Régionales : Le grand oral de cinq candidat.e.s sur l’Économie Sociale et Solidaire.


 La CRESS du Centre Val-de-Loire (Chambre Régionale de l’Économie Sociale et Solidaire) a interpellé, via internet, le 11 mai 2021, cinq candidat.e.s aux Régionales sur leurs intentions vis-à-vis de l’ESS.

Une nécessité pour ces politiques mais avec naturellement des approches différentes.

L’ESS aura-t-elle droit de cité à la Région en juin 2021 ?

Durant deux heures mardi après-midi, cinq candidat.e.

s (celui du RN n’avait pas été invité) ont répondu aux questions des responsables de la CRESS régionale sur leurs mesures concrètes concernant l’Économie Sociale et Solidaire (défini par la loi de 2014) :  François Bonneau, président sortant, liste Plus fort, ensemble  !  Marion Cabanne, La Région au cœur, Jérémie Godet, Un Nouveau Souffle, Christelle de Crémiers, Démocratie Écologique et enfin Philippe Vigier, Ensemble, le meilleur est avenir.

Une visioconférence animée par notre confrère Hassan Kérim de Radio-Campus. En introduction. auteur d’Utopies Locales (Petits matins).

Pour ce maître de conférence associé à Sciences-Po Bordeaux, le monde d’après covid existe déjà et l’ESS en fait partie. Il prône une économie de transition, afin de développer sur nos territoires des filières d’économies circulaires basées sur la solidarité plutôt que que la concurrence avec l’exemple des Licoornes, anti-modèles des Startups. Et selon lui les régions peuvent fortement contribuer à l’émergence de ces filières du futur.

Six questions sur l’ESS posées aux responsables politiques 

Les responsables de la CRESS ont ensuite posé des questions très précises aux candidat.e.s sur leur vision de l’ESS, et comment ils comptent la soutenir sur le plan économique, territorial, politique, et financier.

l’approche de ce modèle économique n’est pas le même pour toutes et tous.

François Bonneau (PS/PC)

François Bonneau,

François Bonneau avait l’avantage en tant que président sortant de pouvoir s’appuyer sur son bilan avec notamment les Cap Asso, crées en 2005 et qui aujourd’hui font l’unanimité. Pour lui, l’ESS apparaît «comme une vraie chance pour l’économie en tant que solution pour construire de nouvelles modalités d’échanges locaux, d’où une très forte responsabilité des régions».

L’ESS est «porteuse d’emplois par rapport aux nouveaux besoins des habitants. D’où la nécessité de l’articuler avec les autres formes d’économies».

Le président sortant a rappelé que L’ESS est déjà défendue dans les contrats de solidarité à partir des projets des territoires.

Sa volonté est  aussi de développer les modèles coopératifs comme les SCIC tout en «favorisant  l’innovation (mobilité, culture, services aux personnes…)»

François Bonneau a rappelé la forte implication des jeunes dans l’ESS, «sensibles à ses valeurs (environnementales, sens du travail, des échanges…». Plus globalement,  il aimerait que l’épargne de nos citoyens se porte vers la transition énergétique. Pour les moyens financiers, il préconise de travailler avec France Active et d’utiliser les fonds européens.

En conclusion, François Bonneau a réaffirmé sa volonté «de protéger la place et les champs d’intervention de L’ESS pour qu’elle fertilise l’ensemble des secteurs de l’économie et des acteurs de la société, avec notamment la création d’une Maison régionale de l’ESS du futur et un interlocuteur unique à la Région.»

Marion Cabanne (LR/UDI)

Marion Cabanne,

Pour l’élue tourangelle, « il faut associer les collectivités locales à la décision pour instruire l’ESS dans les contrats territoriaux et soutenir les porteurs de projets locaux au bénéfice de tous les habitants ». Pour cela, il faut «créer des dispositifs spécifiques ESS pour changer d’échelle et accroître son impact social.

» Pour elle, « l’ESS doit irriguer l’ensemble de l’économie classique avec un rapprochement entre entreprises, associations et coopératives». Concernant les filières de demain, Marion Cabanne  prend l’exemple de l’éco-construction dans le bâtiment en expliquant «qu’il faut partir des enjeux du terrain et ensuite travailler ensemble, en y intégrant les entreprises de l’ESS en amont dans le cahier des charges.» 

Pour mieux utiliser les fonds européens, la liste de Nicolas Forissier préconise la création d’un guichet unique avec des relais sur l’ensemble du territoire.

S’il est élu, Nicolas Forissier créera une vice-présidence de l’ESS avec l’appui d’ interlocuteurs dans les services parce que c’est une question transversale. «On a besoin des modèles sociaux de l’ESS pour irriguer l’économie classique qui doit être modifiée de façon constructive. On aura gagné quand on confondra les deux économies» a conclu Marion Cabanne.

Jérémie Godet, (Écologistes, FI)

Jérémie Godet,

Pour Jérémie Godet, l’équation est simple : « La transition écologique et sociale que l’on veut booster a besoin de l’ESS parce qu’elle est à l’avant-garde de cette transition.» Pour cette liste, l’ESS doit «remettre en cause le modèle classique et aboutir à une vraie transformation. Il convient aussi de développer les tiers-lieux dans de nombreux domaines, notamment dans celui de l‘insertion.

Et la CRESS a un rôle essentiel à jouer dans l’animation des territoires ». 

Concernant les outils financiers, Jérémie Godet cite le dispositif Effervesens qui pour chaque euro citoyen donné débloque un euro de la Région, la création de Cap Scop  pour accompagner les projets et les fonds européens pour des avances de trésorerie.

Un Nouveau Souffle compte aussi sur les jeunes pour booster l’ESS via les lycées. mais aussi au sein des Mouvements de Jeunesse et d’éducation populaire.

Christelle de Crémiers 

Christelle de Crémiers,

Changement de ton en revanche avec Cristelle de Crémiers, très vite agacée par le « faux unanimisme de surface autour de l’ESS » car pour elle, « ce n’est pas une niche mais une véritable économie nouvelle sans but lucratif et privé, afin de retrouver le lien social perdu, la Région étant le dernier rempart de préservation des territoires ». Dès lors, elle présente l’ESS comme «un outil pour construire le monde menacé de demain.

Il faut de l’ESS à tous les niveaux parce qu’elle a une vertu pédagogique, plus forte que la résilience ». 

Démocratie Écologique estime par  ailleurs que « les jeunes sont les premiers concernés par cette crise avec la disparition des petits jobs et qu’ils la subissent de plein fouet  avec la malbouffe, une mauvaise formation, un climat dégradé…et donc l’ESS c’est la possibilité de créer une société vertueuse ensemble.»

Cristelle de Crémiers se demande toutefois si « l’économie classique va accepter les inévitables arbitrages financiers à opérer, car il faut faire sauter un plafond de verre.

 La loi permet beaucoup de choses mais elles sont peu utilisées»

C’est pourquoi elle plaide pour la création d’une Assemblée Citoyenne Régionale afin de faire remonter les besoins du terrain et  peser sur les négociations avec l’État pour crever ce plafond de verre de 12% ».

Autre mesure forte, la création d’un Revenu de Transition Écologique, comme en Suisse mais peu évoqué car nécessitant une déconnexion de la rentabilité.

La candidate estime enfin qu’il faut « rééquilibrer les budgets et donner les moyens d’agir à l’ESS avec une  vice-présidence de l’économie et de l’ESS ».

Philippe Vigier (Modem, REM)

Philippe Vigier, co-listier de Marc Fesneau sur la liste “Ensemble,

Pour Philippe Vigier l’ESS est « un formidable levier de sortie de crise» avec deux mesures fortes : le contrat de Cap Asso qui passerait de 3 à 6 ans et un fonds d’investissement associatif régional de 15 millions d’euros axé vers le tourisme, les loisirs et la  transition énergétique afin de « redonner de la valeur au modèle coopératif, parce qu’il est vertueux ».

La philosophie de la liste est « d’impliquer les habitants au destin de la Région dans des projets de transition énergétique, via les circuits courts…afin de créer un rebond sur l’ensemble des secteurs d’activité et obtenir des emplois structurés nombreux et durables ». 

Côté financement, Philippe Vigier plaide pour la simplification des démarches avec « un dossier unique pour les subventions européennes ».

Selon lui. Philippe Vigier prône aussi la mise en place d’un guichet unique « pour éviter le parcours du combattant des porteurs de projet.»

Pour Ensemble, le Meilleur est Avenir, un laboratoire ESS régional serait utile «pour tester des projets dans les secteurs du  logement, de l’alimentation, de l’ environnement, de la santé…»

Enfin côté gouvernance régionale, le candidat estime « qu’un élu doit être l’interface de l’ESS et que tous les autres (élus) devront être présents là où la région a des compétences.

Sans oublier d’associer les citoyens de chaque bassin de vie avec des structures de partage et d’échanges, via la CRESS ».

Reste à savoir à présent si ce thème de l’ESS sera repris ou non dans les campagnes de chaque liste.

Sophie Deschamps

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