Pyramides de Ponzi : Piégé, JP Fanguin se décrit comme «un escroc bienveillant»


Publié2 février 2021, 18 :43

Le phénomène médiatique du printemps dernier est forcé à une certaine transparence sur son activité financière, après qu’une vidéo en caméra cachée a révélé des négociations tenues dans la confidence.

La situation a bien évolué depuis le début du buzz au mois de juin.DR«C’est fort, parce que tu fais semblant d’être un escroc, comme ça on croit pas que t’es un escroc, et comme ça tu peux escroquer» – «oui c’est ça». C’est sur cette conversation que débute une vidéo publiée par le youtubeur belge Pog, suivi par des centaines de milliers de personnes, dans laquelle il piège le désormais célèbre Jean-Pierre Fanguin, phénomène médiatique depuis juin dernier. On y entend le jeune homme, qui se présente comme entrepreneur, proposer à Pog de mobiliser sa communauté dans son business en échange de pouvoir entrer «au plus haut niveau de la pyramide», soit récupérer passivement les revenus générés par l’arrivée d’un nouveau membre. De quoi confirmer les soupçons selon lesquels le buzz généré par JP Fanguin sert les intérêts d’une société de multi-level marketing (MLM), une méthode à la limite de l’escroquerie. Contacté par 20 minutes, le Vaudois de 21 ans convient que cette vidéo ne laisse plus de doute possible sur son activité : il œuvre pour une société qui gère un système pyramidal de parrainage construit autour du trading. Il taira le nom de son partenaire, mais ne bronche pas quand on évoque Melius, désormais Be Factor (lire ci-dessous).

Arnaqueur naïf ou pro de la mise en scène?

«Depuis la vidéo de Pog, beaucoup de gens m’ont insulté, j’ai reçu des menaces, des gens ont fait fuiter l’adresse de ma famille et la mienne, raconte Jean-Pierre Fanguin. Je veux bien qu’on me traite d’escroc, mais je veux que les gens sachent que je me suis toujours soucié des autres, je n’ai pas voulu leur causer du tort, même quand je leur extorquais de l’argent, je ne voulais pas leur faire du mal. Je me suis laissé un peu emporter. qui excelle dans la maîtrise de son image, puisse penser être convaincant en s’auto-attribuant le titre d’«escroc bienveillant» dans un communiqué publié sur instagram. Une nouvelle mise en scène n’est pas exclue, puisque le buzz initial commençait à s’essouffler. Reste que des gens ont bel et bien perdu de l’argent, notamment dans le canton de Vaud, dans des pyramides de Ponzi du même genre que celles prônées par JP (lire ci-dessous). on verra bien ce que ça donne», poursuit-il. Pour l’instant, cependant, seules des infractions au code de la route ont été portées devant la justice, pour lesquelles il a été condamné à une peine pécuniaire avec sursis. La police vaudoise indique n’avoir reçu aucune plainte liée à ses activités financières ou celles de société du même type. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), lui, a reçu plusieurs signalements notamment de la part de la Fédération romande des consommateurs (FRC), mais n’a toujours pas ouvert d’enquête, rappelait encore «24 heures» début janvier. Le journal estime pourtant à au moins 250 le nombre de personnes séduites par Be Factor dans le Canton de Vaud, tandis que la société est sous enquête de l’Autorité des marchés financiers au Québec.Le business bouge plus vite que la justice«Il faudra bien que quelqu’un s’y penche, car beaucoup de gens ont perdu des grosses sommes là-dedans, analyse Sandra Imsand, spécialiste des MLM à la FRC. Mais il faudra de nombreuses nuits blanches. Les outils juridiques manquent et la pratique évolue très vite, chaque année de nouvelles stratégies apparaissent. On ne parle presque plus de vente d’objet mais de services, et la limite de la légalité est donc devenue encore plus floue. Heureusement, on reçoit un peu moins de signalements depuis quelques mois. Peut-être que les articles de presse ont pu rendre les gens plus attentifs.» La FRC récolte toujours les témoignages de personnes confrontées à des arnaques de type MLM sur son site internet.Jean-Pierre Fanguin répondait à 20 minutes en juin, au début du buzz autour de ses vidéos.20 minutes/François Melillo