Polyamour : elles et ils témoignent sur ce modèle de couple


« J’ai un coeur trop gros et beaucoup d’amour à donner ». Ces mots tout doux viennent de la youtubeuse Sauvane et les Internets. Elle les a prononcés dans une vidéo où elle fait son coming out polyamoureux, diffusée en juillet 2018. « Une très jolie définition » du terme, commente Tobias, 20 ans, lorsqu’il nous conseille de la visionner. Lui, en a une toute aussi poétique : « Le polyamour pour moi, c’est la liberté d’aimer qui je veux, sans restriction ».

elles aussi polyamoureuses, depuis 7 et 6 mois. Cela fait un an qu’il a mis un mot sur ce qu’il ressent, ce qu’il souhaite. Et cette étape n’est pas venue sans un certain soulagement. « Dans mes relations mono-amoureuses, j’avais souvent le béguin pour d’autres et je me sentais extrêmement coupable. Maintenant, je n’ai plus à me soucier de ce problème. »

Un sentiment familier pour Sandra Le Guern, 29 ans, qui déplore en outre le côté très « sexuel » qu’on associe au polyamour. Plus jeune, confie-t-elle, elle a beaucoup souffert de ne pas se retrouver dans un schéma monogame tel que la société entend l’imposer. La jeune femme se souvient précisément de la fin de son adolescence, lorsqu’elle a trompé son partenaire de l’époque avec son meilleur ami. Aimer deux hommes à la fois lui paraissait naturel, pourtant, le mensonge l’a tout de suite rongée. « Faire un choix ce n’est pas fait pour moi, j’étais perdue ».

Aujourd’hui maman d’un petit garçon de 5 ans et demi, elle « relationne » avec plusieurs hommes. Et tous – y compris son fils – sont au courant. Anthony, le père de l’enfant, qui partage sa vie depuis 9 ans, a lui aussi d’autres « copines ». C’est d’ailleurs avec lui qu’elle a exprimé pour la première fois sa manière différente d’une « norme » oppressante d’envisager les relations amoureuses, et ce, de façon assumée.

« Lorsqu’on s’est rencontrés, je lui ai dit que j’étais curieuse de voir d’autres personnes, que j’avais besoin de changement, de nouveauté et que je pouvais avoir envie d’aller plus loin avec d’autres. Très vite, il est rentré là-dedans, me disant que c’était très honnête de l’évoquer dès le début ».

S’ils adoptent d’abord des codes monogames aux yeux de leurs proches (« On était même en couple sur Facebook », sourit-elle), en privé, ils mènent leur vie comme ils le souhaitent. Jusqu’à s’étiqueter polyamoureux il y a 4 ans, afin de vivre sans se cacher, en toute honnêteté. Une notion indispensable au sein de la communauté.

L’importance du consentement et de la communication

« La communication et l’écoute des besoins de l’autre sont des ingrédients essentiels et complémentaires pour qu’une relation polyamoureuse fonctionne », affirme Tobias. « Comme n’importe quelle relation mono-amoureuse, en fait. Après, il y a cette notion de non-exclusivité qui fait que les gens monogames pensent qu’on en profite pour coucher avec tout le monde sans prendre en compte sa, son ou ses partenaire·s, ce qui est globalement faux ».

La preuve, lui comme Sandra ne conçoivent pas leurs relations sans établir quelques règles. Ou plutôt, des « ententes », comme préfère les formuler cette dernière, afin de contenter et respecter tout le monde. « Dès qu’on pense qu’une autre relation est en train de se former, on se le dit », poursuit Tobias. Pareil pour « tout ce qui est aventures d’un soir ou rencards, on se le dit aussi ».

Chez Gabriel, même son de cloche. A 21 ans, iel est en couple avec une personne qui, pour sa part, n’est pas polyamoureuse. « Je lui ai confié dès le début de notre relation que je le suis et il l’a accepté », nous raconte-t-iel. « Il m’arrive de vouloir débuter des relations avec d’autres, je lui en parle à chaque fois avant de faire quoi que ce soit avec l’autre personne pour être sûr que ça ne lui pose pas de problème. »

Et d’insister : « Je pense que l’ingrédient essentiel, comme pour tous types de relation est la communication, la communication honnête. C’est important d’être sûr que ça ne pose de problème à aucun des parties concernés, de savoir ce que saon ou ses partenaire·s pensent, s’iels se sentent bien ou pas, etc. Si on n’arrive pas à s’écouter ou à écouter les autres la relation est vouée à l’échec. » Mais ça, ajoute également Gabriel, c’est le cas pour tout le monde.

Pour la sexologue Magali Croset-Calisto, autrice de Fragments d’un discours polyamoureux (ed. Michalon), ces conduites sont particulièrement inspirantes. « Les polyamoureux sont indéniablement des personnes qui ont beaucoup réfléchi sur elles-mêmes, sur leurs désirs et l’articulation de ces derniers à travers la création de relations et ce, dans un cadre sociétal parfois hostile », lance-t-elle au micro de BFM. « Une grande maturité définit les individus qui ont choisi le polyamour comme mode de vie. En cela, ils peuvent constituer un exemple concret d’ouverture d’esprit et d’espoir tangible pour toutes les personnes qui ne se retrouvent pas dans le cadre d’une conjugalité mono-amoureuse. »

Elle l’assure : « Il faut beaucoup de courage pour faire le pas de côté qui mène aux amours libres et assumées. Les polyamoureux proposent un nouveau modèle de penser le couple et les relations humaines dans notre société occidentale. » Un modèle qui part d’un principe puissant : l’amour ne se hiérarchise pas, il se multiplie.

« Aimer sereinement plusieurs personnes »