#OnRefaitLeMeeting : Ugo Bernalicis s'offre un one-man-show de fin de mandat


Les insoumis du Nord avaient imprimé et distribué 60 000 prospectus pour annoncer cette réunion. Photo : HP.
«Qui c’est celui-là ? », demandait le chanteur Pierre Vassiliu dans le tube du même nom qui fit sa renommée, classé numéro un du hit-parade 1973. Une interrogation retrouvée récemment sur un dépliant que les habitants de la deuxième circonscription du Nord ont découvert dans leurs boîtes aux lettres. La réponse se trouve à l’intérieur du tract : « celui-là », c’est Ugo Bernalicis, « 32 ans, 1m86, autour de 83 kilos », amateur de « boissons houblonnées, bio et locales », « dévoreur de welshs », « geek à ses heures perdues » et « meilleur imitateur de Nicolas Sarkozy ». Et aussi, accessoirement, député insoumis de leur circonscription.

Par ce tract particulièrement tape-à-l’oeil, le natif d’Arras invite ses concitoyens à une réunion pour faire le bilan de sa première mandature en tant que député. Un événement intitulé « L’interro d’Ugo », qui se tenait vendredi 27 novembre en soirée dans la salle des fêtes d’Hellemmes. Le député promettait un « moment de convivialité, festif et musical » ; c’est à un véritable one-man-show dans une ambiance de kermesse de fin de mandat que le public a assisté.
Le tract créé pour annoncer la dernière réunion-bilan du député Ugo Bernalicis, à la fois étonnant et détonnant. Photo : HP.

Un bilan de mandat « à la bonne franquette »

Sur le buffet en libre-service, charcuterie et plateaux de fromage côtoient un stand de thé à la menthe. Au fond de la salle, la tireuse à bière crache du liquide houblonné à flux constant. Dans le hall d’accueil, la fanfare belge rétro Jukepop enchaîne les chansons has been des années 90 face au député de la 1ère circonscription du Nord Adrien Quatennens venu dédicacer son premier ouvrage, Génération Mélenchon, paru la veille. Les Insoumis avaient imprimé et distribué 60 000 tracts pour annoncer cet événement organisé autour du bilan de leur député ; 160 personnes environ ont répondu présent, vendredi soir, à Hellemmes. Des visages bien connus, beaucoup de « camarades ». Très peu de curieux – pour ne pas dire aucun.
Qu’importe ! Pour Ugo Bernalicis, l’essentiel est de se retrouver. Il avait promis à ses électeurs qu’il viendrait leur rendre des comptes au terme de chacune des années de son mandat au palais Bourbon. Le Covid aura eu raison de ses deux derniers rendez-vous annuels. Alors, pour sa dernière réunion publique, le député comptait bien mettre les bouchées doubles avec une heure et demie d’interrogations retransmises sur ses réseaux sociaux – partiellement, à cause d’un problème de son -, des petites phrases bien préparées et des réponses « à la bonne franquette », comme il aime à le répéter.

« Ce soir, je ne répondrai à aucune question en lien avec les élections présidentielle et législatives. »

En le regardant opérer, difficile de ne pas penser que le parlementaire se trouve en pleine pré-campagne pour sa réélection à la tête de la 2ème circonscription du Nord. L’intéressé prévient pourtant d’entrée : « Ce soir, je ne répondrai à aucune question en lien avec les élections présidentielle et législatives. » Une décision qui tient davantage au respect du code électoral qu’à sa propre volonté ; les députés ont interdiction de faire campagne lors de réunions publiques financées par leurs frais de mandat. Malin, l’élu insoumis n’omet pas d’ajouter dans la foulée : « Les législatives, ça ne sera pas pour ce soir. Mais évidemment, vous comprendrez en creux les perspectives à venir, je n’en doute pas. »

Grandes batailles et petites victoires

Après s’être assuré que la bonne humeur était installée dans l’audience, le député du Nord passe au concret : le bilan de son action à l’Assemblée nationale. « Quatre ans de bonheur politique », résume-t-il, au terme desquelles il ne serait « plus le même ». Et de se lancer dans l’énumération de ses plus grands faits d’armes : la protection des lanceurs d’alerte ou la lutte contre la délinquance financière, en rappelant au passage le rôle actif qu’il a joué lors des auditions de l’affaire Benalla. Ses petites victoires sont également égrainées. Il en est une, en particulier, dont il se dit ravi : il a réussi à emmener la Moulins d’Ascq, bière d’une brasserie artisanale éponyme située à Villeneuve d’Ascq, jusqu’à la buvette de la chambre basse.
Par le jeu des questions de son public – totalement acquis à sa cause -, Ugo Bernalicis revient vite sur son terrain de prédilection : la police et la justice. La bataille dont il est le plus fier dans son action de député ? La création d’une commission d’enquête sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire, lancée suite aux perquisitions effectuées aux locaux parisiens de La France insoumise en décembre 2019.
Le député Ugo Bernalicis a retransmis une bonne partie de ses interventions sur les réseaux sociaux. Photo : Hugo Palacin.
L’élu s’étend également sur son action en circonscription. Ses visites des résidences universitaires vétustes de Villeneuve d’Ascq, ses journées d’immersion auprès des magistrats du tribunal de Lille, son travail sur le protoxyde d’azote – ou gaz hilarant – dont l’usage détourné s’est développé dans sa circonscription, mais aussi les nombreuses commémorations et festivités auxquelles il a assisté. L’occasion de tacler quelques élus locaux de son secteur : « Aucun maire ne m’a jamais laissé m’exprimer à aucune commémoration dans la circonscription. Je trouve ça… dommage, pour rester poli. Tellement dommage que lorsqu’il s’agit de commémorer la Première Guerre mondiale, et qu’un élu qui se réclame de la gauche ne cite même pas la grande figure de Jean Jaurès qui fut le premier mort de cette guerre, je me dis que, peut-être, cet élu pourrait me laisser la parole. » À d’autres occasions, au cours de la soirée, seront également moqués « les crétins de Valeurs actuelles » et « les nigauds d’Alliance Police nationale ».

La chenille qui redémarre

À mesure que l’heure avance et que les premiers rangs se vident au profit du buffet et de la buvette, Ugo Bernalicis lève le voile sur ses futurs combats. Le député distille ça et là quelques propositions : donner à Julian Assange l’asile politique, par exemple, et « s’il le faut, lui offrir la nationalité française ». Il réaffirme son opposition au pass sanitaire, qu’il qualifie d’« entrave » et sa volonté de dépénaliser le cannabis. Au terme de cette expérience fondatrice en tant qu’élu national, il se dit « plus convaincu qu’avant que la Vème République est nocive pour le peuple ». Un programme se dessine donc, en pointillé. Pour clôturer ces deux heures d’échanges, le jeune élu choisit de se lancer sur… une imitation de Nicolas Sarkozy, son péché mignon.


En aparté, une fois la réunion terminée, Ugo Bernalicis accepte de se confier sur quelques-unes de ses frustrations liées à ce premier mandat. « Quand je suis arrivé, j’avais un idéal d’implication citoyenne dans l’Assemblée nationale. Mais j’ai vite constaté l’impossibilité que cela représentait, notamment à force d’enchaîner les textes à toute vitesse. » Il en profite pour devancer certaines critiques qui lui sont adressées : « J’entends des élus d’ici déplorer que je ne sois pas assez présent en circonscription. Mais je ne sers pas une clientèle ! Moi, je vote des lois et quand je peux être utile, je viens en circo », déclame-t-il.
Au cours de cette soirée, le député aura longuement abordé son bilan, imité Nicolas Sarkozy et même joué les DJ. Photo : HP.
Les prochaines élections législatives (12 et 19 juin 2022) ne seront donc pas évoquées par le député, ce vendredi soir à Hellemmes. En privé, son entourage se livre pourtant à des pronostics quant aux futurs concurrents auxquels il devra faire face. Côté PS, on parie sur une revanche de la première adjointe de Martine Aubry à la mairie de Lille, Audrey Linkenheld, à qui Ugo Bernalicis a subtilisé la circonscription en 2017 après 43 ans d’hégémonie socialiste. Pour ce qui est du candidat EELV, les Insoumis espèrent ne pas avoir à affronter un « trop gros morceau » sur ce canton où le vote écolo est important – les résultats des Verts aux municipales de 2020 à Hellemmes, Ronchin et Villeneuve d’Ascq en témoignent. On verra plus tard : en ce vendredi soir, le parlementaire a avant tout la tête à la fête. On le quitte aux manettes d’une chenille endiablée sur l’air d’Enola Gay entonné par la fanfare. 


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