Opinion


Publié le 6 janv. 2022 à 14 :19Mis à jour le 6 janv. 2022 à 14 :36Les éléments constitutifs du Web3 sont porteurs de changements de paradigmes qui sont une rupture majeure avec le Web2 que nous connaissons actuellement, et si tout n’est pas encore clair ou écrit, nous sommes vraisemblablement au début d’une nouvelle révolution numérique vertigineuse qui pourrait dépasser très vite la plupart de nos attentes.

La tokenisation du monde et les échanges via des protocoles automatisés et décentralisés (DAO) permettent de refonder complètement les rapports entre les acteurs économiques et les citoyens avec un système distribué dans lequel la valeur créée sera mieux répartie.Nous allons potentiellement passer d’un monde numérique ultra-centralisé contrôlé par quelques plateformes, toutes étrangères, qui ce cachent derrière l’opacité de leurs puissants algorithmes pour capter l’essentiel de la valeur et des revenus crées par nos activités, vers un univers beaucoup plus déconcentré qui ouvre la porte à des échanges plus équilibrés.

Opinion

Un internet meilleur est possible

Cette révolution peut permettre de rebattre totalement les cartes.

Elle représente une opportunité unique, peut-être ultime, pour les citoyens, les entreprises, les états de reconquérir leur souveraineté numérique.Les citoyens reprennent la propriété de leurs données, ils sont informés et parfois rémunérés lorsque des tiers les utilisent. Le système permet à la fois de faire cohabiter de gros acteurs qui ne bloquent pas l’innovation et l’arrivée de nouveaux entrants.

Les contenus de valeur sont mieux valorisés que les contenus fake, piratés. Plusieurs modes de gouvernance cohabitent harmonieusement : l’économie sociale et solidaire trouve naturellement sa place. Les choix technologiques se portent sur des blockchains conçues par design pour minimiser la consommation énergétique et permettre une gouvernance démocratique.

Prise de conscience

Pour réussir, cela suppose toutefois que ce nouvel internet ne soit pas à nouveau entièrement contrôlé par les mêmes acteurs actuels (GAFAM, BATX.) et donc de se donner les moyens de construire un nouveau Web3 indépendant et souverain.Une grande partie de l’avenir du monde numérique va se jouer cette année, avec l’arrivée massive de capitaux pour financer les innovations technologiques et d’usages ainsi que des engagements stratégiques des géants du secteur.La France et l’Europe ne doivent pas rater le train, il faut sur ce sujet une mobilisation générale de l’ensemble des acteurs technologiques, culturels, médiatiques, financiers, politiques, citoyens pour définir et travailler et ensemble sur une stratégie, des protocoles compatibles et interopérables.

Nous avons les atouts pour réussir, rien ne nous condamne à subir durablement la domination des plateformes étrangères. La France, pays de taille intermédiaire, mais grande puissance créative a tout à y gagner. Nos contenus, nos valeurs, notre patrimoine culturel, notre langue seront des atouts pour y arriver, cela suppose de ne pas les vendre au rabais dans des mondes virtuels contrôlés par des puissances étrangères.

Sans aucune naïveté, nous devons assumer ainsi de renouer avec les utopies fondatrices d’internet et de construire un monde numérique meilleur, conforme à notre identité et à nos valeurs humanistes. Construire un monde numérique meilleur, c’est tout le bien que nous pouvons souhaiter en 2022. Et c’est possible.

Pierre-Etienne Pommier est fondateur d’Arago.