Pourquoi la nouvelle politique de mobilité au sein de l’agglomération d’Agen est un dossier sensible et complexe


l’essentiel
Jeudi, au conseil d’agglomération d’Agen, les élus se penchent sur la nouvelle politique de mobilité. Un dossier majeur et complexe pour 44 communes et plus de 100 000 habitants. Explications.

Le dossier sensible de la nouvelle politique de mobilité au sein de l’agglomération d’Agen sera sur la table du conseil communautaire ce jeudi. Véritable casse-tête, il promet d’être âprement débattu tant il peut bouleverser le quotidien des habitants des 44 communes de l’Agglo. Ils sont plus de 100 000.

Pourquoi la nouvelle politique de mobilité au sein de l’agglomération d’Agen est un dossier sensible et complexe

Depuis 2006, la délégation de service public (DSP) Transport en commun est attribuée à Kéolis. Elle arrive à échéance. Le nouveau cahier des charges de la future DSP a été écrit. Jeudi, il sera demandé aux élus de l’approuver pour lancer la consultation, afin aussi qu’il y ait « un match » pour reprendre l’expression de Jean Dionis. Comprendre : que la concurrence joue à plein entre Kéolis, Transdev, RATP ou encore des opérateurs espagnols.

Le président d’Agglo Agen avait, dit-il, la possibilité de s’emparer de ce « problème strictement par le prisme des bus urbains ». « C’était une option, reconnaît Jean Dionis. Nous ne l’avons pas choisie ». « Par conviction et par raison », il a préféré travailler sur une délibération générale qui touche à tous les moyens de mobilité (marche, vélos, bus et voitures).

« Un service à l’efficacité médiocre »

Pour faire prendre conscience de ce défi de taille, il dessine le contexte. Le centre-ville d’Agen est hyperdense : 32 000 habitants dans un rayon de 2 km avec des problématiques « marche et vélo » qui émergent. La première ceinture est composée de Pont-du-Casse, Foulayronnes, Colayrac, Le Passage, Boé, Bon-Encontre, c’est-à-dire 30 000 habitants dans un rayon de 8 km. Enfin, il y a la deuxième ceinture avec 36 communes dans un rayon de 25 km.

À cette hétérogénéité, il convient d’ajouter trois autres contraintes. La première est sociale (le budget transport pèse de plus en plus dans celui des ménages), la seconde environnementale (les transports, poids lourds confondus, ont été responsables de 46 % des émissions de gaz à effet de serre du territoire communautaire en 2015). La troisième touche à la dépense publique. Les bus coûtent 8 M€ (*) par an pour, lâche Jean Dionis, « un service à l’efficacité médiocre ». Il précise : « Ce n’est pas le prestataire qui est en cause. Le service joue son rôle pour les trajets domicile/école mais c’est tout. Il y a, suivant les lignes, des taux de remplissage en heure creuse qui sont très faibles. » Le rapport coût usage est donc à optimiser.

Pour le nouveau schéma qui doit entrer en vigueur le 1er septembre 2026, le président Dionis a écarté la gratuité et l’option réseau shuttle (les trajets domicile travail ne seront pas réduits). Il plaide pour « un choc de l’offre » afin d’encourager les modes de déplacement alternatifs.

Il annonce une multiplication par trois des investissements dans les pistes cyclables, une augmentation de la fréquence et de la rapidité des bus, la mise en œuvre d’une nouvelle offre de Transport Sur Réservation pour la deuxième ceinture. Le financement de cette nouvelle politique de mobilité sera assuré par une augmentation de 3,5 millions d’euros par an, répartie entre une hausse du Versement Mobilité, une contribution du budget de l’agglomération et une augmentation des recettes tarifaires.

Gratuité : c’est non

Lorsque l’Agglo s’est penchée sur ce sujet dédaléen des bus urbains, la question de leur gratuité (comme à Villeneuve par exemple) s’est vite posée. « Nous n’avons pas retenu cette option, indique Jean Dionis. La délibération n’ouvrira donc pas le débat là-dessus. Si certains élus veulent voter pour la gratuité, ils voteront contre la délibération. » Le président considère que le frein aux transports publics est plus la qualité de l’offre que son prix. « Avec la gratuité, ajoute-t-il, nous nous passions brutalement de plus d’un 1 M€ de recette et donc de moyens pour un service de qualité : plus de fréquences, des bus avec une taille convenable, etc ». Il ne cache pas non plus sa position personnelle en termes de philosophie politique. « Je refuse la gratuité. Je ne vois pas pourquoi la famille Dionis qui a des revenus corrects ne paierait pas son bus. On me répond : Jean, ça va te faire monter dedans. Non, l’arbitrage se fait sur toute autre chose que ça ».

Pourquoi cela ne marche pas

Dans le cadre d’un diagnostic, des publics cibles ont été interrogés sur leurs attentes et leurs besoins vis-à-vis des transports en commun. Des points faibles ont été identifiés pour les bus urbains (l’Agglo n’a pas la main sur les bus scolaires et les lignes régionales comme la 932).Fort de 10 lignes, le réseau actuel de bus est critiquable sur plusieurs points. « Premièrement, la fréquence, explique Jean Dionis. Sur un certain nombre de lignes, il y a, en heure creuse, un bus toutes les 40 minutes. C’est rédhibitoire ».Il évoque ensuite la vitesse. Elle est en moyenne de… 15 km/h. Il y a en effet, sur plusieurs lignes, du ramassage de proximité, du cabotage. Il y a aussi trop d’arrêts. Enfin l’agglo d’Agen n’a jamais fait de couloir dédié aux bus.D’autres problématiques existent. Les pôles d’emplois sont mal desservis. Les horaires ne sont pas adaptés aux besoins des entreprises notamment celles qui travaillent en 3 x 8. Il y a une amplitude horaire trop importante liée à des trajets trop longs pour les circuits scolaires (ex : collégiens résidant à Layrac et Astaffort). Les associations d’aide alimentaire sont éloignées du réseau de transport collectif (Zone Industrielle de Boé Avenue Georges Guignard),

 

« La proposition de Bon-Encontre s’étudie »

Trois maires, ceux de Bon-Encontre, Boé et Le Passage, se sont dans nos colonnes déjà émus de ce nouveau schéma de transports public. Le président d’Agglo Agen Jean Dionis a entendu leurs critiques.

Bon-Encontre, résume-t-il, est desservi par une seule ligne (la 2). Elle a une partie de son trajet qui passe directement dans le centre-ville. La nouvelle ligne doit s’appuyer sur la RD 813. « Parce qu’elle est large, parce qu’elle est droite, parce qu’on va pouvoir aller plus vite et peut-être, si on y arrive avec le Département, faire un couloir prioritaire de bus ». Pour lui, l’ajustement proposé par Bon-Encontre n’est pas recevable. Par contre, celui de Boé s’étudie.

Au Passage, tout peut encore bouger pour le quartier de Bellevue

« Boé est plutôt gagnant avec 4 lignes, glisse le président. Ça accroche le choix, sur la ligne 3. Nous la faisons passer sur la zone industrielle de Boé plutôt que dans les cités de la Couronne. Parce que dans la zone industrielle, il y a les Restos du cœur, le centre de santé ».

Pour Le Passage, dont la géographie est très spéciale (c’est une banane le long de la Garonne), la problématique est différente. Des modifications sont demandées sur quatre quartiers. Jean Dionis assure qu’il se penchera à nouveau sur celui de Bellevue. Terminus de la ligne, il est situé derrière Beauregard. Il compte 200logements.

(*) 7 M€ sont payés par le Versement Mobilité et 1 M€ par les contribuables.