coureur dans l’histoire de la Division I-A universitaire à avoir entassé plus de 4000 unités en trois saisons. En ayant claqué trois rencontres consécutives à plus de 200 pions, Papounet fait même son entrée dans le livre des records de la NCAA. Trop petit, trop léger, mis à l’essai par une seule franchise NFL, jamais il n’aura la chance d’enfiler son casque le dimanche après-midi pourtant. Un refrain que son fiston entendra plus d’une fois lui aussi. Car rien n’est jamais assez gros pour la grande ligue.
Biberonné au football dès le plus jeune âge, coureur compact et robuste, Jerome Junior rejoint Central High School pour poursuivre son apprentissage et sa progression. Pour ses deux dernières années de lycéen, promu capitaine des Maroon Giants, il piétine la concurrence. Senior, il entasse 2338 yards au sol et croise 31 fois la ligne. Des stats titanesques qui lui doivent de figurer sur l’équipe type de l’État. Fidèle à son Michigan de toujours et heureux d’enfin quitter une Kalamazoo qu’il n’a jamais portée dans son coeur, il opte pour Eastern Michigan, à Ypsilanti, cerné par les faubourgs de Detroit à l’est et Ann Arbor, terre des Wolverines, à l’ouest. Trop petit, trop feutré, quand on lui souffle à l’oreille que le City College de Pasadena, Californie, est infesté de recruteurs universitaires, il décampe d’EMU en quatrième vitesse et file dans le sud du Golden State. Là-bas, face à une concurrence trop tendre pour lui, il engloutit les yards sans prendre la peine de les mâcher. Freshman, il n’a besoin que de sept rencontres pour gratter 790 longueurs et sept touchdowns à un train d’enfer de 7,9 pions par course. Sophomore, Big J efface aisément la barre des 1000 unités à 6,1 yards de moyenne. Des perfs qui en font l’un des joueurs les plus convoités du circuit JUCO et éveillent la curiosité des scouts de la Pac-10. Bye bye So-Cal, Jerome trace au nord et Pullman, tout à l’est de l’État de Washington.
Cantonné à un rôle de third down back durant l’essentiel de sa première année sur le spectaculaire campus de Washington State, il va littéralement exploser lors des trois dernières rencontres de la saison. Même dans l’attaque tournée vers les airs de Mike Leach, enfin extirpé de son costume unidimensionnel, Jerome s’éclate. S’il ne peut empêcher les numéro 20 d’Arizona State de les embrocher et les cuirs au soleil, il contribue largement au succès de prestige face à UCLA au Rose Bowl de… Pasadena, « [son] autre maison, » puis à la victoire face aux rivaux de Washington, la première Apple Cup victorieuse des Cougars depuis 1997. En trois petits matchs, le gamin du Michigan dévore 515 yards et plante cinq touchdowns. Il conclut l’exercice 2004 avec 900 yards et neuf touchdowns au compteur. Adepte des chiffes ronds, Jerome achève sa dernière année sur le campus pluvieux de WSU en claquant 1900 yards au rythme effréné de 6,2 longueurs par course. Bien intercalé entre les 1964 yards de DeAngelo Williams et les 1740 du phénomène Reggie Bush. Il aura éclipsé la barre des 100 lors de chaque sortie, portant sa série de matchs à trois décimales à treize. Un record de conférence. Surtout, le running back ne se contente pas de marcher sur du menu-fretin. Il flanque 147 yards aux numéro un de USC, 260 à des Bruins de UCLA classés douzièmes et 240 de plus à la forteresse d’ASU. Des chiffres de glouton qu’il doit à une vision du jeu au-dessus de la moyenne et une patience de vieux sage. Ne forçant jamais le moindre jeu, il attend religieusement que ses bloqueurs lui déblayent le terrain avant d’écraser l’accélérateur et de se faire la malle. Comme face aux Sun Devils se souvient le coach des Oregon Ducks. 

« Il s’est littéralement arrêté, a attendu que ses linemen se pointent et posent leurs blocs, et là il s’est engouffré dans la brèche pour gagner six ou huit yards, » raconte-t-il au Eugene Register-Guard via le Denver Post en novembre 2005. « S’il avait été trop impatient et n’avait pas fait confiance à sa ligne ou bien pas eu pleinement conscience du timing du jeu appelé, il en aurait été tout autre. »

Coureur tout sauf ingrat, Harrison est d’une reconnaissance infinie envers le travail de sape abattu par ses hommes de ligne. Après sa perf XXL et malgré une défaite crève-coeur en prolongations face à UCLA (41-44 OT) mi-octobre, il colle des mots de remerciement sur les casiers de chacun de ses bloqueurs et leur offre un gâteau. Un geste simple, candide presque, mais qui en dit long sur l’état d’esprit du bonhomme. Ce jour-là, il porte le ballon 42 fois. Un record pour un Cougar. Seuls trois autres types ont passé plus de yards aux Bruins dans leur riche histoire. Et le pire, c’est qu’il n’a pas l’impression d’avoir fait grand chose.

« Vu comment la ligne a bloqué, j’aurais pu courir les yeux bandés, » s’amuse-t-il dans les pages du Daily Bruin en novembre 2004. « À part courir, je n’ai pas eu grand chose à faire. »

La main sur le coeur envers ses coéquipiers, mais pas seulement. Quand des gamins reconnaissent une petite meute de Cougars attablée dans un resto de Pullman et demandent si Jerome est parmi eux, il suffit d’un coup de fil d’un de ses partenaires pour qu’il déboule là vingt minutes plus tard et signe une poignée d’autographes. Marqueur seize fois au sol, il ajoute 206 unités et un touchdown supplémentaire dans les airs, cerise sur un bien appétissant gâteau. Il n’aura eu besoin que de deux saisons pour entasser le total délirant de 3075 yards et 26 touchdowns. À 23 piges déjà, il est vraiment temps d’arrêter de martyriser les ados de la NCAA pour aller se frotter aux adultes de la NFL.
Reggie Bush en numéro deux, coincé entre le pass rusher Mario Williams et le quarterback Vince Young. Le puissant Laurence Maroney pour prêter main forte à Corey Dillon et Kevin Faulk en Nouvelle-Angleterre. La flèche DeAngelo Williams pour mettre la pression sur DeShaun Foster et épauler l’Undrafted Jake Delhomme en Caroline du Nord. Joseph Addai dans l’écurie d’Indy pour succéder à Edgerrin James et boucler le premier tour. Puis LenDale White, ancien partenaire de choc de Bush à USC et complément bourrin parfait aux jambes de feu de CJ2K quelques années plus tard. Maurice Jones-Drew le légendaire model réduit des Jaguars, équipier idéal du tonique Fred Taylor en attendant de prendre le pouvoir sur l’attaque au sol de Jax. Après une flopée d’erreurs de casting, de types tombés dans l’oubli ou de joueurs de l’ombre, vient Leon Washington, plus connu pour ses talents de retourneur que de coureur, puis c’est le tour du 145e homme de cette cuvée 2006 riche en talent. 24h après son pote Greg Jennings, parti dès le deuxième tour, l’autre kid de Kalamazoo se trouve une nouvelle maison. Lorsque les Browns mettent le grappin sur Jerome Harrison au cinquième tour, il est au drive du McDo, parti chercher à bouffer pour lui et ses quatre potes réunis pour l’occasion. Contraste radical avec la fiesta organisée par Greg la veille.
Sans grande surprise pour un type repêché en fin de seconde journée et aux aptitudes de bloqueur douteuses, du côté des Dawgs, on ne voit en lui qu’un simple third-down running back. Trop petit, trop léger pour les standards NFL, s’il n’est pas question de lui refourguer le ballon trente fois par match et de l’impliquer dans des situations de passe évidentes, sa vitesse, son explosivité, sa vivacité latéral, ses cuts incisifs et ses mains délicates en fond un parfait joueur de complément sur troisième essai. Au tour suivant, Cleveland viendra compléter son arsenal au sol en sélectionnant Lawrence Vickers, le perce-muraille de Colorado. S’il profite d’une belle pré-saison pour se fendre d’une place dans le roster des 52, JC va courir en vain après du temps de jeu en attaque.
Simple figurant dans une attaque portée par un Reuben Droughns loin de ses 1200 yards de 2005, Jerome se tourne les pouces. En 20 courses et neuf réceptions, il franchit péniblement la barre des 100 longueurs. Anecdotique. La saison suivante, payant au prix fort ses piètres qualité de bloqueur, il profite de quelques ballons providentiels face aux Dolphins et aux Rams pour étirer ses jambes engourdies. Il n’a besoin que de 23 ballons pour cavaler 142 yards. Dans une équipe qui gagne à dix reprises pour la première fois depuis sa réactivation en 1999, il n’est qu’un figurant. Porté par un improbable trident offensif composé de Derek Anderson, Braylon Edwards et Kellen Winslow II, les Dawgs gavent sans modération un Jamal Lewis qui vit sa plus belle saison depuis qu’il a effacé la mythique barre des 2000 unités en 2002 sous le ramage des Corbeaux. Une belle campagne collective qui ne sera malheureusement pas récompensée par une laissez-passer pour les playoffs parce que les Browns. En 2008, rebelote. Ou presque. En plein coup de blues collectif, la franchise de l’Ohio ne gagne que quatre fois et entame une ignoble série de douze saisons consécutives dans le rouge. Individuellement, derrière un Lewis encore fringant, Jeje s’emmerde royalement. À Baltimore fin septembre, privé de ballons au sol, il profite de la seule passe qui lui soit adressée pour claquer le premier touchdown de sa carrière. En semaine 11 à Buffalo, sous les projecteurs du Monday Night Football, il va enfin faire parler de lui. Et il n’a besoin que de trois petites courses. Si la première le repousse une petite longueur derrière la ligne de mêlée, la deuxième le propulse 75 yards plus loin. Son tout premier touchdown au sol. Harrison répond à la puissance de Marshawn Lynch par ce qu’il sait faire de mieux. Patience, puissance et vitesse. Sur un toss vers la gauche, il attend que les blocs se placent, s’infiltre, échappe à quelques mains baladeuses, puis s’enfuit. Hasta la vista ! Un petit moment de gloire sans lendemain. S’il palpe quelques ballons les semaines suivantes, il reste engoncé dans son costume de doublure. Un costume de plus en plus étroit pour cette boule d’énergie habituée à enchaîner les efforts sans rechigner.

LE PENDANT

2009. Une nouvelle ère. Une énième ère. L’expérience Roméo Crennel enterrée, malgré une campagne 2007 à 10-6, mais sans playoffs, chargée de belles promesses sans lendemain, une nouvelle aube se lève sur les rives du lac Erie. Après Chris Palmer, Butch Davis (dernier homme à avoir porté les Browns en playoffs en 2002), la courte pige de Terry Robiskie et l’échec Crennel, c’est au tour d’Eric Mangini. Le cinquième coach à débouler dans le chenil de Cleveland depuis leur retour d’entre les morts en 1999. L’ancien head coach des Jets débarque de NYC après trois années de régression pas vraiment porteuses d’espoir. Derek Anderson aux commandes de l’attaque, un Jamal Lewis vieillissant, mais pas encore passé date pour mener la charge au sol, un Braylon Edwards sur un pied, une défense sans véritable star où le nose tackle Shaun Rogers semble bien trop souvent seul. Avec le 21e choix général, le board de l’Ohio a le nez creux et déniche un complice bienvenu pour l’armoire à glace Joe Thomas sur la ligne offensive en la personne du centre Alex Mack. Le reste est nettement moins inspiré. Les trois choix de deuxième tour ressemblent à un gigantesque gâchis dont la franchise de Cleveland a le secret. Si Mohamed Massaquoi laissera entrapercevoir de très belles choses pour son année de rookie avant d’inexorablement régresser, Brian Robiskie, un autre receveur et fiston de l’éphémère coach des Browns en 2004, et le défensive end David Veikune tomberont vite dans l’oubli. La marche était bien trop haute pour eux.
Dans ce contexte moribond et peu propice à l’optimisme, Jerome le model réduit semble promis à jouer les seconds rôles pour une quatrième année consécutive. Car si sa campagne au-delà des 2000 unités en 2003 semble loin, l’ancien Corbeau Jamal Lewis a encore de beaux restes. Malgré un train de sénateur (3,6 yards par course), il a une nouvelle fois effacé d’un souffle la barre des 1000 en 2008. De quoi conserver sa place de numéro uno. Titulaire en ouverture, il est aux premières loges pour la grande première de Brett Favre sous la tunique violacée de ses ennemis de toujours. Jerome n’est même pas en uniforme ce jour-là. Deux semaines plus tard à Baltimore, profitant des pépins physiques de Lewis, il est pourtant titularisé. Virage à 180 degrés. Une première depuis son année de rookie et la réceptions des… Ravens en semaine… trois. Seulement cette fois, il espère faire mieux que deux courses et un microscopique yard anecdotique. Les Dawgs pris à la gorge par les piafs, il vit un match affreusement frustrant, agrippe cinq passes et arrache une grosse cinquantaine de yards en seize courses. Pour la réception des Bengals le dimanche suivant, gavé de ballons, il signe le plus beau match d’une carrière qui semble enfin vouloir démarrer. 29 courses, 121 yards, privé de endzone, il ne peut empêcher les Browns d’enchaîner un quatrième revers d’affilée. Mais le meilleur est encore à venir.
Jamal Lewis de retour aux opérations, Jerome doit se contenter de miettes par-ci par-là. Cinq ou six ballons par match, huit parfois, mais guère plus. Début novembre, l’ancien Volunteer de Tennessee frustré par le manque d’envie de ses coéquipiers, atterré par l’amateurisme de ses dirigeants, lassé de perdre, annonce qu’il raccrochera à l’issue de la sinon. À la fin du mois, il est placé sur la réserve des blessés. Il ne rejouera plus jamais au football. Une occasion rêvée pour Jerome qui déboîte, passe la seconde et déboule sur la bretelle d’accès à toute vitesse. Un match à oublier face aux Chargers, une performance anémique dans une gabegie face aux Steelers où Brady Quinn insulte le football pendant que Josh Cribbs et Chris Jennings lui sauvent les miches pour aller décrocher le deuxième succès de la saison des hommes de Mangini, puis Harrison a rendez-vous avec l’Histoire. Celle avec un grand H.
20 décembre 2009. Kansas City. Le thermomètre oscille entre zéro et cinq. L’air est humide. Le soleil timide. Face aux deux victoires et onze revers des Browns, les trois succès et dix défaites de Chiefs en pleine crise identitaire. Sur la pelouse grasse d’un Arrowhead Stadium très loin de faire le plein, on ne s’attend pas à grand chose. Les seuls frissons pourrait bien venir de ce coureur de deuxième année drafté en provenance de Texas un an plus tôt. Depuis un petit mois, Jamaal Charles et sa pointe de vitesse unique font frétiller les petits coeurs meurtris des aficionados de KC. D’entrée de jeu, les Browns d’un Brady Quinn qui n’a rien à faire sur un terrain de NFL vont donner le ton. Ils comptent courir. Encore. Et encore. Sur la première action, Jerome Harrison gicle à droite et gratte neuf yards. Sur le snap suivant, il décroche le premier essai. Phil Dawson capitalise de loin, Charles fait du surplace sur la première série offensive des Chiefs, Tim Castille dégueule le ballon et plutôt que d’en profiter l’ancien passeur de Notre Dame balance une interception. Ryan Succop dégaine de loin avant que Josh Cribbs fasse ce qu’il sait faire de mieux. Le receveur passe en revue toute la couverture du Missouri et croise la ligne 100 yards plus loin (3-10).
Matt Cassel, Dwayne Bowe et Jamaal Charles restent muets et Cleveland récupère vite le cuir. Comprenant judicieusement qu’il ferait mieux d’arrêter de se prendre pour un quarterback, Brady Quinn distribue le ballon à Jerome et Chris Jennings. L’ancien de Washington State gagne 32 yards en cinq courses et Phil Dawson ajoute trois points. Charles trouve enfin le tempo au sol, Matt Cassel les mains de Chris Chambers et la paire conclut sur des connexions aériennes de 39 puis neuf longueurs un drive joliment amorcé sur la terre ferme. Jerome Harrison ajoute 14 unités à sa moisson du jour et Cleveland rend la balle. Le réveil de Jamaal Charles a enfin sonné. Sur un toss vers la gauche, la gazelle texane navigue avec grâce au milieu des blocs, repique vers l’intérieur et s’enfuit vers le coin de la endzone en résistant au retour de trois defensive backs impuissants face à sa pointe de vitesse. 47 yards. Touchdown. Un fumble transformé en touchdown plus tard, KC prend le large le temps d’un jeu. Le temps de réexpédier le ballon en direction de Joshua Cribbs. Erreur de débutant. Le numéro 16 fait l’amour à la couverture des Chiefs et claque un doublé sur un retour de 103 longueurs cette fois-ci (24-20). Il ne se passera plus rien dans un premier acte débridé où, malgré des attaque peu inspirées, le spectacle aura été au rendez-vous grâce aux fulgurances de quelques playmakers. Incisif, mais pas encore décisif, Jerome Harrison file au chaud avec 73 yards dans son escarcelle.

« Depuis deux ou trois semaines, Josh [Cribbs] et moi avons un petit défi entre nous pour savoir qui fera mieux que l’autre, » explique-t-il à cleveland.com. « À la mi-temps, j’ai dit à Josh, ‘Prépare-toi, j’arrive.’ »

Il n’aura besoin que de deux courses au retour des vestiaires pour dépasser son total du premier acte. Les Chiefs inoffensifs, Cleveland récupère la gonfle en deux temps trois mouvements. Une première course tout en puissance et en patience pour se chauffer, puis Jerome lâche les chevaux. Un receveur éloigné sur la gauche pour faire illusion, six mecs dans la boîte, un fullback légèrement décalé et le numéro 35 loin derrière, prêt à tout emboutir. Les intentions sont claires. On va courir. Hut ! Le centre glisse vers la gauche pour sceller l’extérieur, Vickers décroche un bloc magistral, Jerome suit le chemin, plante un crochet inspiré vers la droite, saute par-dessus deux de ses coéquipiers renversés au sol, évite l’ultime rempart des Chiefs et se paye un sprint en solitaire de 71 yards. Les Browns virent en tête et les fans commencent à googler le nom de ce type que seuls les plus pointus ou les amateurs de fantasy connaissent. Entre cinq punts rébarbatifs au possible, Jerome ajoute 17 yards de plus sur une course pleine d’énergie et de vitesse vers la gauche qui se finit en touche. Profitant de sa petite taille pour se dissimuler derrière les pachydermes de la ligne offensive et mieux jaillir derrière eux, il se rapproche tranquillement de la barre des 200 et ne tarde pas à inscrire son deuxième touchdown de la journée, parfaitement aiguillé par son meilleur complice. Son fullback.
Un yard en arrière, une poignée dans la bonne direction, Jamaal Charles est malmené par le front seven des Browns et KC doit se contenter de trois points pour réduire l’écart (27-34). En face, intenable, mais pas pressé, Jerome prend le périph côté gauche pour accroître son total du jour et enchaîne trois autres courses vers l’avant. Quatre actions, 27 yards. Avec cinq minutes au chrono, Harrison titille le record d’Adrian Peterson. 240 yards. Mieux que les 236 de la légende Jim Brown en 1957 et 61. Il n’est plus qu’à 56 longueurs de la marque établie par le rookie des Vikings en 2007 face aux Chargers de Ladainian Tomlinson. De 52 yards, Phil Dawson manque la cible et maintient les Chiefs en vie. Matt Cassel réplique et trouve les mains de Mark Bradley. 34-34.  Bien décidé à être l’homme du jour, Jerome Harrison enfile son costume de héros. Une poignée de petits gains qui font avancer les chaînes, une échappée de Brady Quinn sur 24 yards et le running back enterre tout suspense. À 52 secondes du terme, devant un Arrowhead Stadium dépeuplé, mais bruyant, il gicle de la brèche ouverte par son tight end et son fullback et longe la endzone avant de franchir la ligne 28 yards plus loin en ayant fait s’égrainer quelques précieuses secondes. 41-34. Score final. Malgré un délicieux catch de Dwayne Bowe en bord de touche, les Chiefs ne recolleront pas. Incroyable JC. Mais comme toujours, il préfère braquer les projecteurs sur ses équipiers.

« Je ne peux pas parler de mon match sans parler de celui de Lawrence Vickers et de la ligne offensive, » insiste-t-il dans les pages web de cleveland.com. « Ils me considèrent comme leur petit frère. Ils prennent soin de moi plus que de raison. Je pèse 90 kilos. Jamal en fait presque 110. Tout le mérite revient à ces gars. Lawrence a joué comme s’il était possédé aujourd’hui. Je ne pense pas avoir fait quoique ce soit de spécial. »

286 yards. Harrison échoue à dix longueurs du record d’AP.  Mieux que les 275 pions de la légende Walter Payton, que les 273 du criminel O.J. Simpson, que les 266 du char d’assaut Shaun Alexander, Jerome s’invite à ta table des plus grands et se glisse sur la troisième marche du podium des meilleurs performeurs de l’histoire au sol. Derrière les 296 yards record d’Adrian Peterson et les 295 d’un type qu’il connaît bien, Jamal Lewis. Il n’aura eu besoin que de 34 courses pour amasser ce total délirant au rythme supersonique de 8,41 yards par course. Dès la fin du match, un gros bonhomme aux moustaches grisonnantes se rue vers le terrain pour venir le félicite. Jim Brown. Le vaincu du jour. Fier comme tout.

« J’ai toujours soutenu ce gamin, » martèle-t-il devant les journalistes. « J’ai toujours été dans son camp. C’est comme si tous les espoirs que j’avais placés en lui avaient fini payer. C’est bien plus important que moi m’accrochant à un record ou à un autre. […] Harrison est un gamin avec qui je parle beaucoup. Je respecte son talent. J’essaie de l’encourager et c’est formidable pour lui de vivre un jour pareil. »

Gavé de 39 ballons une semaine plus tard, il ajoute 148 yards et marque une fois. En clôture de la saison face aux Jaguars, il court à 34 reprises et efface de nouveau la marque des 100. Portés par un Harrison d’enfer qui claque 561 yards et cinq touchdowns en trois rencontres XXL que personne n’avait vu venir, les Browns remportent les quatre derniers match de leur saison. Flairant le bon coup, mais quand même frileux, Cleveland lui fait signer une sorte de one-year prove it deal d’un an et 1,76 million de dollars avec la promesse d’être titulaire à la clé. Un moindre mal pour un type en fin de contrat dont l’avenir était en suspend une fois la campagne 2009 achevée. Un joueur de qualité au rabais pour les Dawgs. Pourtant, JC finira la saison en Pennsylvanie, poussé vers la sortie par un certain Peyton Hillis. Un autre one-year wonder.

L’APRÈS

Le fiasco Brady Quinn enfin admis, les pontes de Cleveland expédient l’ancien passeur du Fighting Irish dans les Rocheuses en échange d’un gros fullback, croisement entre un char d’assaut et un G.I. Un type avec la bave aux dents qui attend enfin qu’on lui donne sa chance. Peyton Hillis. Lewis parti à la retraite, James Davis concurrent inoffensif, Jerome Harrison a les pleins pouvoirs sur le jeu au sol pourtant quand l’exercice 2010 débute. S’il n’est techniquement pas titularisé pour la première de l’année face aux Bucs, il s’en sort honorablement en amassant 52 yards en neuf courses seulement. La semaine suivante, face à des Chiefs qui l’avaient propulsé sur le devant de la scène quelques mois plus tôt, il ne voit pas la lumière du jour. Étouffé par le run stop du Missouri, il ne gagne que 33 pauvres yards en seize courses. Tout juste deux unité par action. Même pas en uniforme la semaine suivante, privé de terrain pour la réception des Bengals, il gagne six yards en six courses face aux Falcons et est envoyé finir la saison à Philadelphie en échange de Mike Bell trois jours plus tard. Tout est allé si vite. Inactif pendant deux semaines, il fait ses timides débuts face à Indy avant d’apporter sa contribution au saccage de Washington. Onze courses, 109 yards et un touchdown, dans un match où les Aigles entassent 260 yards au sol et passent 59 pions à leurs rivaux de division, Jerome retrouve un peu de sourire après deux mois lunaires. Quelques contributions par-ci par-là, une dernière sortie où il flirte avec les 100 yards en rideau de saison face aux Cowboys et Jerome est expédié dans son Michigan natal comme un vulgaire colis Amazon. Dans la savane de Motor City, les félins viennent de perdre Jahvid Best pour quelques semaines, victime d’une commotion face aux Niners.
Après quelques prestations minables sous l’uniforme des Lions en 2011, Harrison le boomerang humain est renvoyé en Pennsylvanie en échange de Ronnie Brown et d’un choix de 7e tour en 2013. Il rejoint les Eagles et leur dream team portée par un Michael Vick amoché et décevant en attaque, et un Nnamdi Asomugha fantomatique en défense. Un échange qui ne se fera finalement jamais. Lors des tests physiques, étape obligatoire avant toute signature, les médecins lui découvrent une tumeur au cerveau. Le football devient soudainement d’une futilité sans pareil. « [Le médecin] était surpris que je sois encore capable de marcher et de parler, » confie-t-il à Yahoo! Sports en juin 2016. Ça n’était qu’un simple examen de routine pourtant.

« C’était un test tout ce qu’il y a de plus normal, » raconte-t-il à Anwar S. Richardson de MSLive.com en novembre 2012. « Il a pointé la petite lumière vers mes yeux et a fait, ‘Oh’. Il m’a dit, ‘Comment vous sentez-vous Jerome ?’ Je lui ai répondu que j’allais bien, mais qu’il me faisait peur. Qu’est-ce qui se passe ? Il a répondu, ‘Avez-vous le temps pour un scanner ?’ Je lui ai répondu que j’avais nulle part d’autre où aller. J’ai passé le scanner, il a regardé les résultats et m’a dit, ‘ C’est bien ce que je pensais’ » 

La première réaction de Jerome : « Est-ce que je vais mourir ? » Le médecin lâche un rire rassurant et lui explique que le running back a un gonflement anormal en arrière des yeux, là où seul son cerveau devrait se trouver. Il lui pointe une masse blanche sur l’image radio. Une tumeur. Malgré les recommandations du doc, Harrison refuse d’être immédiatement envoyé au bloc opératoire et préfère retourner auprès de sa femme à Detroit après de longs échanges téléphoniques avec Andy Reid et Howie Roseman, coach et manager général des Eagles. Les deux hommes lui proposent même de dépêcher un vol pour faire venir sa famille jusqu’à Philly, mais il décline. La décharge exonérant la compagnie de toute responsabilité en cas de décès en plein vol signée, il embarque direction la Motown. Quand Michelle le voit débarquer, elle se doute que quelque chose cloche. Elle ne sait rien encore. Mais plutôt que de lâcher le morceau, Jerome qui lui dit qu’il a une histoire « marrante » à lui raconter pendant le dîner. Il lui apprendra finalement la nouvelle au Roast Detroit, un de leurs resto préférés pour leurs virées en amoureux du vendredi soir. Les apéros sont à peine sur la table qu’elle tente de lui tirer les vers du nez.

« […] Il m’a juste dit qu’il y avait un truc dans sa tête qu’il fallait retirer, » raconte Michelle sur les pages web de MSLive. « Ils allaient l’enlever et tout irait bien après. Il aurait le reste de la saison pour se reposer avant de recommencer comme s’il ne s’était rien passé. »

Quand elle demande des précisions, son mari préfère rester évasif. Quand il lâche le mot tant redouté, Michelle n’a soudainement plus faim. L’appétit coupé net, elle laisse le plat refroidir devant elle. Incapable d’avaler une bouchée. Jerome se chargera de finir son assiette, comme si de rien n’était. Le lendemain matin, ils sont tous les deux dans le bureau de l’oncologue. Il doit passer sur le billard ASAP pour s’assurer que la masse graisseuse n’est pas cancérigène. Opéré dans les plus brefs délais d’une tumeur qui se révèle heureusement bénigne, l’intervention sensée durée trois heures est compliquée par la découverte d’un amas de vaisseaux sanguins autour de l’abcès et s’étire durant douze interminables heures d’un Dr. Maboul grandeur nature où chaque geste peut lui être fatal. Le temps qu’il faut au chirurgien appelé en renfort pour extirper le squatteur de la caboche du joueur de démêler cet noeud de vaisseaux sanguins qui emprisonne la tumeur. Victime d’un accident vasculaire cérébral, Jerome Harrison passe à deux doigts de la mort. Quand il sort finalement du bloc, on glisse sobrement à sa femme qu’il pourrait bien ne jamais se réveiller.

« Ça pourrait lui prendre une heure. Ça pourrait lui prendre une minute. Ça pourrait lui prendre une année. Nous ne savons pas, alors ne vous attendez à rien. »

Jerome Harrison mettra finalement six minutes à se tirer de son sommeil forcé. Il aurait dû passer trois ou cinq jours à l’hosto, il y passera cinq mois. Envoyé sur la réserve des blessés pour raisons non-sportives le 21 octobre 2011, il ne rejouera plus jamais de sa vie au football. Un combat bien plus précieux qu’une poignée de yards, un touchdown ou une victoire dominicale l’attend désormais. Un combat de tous les instants. Quelques semaines plus tôt à peine, équipé de bleu et de gris métal, il cavalait sur les terrains zébrés de blanc de la NFL. Désormais perfusé, entubé, en robe d’hôpital, il est méconnaissable. L’athlète professionnel fringuant a cédé sa place à un être humain dans toute sa vulnérabilité. Jerome vient d’être sauvé par un trade avorté sans lequel il n’aurait jamais passé de batterie de tests médicaux et sans lequel sa tumeur n’aurait probablement jamais été découverte à temps. Un tampon bien senti comme les coureurs en subissent tant aurait suffit à l’achever. Un miracle. Déclaré tétraplégique, ses cordes vocales sont paralysées, il est nourri à l’aide d’un tube, doit subir une trachéotomie pour faciliter sa respiration et porte des sortes de sparadraps pour empêcher des paupières qu’il ne peut plus fermer de s’assécher. Des complications à répétitions, des infections en tout genre, des crises à n’en plus finir, Jerome Harrison passe des IRM et scanners toutes les trois heures. Le moral à zéro, il est exécrable avec tout le monde et à propos de tout. Même avec Michelle, sa compagne.

« Il pouvait être 2h du matin, je dormais dans un fauteuil à côté de son lit et il me lâchait, ‘T’es vraiment stupide au point de dormir dans cette chaise, à côté d’un homme mort, chaque soir ?’ Je lui disais de se rendormir, je me retournais et je me rendormais, » explique-t-elle à Anwar S. Richardson. « C’était comme s’il se battait contre tout l’amour qui l’entourait. »

En 2012, le plus dur passé, Jerome est autorisé à quitter le service de santé de l’Université du Michigan après trois longs mois éprouvants, mais avec sept mois d’avance sur le pronostic des médecins. Entre deux crises de convulsions qui l’obligent à filer d’urgence à l’hosto, il entame lentement sa réhabilitation. Entouré par son épouse rencontrée au lycée de Central High, de ses trois enfants et d’une équipe de professionnels dévoués, il avance pas à pas. Mois après mois. Réapprendre à vivre comme avant. Ou du moins à ce qui s’en rapproche le plus. Recoller les morceaux d’une mémoire vacillante, retrouver sa voix, manger sans aucune assistance, écrire. Péniblement, il retrouve ses facultés et gomme peu à peu les dégâts laissés par la tumeur, le caillot, l’AVC et les crises à répétition qui ont endommagé son cerveau. Mais plus jamais il ne pourra se mouvoir avec la même aisance. Pourtant, un ans après le diagnostique qui a changé sa vie, il peut de nouveau marcher. La plus belle des victoires pour celui a qui on avait prédit que jamais plus il ne pourrait se déplacer sur ses deux jambes.

« Pendant toute votre vie, on vous dit ce que vous pouvez faire ou ne pas faire, » philosophe-t-il dans un émouvante capsule vidéo après avoir retrouvé sa bipédie. « Et ça se base sur les expériences personnelles de chacun d’entre nous. Personne ne peut décider à votre place. Votre tempérament contrôle tout. »
« On m’a dit que je ne marcherais plus jamais et que je passerais le reste de ma vie dans un fauteuil roulant. Et je me tiens devant vous aujourd’hui. Les médecins peuvent mesurer bien des choses, mais il n’existe rien en Amérique pour mesurer la volonté de vivre, la volonté de se battre pour survivre, de nous pousser vers des retranchements vers lesquels seul Dieu peut nous guider. »

Un miracle qu’il doit à une volonté hors-norme, une foi indéfectible et une épouse au dévouement hors du commun. Quand elle apprend l’épouvantable nouvelle en octobre 2011, Michelle lâche tout. Enceinte de six mois de leur second enfant, elle abandonne son boulot pour passer d’interminables heures avec son mari réduit à l’état de légume. Les médecins ont beau la préparer au pire, lui recommander de ne pas nourrir de trop hautes attentes, celle que son footeux de mari surnomme affectueusement « Diamond » ne se décourage pas. Les membres inférieurs encore tétanisés, c’est elle qui se charge de tâches avilissantes d’ordinaire réservées aux nouveaux nés ou aux personnes âgées. Pas à un homme dans la fleur de l’âge. Quand l’envie de se battre abandonne un Jerome rongé par la dépression, elle est là pour le convaincre de ne pas renoncer, quand bien même il préférerait qu’elle ne soit pas là. Qu’elle le laisse mourir en paix.

« À ce moment-là, je voulais vraiment mourir, » confie-t-il froidement à MSLive. « Je ne voulais pas qu’elle s’attende à me trouver et que je ne sois pas là. Même si je savais que je me battais vaillamment, je ne voulais pas que ma femme s’attende à me trouver à chaque fois. »

Anticiper le scénario le plus funeste. La gestion des finances pour faire face aux dépenses qui vont s’accumuler, l’assurance vie pour se préparer au pire, en manageuse générale de la famille, Michelle s’occupe de tout. « Beaucoup de femmes m’auraient quitté. Elle est restée. Elle est ma meilleure amie. » Un an après le twist plot de sa vie, il marche à nouveau, a retrouvé près de 90% de ses facultés et s’entraîne chaque semaine avec un coach personnel pour retrouver toutes ses facultés motrices et son sens de l’équilibre. « C’est dingue parce qu’ils lui avaient donné jusqu’à sept années avant d’être de nouveau capable de se nourrir, » se réjouit sa femme. Pendant ce temps-là, encore techniquement sous contrat avec les Lions jusqu’en mars 2012, Jerome pense au football. Quand bien même la perspective de ne plus jamais y jouer ne l’attriste pas, il ne peut s’empêcher d’y penser. « Je suis têtu, » se justifie-t-il. Car il a passé sa vie à entendre des gens lui dire qu’il ne pourrait pas ou plus faire cela. À commencer par jouer au football le dimanche aprèm devant des milliers de fans imbibés de bière.

« On m’a aussi dit que j’allais mourir. Et que je ne parlerais plus jamais. J’ai aussi entendu que je ne marcherais jamais plus. »

Et pourtant, il a contredit tous les pronostics. Les plus futiles comme les plus vitaux. D’une carrière brève, mais marquée par un exploit gravé à jamais dans la riche histoire des Cleveland Browns, en passant par le combat d’une vie qu’il a refusé de lâcher, même dans les moments de détresse les plus douloureux. Car bien plus qu’un one-year wonder, un héros d’une journée maussade de décembre dans le Missouri, Jerome Harrison est le héros d’une vie. Un battant. Un survivant. A one-life wonder.


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