« La peur de manquer a conduit le consommateur à surstocker »


LA TRIBUNE – Comment expliquez-vous les tensions qui touchent aujourd’hui la filière du granulés et du bois de chauffage ? Carine PECHAVY – La pénurie et la hausse des prix sont le résultat d’une addition de facteurs. Il y a d’abord l’Etat qui décide, récemment, de mettre fin au fioul domestique. Cela crée un affolement général, les français se tournent vers le bois : c’est la première vague.

Puis une deuxième vague apparaît, plus lente, dans le contexte de la hausse du coût de l’énergie. Résultat, en deux ans, le nombre d’installation de chaudières et poêles à bois a doublé, mais c’est allé trop vite pour les fournisseurs et les distributeurs. Nous avons commencé à manquer de matière dès janvier 2022, puis la guerre en Ukraine a marqué un coup d’arrêt.

L’Ukraine et la Russie sont de gros producteurs de granulés et si la France en importe peu, contrairement à l’Italie par exemple, c’est l’effet domino. Les producteurs français ont répondu aux demandes en Europe. Ensuite, c’est une question d’offre et de demande.

Ajoutons à cela, une hausse du prix de l’énergie nécessaire pour fabriquer les granulés et du coût des transports. C’est un mille-feuille d’augmentations qui fait que nous avons aujourd’hui des tensions sur les volumes et les prix. Flambée des carburants : des transporteurs routiers bordelais aux abois Comment vous adaptez-vous chez Pévachy Energie Bois ? Dès le départ, nous avons fait le choix de rester sur un approvisionnement français et local en granulés mais cela signifie que nous ne pouvons pas satisfaire toutes les demandes.

Nous ne répondons donc pas aux nouveaux clients sauf s’ils sont issus de notre réseau d’installateurs. Ensuite, de manière générale, pour éviter que des clients ne soient lésés, nous sommes obligés de faire ce que l’on appelle du contingentement. Nous protégeons par tous les moyens la distribution de granulés, l’enjeu étant que tous réussissent à se chauffer cet hiver.

À date, nous ne sommes pas en pénurie mais nous n’avons pas non plus de stocks contrairement aux années précédentes. Les volumes de septembre, octobre et novembre ont déjà été achetés. La distribution se fait au compte-goutte.

Carine Péchavy (crédits : Péchavy) La situation est-elle similaire sur le bois ? La consommation étant moins importante, la tension est moindre. En revanche, une nouvelle règlementation impose de donner le taux d’humidité du bois livré car plus un bois est sec moins il émet de particules fines. Or s’il y a du bois, du bois sec il n’y en a pas non plus pléthore.

Au-delà des facteurs précédemment décrits, vous pointez du doigt la responsabilité des médias dans l’aggravation de la situation. Pourquoi ? Les clients sont en colère, c’est un fait. Pour leur faire accepter cette situation nous estimons qu’il faut faire de la pédagogie ! Or, il n’y a pas un jour sans qu’un article alarmiste ne sorte sur la pénurie de granulés et je parle des médias au sens large.

Cela accélère la tension. Le consommateur affolé a eu peur de manquer ce qui l’a conduit à faire du surstockage et c’est toute la filière qui a été mise à mal. Si je prendre la parole, ce n’est surtout pas pour être alarmiste à mon tour mais pour expliquer pourquoi nous en sommes arrivés là.

Granulés de bois : en Auvergne Rhône-Alpes aussi, la filière est victime de son succès et alerte contre le surstockage Que représente l’activité bois énergie au sein du groupe Péchavy ? Le groupe Péchavy est composée de quatre sociétés spécialisées dans le transport des produits pétroliers, la distribution de fioul, gazole, de lubrifiants et de granulés et bois bûches. On nous connaît majoritairement au travers de notre activité dans les produits pétroliers, mais le négoce de bois de chauffage constitue l’activité historique de l’entreprise créée en 1919. J’ai souhaité pérenniser l’activité bois de chauffage au début des années 2000 à un moment où sortaient les premiers textes relatifs aux économies d’énergie.

Nous-mêmes souhaitions sortir d’une énergie où prédominaient les problèmes géopolitiques, de la spéculation. Nous avions la volonté de partir sur un combustible fabriqué localement, qui génèrerait de l’emploi local et que nous pourrions maitriser avec une notion d’éco-responsabilité. Pour répondre à votre question, il n’y a pas lieu de comparer les activités.

Avec l’activité bois et granulés de bois, nous sommes à des années lumières des produits pétroliers mais l’époque il s’agissait simplement de rajouter une solution pour une certaine typologie de logement. Tout le monde n’allait pas se chauffer au bois ! Vingt ans plus tard, est-ce toujours votre vision ? Absolument, nous envisageons toujours le bois et le granulé de bois dans le cadre du mix énergétique. Le granulé à lui seul ne va pas révolutionner l’énergie de demain ! Nous sommes sur du bois, une ressource qui n’est pas extensible, il faut être réaliste.

Et, en ce qui me concerne, je me refuse à travailler avec des produits fabriqués à partir de rondins. Le granulé est le résultat de la valorisation d’un produit connexe, la sciure. Comment le distributeur d’énergies Péchavy se prépare à l’après pétrole ////////////////////////////// Le groupe Péchavy en chiffres :

  • Une centaine de collaborateurs
  • 4 entreprises (Péchavy Energie, Péchavy Énergie Bois, Péchavy Lubrifiants, PFT Transport)
  • Deux sites d’exploitation à Bassens (33) et Le Passage d’Agen (47)
  • 167 millions de chiffre d’affaires (données mars 2020)