Patrimoine national : la Belgique va restituer à la RDC les œuvres d’art obtenues illégalement


Thomas Dermine, secrétaire d’État belge, chargé de la Politique scientifique, a estimé que ce qui a été acquis par la force et la violence dans des conditions illégitimes doit, en principe, être restitué. « Il est apparu que les 85.000 pièces qui se trouvent à Tervuren peuvent être rangées en quatre catégories.

Dans la première se trouvent des objets qui ont été acquis et transférés de manière absolument illégitime : 283 d’entre eux – soit 0,3 % du total – sont clairement identifiés comme des butins de guerre, acquis par la violence et 600 objets sont arrivés jusqu’en Belgique de manière illégale. A propos de ces catégories d’objets, le principe est clair, ils doivent être restitués. Cependant, une ‘convention de restitution-dépôt’ pourrait être conclue avec la RDC pour les objets dont il a été démontré qu’ils ont été acquis de manière illégitime », a expliqué le secrétaire d’Etat, dans des propos relayés par l’agence de presse Belga.

Ce dernier a également révélé que la plupart des pièces issues de la période coloniale se trouvent dans les collections fédérales et que plus de 90% des biens culturels susceptibles de faire l’objet d’une restitution se trouvent à l’AfricaMuseum, institution dont il a la tutelle. « Le défi est plutôt juridique : pour pouvoir transmettre les biens, il faut les transférer du domaine public de l’Etat, inaliénable, au domaine privé.

En revanche, la question d’une supposée perte de patrimoine pour la Belgique est caduque : les collections du musée de Tervuren sont gigantesques et d’une richesse inouïe. A peine 1% de ces objets est exposé dans les salles. De plus, les pièces restituées pourront toujours être accessibles aux scientifiques grâce à la digitalisation.

Peu importe, au XXIe siècle, la localisation physique des objets et spécimens, qu’ils soient à Tervuren ou à Kinshasa ».

Dossier complexe

Pour Thomas Dermine, le dossier est à la fois sensible et complexe. Sensible parce qu’il s’inscrit dans les rapports entretenus par la Belgique avec les pays africains autrefois sous sa dépendance.

Complexe, parce qu’il exige de se poser trois questions pour chaque pièce. La première est celle du contexte dans lequel l’oeuvre été acquise. « Y a-t-il eu vol, pillage, transaction commerciale ? Cette étude de provenance n’est pas facile : ces oeuvres ont été acquises il y a parfois plus d’un siècle.

Les sources qui permettraient de savoir dans quelles conditions cela s’est produit sont rares et lacunaires. Une fois cette étude réalisée, il faut s’interroger sur la destination : à qui restituer le bien ? Au pays concerné, à une institution, à un dignitaire local ? La Belgique privilégiera toujours les restitutions interétatiques. Nous souhaitons que les objets soient hébergés dans les musées nationaux.

La troisième question est celle de la conservation. Il faut obtenir du destinataire des garanties de préservation des pièces restituées. Les espaces de présentation au public et de stockage doivent répondre à des conditions de conservation et de protection : degré d’hygrométrie de l’air, systèmes de sécurisation pour que les pièces ne se retrouvent pas sur le marché noir, comme cela s’est déjà produit autrefois », a indiqué le secrétaire d’État belge, chargé de la Politique scientifique.

« Mais les institutions de ces pays et les nôtres sont en contact permanent a-t-il signifié.

Une conférence internationale sur la restitution en 2022 en Belgique

d’experts des instituts de recherche et de juristes.