Pink Floyd : un énorme coffret pour les 50 ans de « Dark Side of the Moon »


L’an dernier, Jason Isbell est rentré chez lui et a fait écouter à sa femme et partenaire, Amanda Shires, un duo qu’il venait d’enregistrer avec Barry Gibb. “Elle a dit : ‘Je ne t’ai jamais entendu si bien chanter’, raconte Isbell. J’ai répondu : ‘Je chantais avec Barry Gibb. J’ai dû me surpasser.’” Isbell a beau être un songwriter roots de l’Alabama, c’est aussi un fan des Bee Gees depuis toujours. La chanson enregistrée avec Gibb, “Words of a Fool”, figure sur le prochain album de ce dernier, Greenfields, sur lequel il a repris d’anciens morceaux à lui avec des artistes comme Brandi Carlile, Dolly Parton et Alison Krauss.

“J’ai toujours été un fou de vieille country, dit Gibb. À la fin des Bee Gees, j’ai dérivé vers mon propre bonheur, c’est-à-dire ce type de musique.” “J’étais nerveux, Barry”, dit Isbell à propos de leur duo. “J’étais scié, lui répond Gibb. Vous n’aviez pas besoin de faire ça. Le fait d’aimer ces chansons est très important.”

Pink Floyd : un énorme coffret pour les 50 ans de « Dark Side of the Moon »

« Je ne sais pas si les gens réalisent l’influence des Bee Gees sur la production populaire actuelle. » – Jason Isbell

ISBELL : Je pense que tu as reçu ton étoile sur le Hollywood Walk of Fame deux mois après ma naissance, donc je connais ta musique depuis toujours.

GIBB  : Oh ! Il faut que je t’en dise un peu plus sur nos racines. On était une famille d’immigrés qui s’est installée en 1958 en Australie et, dès lors, on a entendu beaucoup de disques américains. Roy Orbison et Elvis… c’étaient des stars de la country et des rock stars, également… George Jones, Dolly, ils ont eu une influence radicale sur nous.

ISBELL : Crois-tu que le fait de ne pas avoir passé vos années formatrices en Angleterre a permis d’obtenir un mélange différent ? Je n’entends pas beaucoup de skiffle dans votre musique. On dirait de la country.

GIBB : On était inondés de country américaine et ne l’oublie pas : on est passés par toute cette période folk.

ISBELL : Absolument. Des chansons comme “Massachusetts” devraient être de la country. Et il y a aussi des boucles et des samples. Je ne sais pas si les gens réalisent l’influence des Bee Gees sur la production populaire actuelle. C’est sur la BO de Saturday Night Fever que j’ai entendu ma première boucle.

GIBB : “More Than a Woman” a la même boucle de batterie que “Stayin’ Alive”. Sur“Woman in Love” aussi. On l’a utilisée sur différents disques, mais je pense que c’était une sorte d’obsession pour la précision. Le groove devait être parfait.

ISBELL : Que fais-tu depuis le début de la pandémie ?

GIBB : Je suis devant Netflix. Je regarde toujours Down from the Mountain. En boucle.

ISBELL : Je le fais aussi pas mal. Je joue de la guitare toute la journée. Si besoin, je sortirai un Marshall dans la cour et je jouerai pour les voisins. Je n’en suis pas loin.

GIBB : Si  je joue, c’est pour moi. Si la chanson me plaît, j’applaudis.

ISBELL : Ça me rappelle la raison pour laquelle je me suis mis à faire de la musique.

GIBB : Tu sais que notre premier concert a eu lieu sur un circuit ? On a convaincu les gens de nous laisser chanter au milieu de l’ovale, entre deux courses. On était à l’arrière d’un camion avec un micro. Les spectateurs ont lancé des pièces sur le circuit.

« J’ai toujours écrit ou enregistré des chansons pour plaire à quelqu’un. » – Bary Gibb

ISBELL : Ça aurait très bien pu se produire dans l’Alabama, là où j’ai grandi.

GIBB : Dès que tu as un peu de succès, ça tourne à la compétition. Je pense que c’est dur pour les groupes. Si tu es une famille, tu peux faire durer les choses. Sinon, les choses peuvent assez vite se fragmenter.

ISBELL : J’ai vu ça. J’ai été longtemps dans un groupe où il y avait trois songwriters et trois chanteurs. C’était rude. Depuis, j’ai l’impression de faire de mon mieux quand on me dit quoi faire ou que je prends des décisions. Mais je ne suis pas bon du tout dans tout ce qu’il y a entre les deux.

GIBB : J’ai toujours écrit ou enregistré des chansons pour plaire à quelqu’un et je ne sais pas si c’est ton cas. J’ai très rarement écrit une chanson pour me faire plaisir.

ISBELL : Je pense qu’on vit tous ça. Même si c’est une sorte de fusion de différentes personnes dans ta vie. Ma femme est la première à voir mes chansons. Elle a une maîtrise en poésie et est également songwriter.

GIBB : Ça m’arrive. Si je suis dans une pièce et que Linda entre, il lui arrive de lancer un commentaire du style : “Je pense que tu peux faire mieux que ça.”

ISBELL : Je crois que c’est ce qui m’impressionne le plus chez toi : le fait que tu te sois engagé à être une bonne personne.

GIBB : Avec un peu de chance, on pourra chanter en live un de ces jours.

Cet entretien croisé figure dans notre numéro 128, toujours disponible chez vos marchands de journaux.

GREENFIELDS The Gibb Brothers Songbook, Vol. 1, de Barry Gibb, disponible à l’écoute.

Propos recueillis par ANGIE MARTOCCIO