quand les agressions verbales et les menaces se multiplient pour les journalistes de terrain


C’est un 1er avril qui n’aura pas amusé mon collègue Pierre-Yves. Pierre-Yves Meugens est reporter à Bruxelles. Cet après-midi-là, pour la radio, il part relayer une équipe au bois de la Cambre où s’est organisée une grande « boum » en dépit des mesures sanitaires.

Je lui ai expliqué que j’étais là notamment pour leur laisser la parole Il m’a dit que de toute façon, j’allais déformer.

quand les agressions verbales et les menaces se multiplient pour les journalistes de terrain

Je vais le dire franchement  : ce soir-là je suis rentré découragé, même si la majorité des gens ont été respectueux et même charmants »

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Mais bien d’une forme de haine ». La RTBF a décidé de déposer une plainte en justice pour ces faits.

Il ne s’agissait plus d’une question de défiance, mais bien d’une forme de haine

Le suit un homme d’une quarantaine d’années très énervé se souvient Renaud. Il semblait vouloir en venir aux mains.

J’ai essayé de calmer la situation en minimisant mon rôle à la RTBF. La serveuse a essayé d’appeler la police. Il est finalement parti au bout de 10 minutes ».

Voitures banalisées, matériel moins siglé

Des équipes de deux personnes au moins

par exemple.

« Nous avons une double crainte, commente le directeur de l’Information Jean-Pierre Jacqmin.

D’abord, bien sûr, qu’un membre de l’équipe se fasse agresser. Ensuite, il y a le risque de perdre le contrôle éditorial ». C’est le cas où une équipe ne peut plus maîtriser son intervention en direct.

?

 »

Jean-Pierre est en contact régulier avec les directions des autres rédactions francophones pour échanger sur le problème et envisager des solutions. Parce qu’il faut bien dire que le phénomène n’est pas propre à la RTBF et à sa particularité d’être un média de service public.

Une tendance de fond

C’était le 2 avril dernier, vers 22h30, à l’issue de ce qu’on pourrait appeler « l’after de la boum ». Ils sont pris à partie par une dizaine d’hommes agressifs qui vocifèrent « bande de collabos. On va vous tondre, on va vous pendre ».

Et qui les accusent d’être « à la solde » tantôt « du gouvernement », tantôt « du capital ». L’un d’eux faisait mine de vouloir donner des « coups de boule ». « Impossible de discuter », se souvient Loïc, qui estime que le problème est devenu récurrent.

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ce qu’ils ne sont pas  : « Pour toutes ces personnes en opposition Les politiques

nous ne sommes pas les porte-parole des autorités, même s’il faut admettre que la crise sanitaire en particulier a montré la difficulté de trouver au quotidien la juste distance, le recul critique nécessaire.

à Reims en France

La situation s’aggrave en Europe

l’an dernier, en Europe, 70 alertes ont été recensées pour des cas (sérieux) de harcèlement et d’intimidations (dont 4 pour la Belgique). 52 pour des faits de violences physiques (aucune en Belgique). A titre de comparaison, en 2019, il n’y en avait « que » respectivement 43 et 33.

 Plus préoccupant encore  : pour ce début d’année 2021, il y a déjà eu 29 alertes pour violences physiques, c’est presque autant que pour toute l’année 2019.

La méthode trumpienne favorise les agressions

Des agressions physiques parfois même de premiers ministres
Inertie des États

Mais ils ne le font pas.

Ils ont presque tous (sauf la Russie) voté une recommandation en 2016, mais à part la Suède et les Pays-Bas , personne n’a pris d’initiatives ni de mesures concrètes depuis lors. C’est ça qui est grave  : les États se donnent une image de protecteur de liberté de la presse mais ils ne prennent pas de mesures concrètes ». Dans le rapport d’évaluation du Conseil de l’Europe, pas de trace de la Belgique  : « Elle n’y est pas du tout citée car elle n’a rien fait », regrette Ricardo Gutiérrez.

Le charnier de Timisoara, pêché originel

il trouve ses racines ailleurs. C’est ce que défend le sémiologue français François Jost, professeur émérite en sciences de l’information et de la communication à l’université Sorbonne-Nouvelle et auteur du livre Médias  : sortir de la haine ?

Pour réaliser son analyse, il est parti du baromètre annuel Kantar-La Croix qui analyse la confiance des Français dans les médias. « On voit à partir de 1989-1990 une chute brutale, liée à la couverture médiatique de la révolution roumaine », explique-t-il.

C’est l’affaire du pseudo-charnier de Timisoara, ce soi-disant charnier de milliers de morts, relayé par toute la presse internationale, à partir de 12 cadavres découverts près d’un hôpital (qui s’avéreront être des corps disséqués pour des raisons de médecine légale). « On a à ce moment-là une perte de confiance considérable de la part des gens, décode François Jost. Comme si on avait découvert à ce moment-là que l’image n’est pas la réalité.

On a soudain perdu confiance dans l’objectivité de l’image ».

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« La critique est normale, pas la haine »

Non, ça ne fait pas partie du métier de se faire agresser, harceler, insulter. On n’est pas payés pour ça. Il faut dénoncer ».