Les relations se réchauffent entre la France et l'Australie


Publié le 21 sept. 2022 à 16 :10Mis à jour le 21 sept. 2022 à 16 :40C’est une première depuis la crise des sous-marins. Un ministre français, en l’occurrence Olivier Becht, chargé du Commerce extérieur, vient d’achever une visite en Australie. Malgré la déconvenue issue de l’alliance Aukus l’an dernier, il s’est attaché à renforcer le pilier économique de la stratégie française en Indo-Pacifique.Lors de son séjour à Sydney, il a notamment vanté les mérites des champions français du transport urbain, tels que Keolis ou Transdev, déjà très bien implantés en Australie, et le rôle qu’ils pourraient jouer pour réduire la dépendance des villes et des Etats australiens à la voiture. Autre pépite mise en avant, la société Neoen.

Terres rares

Olivier Becht a également profité de son séjour pour évoquer la question des matériaux critiques, dont le sous-sol australien regorge, et qui sont essentiels à la construction de batteries rechargeables. Un domaine dans lequel la France ambitionne de devenir un acteur majeur. « C’est un sujet sur lequel on veut travailler avec l’Australie. Nous sommes aussi là pour sécuriser et diversifier nos approvisionnements en terres rares, en nickel, en cobalt, en lithium et pour voir comment on peut travailler ensemble sur le raffinage de ces produits », précise le ministre.A ce stade, aucune annonce n’a été formulée, mais de l’aveu d’Olivier Becht, son déplacement avait aussi pour but « de bien déblayer le terrain » avant la venue, désormais quasi certaine, d’Emmanuel Macron en Australie à la mi-novembre, juste après le sommet du G20 à Bali.Un déplacement qui achèverait de confirmer le réchauffement des relations entre les deux pays, déjà bien amorcé depuis l’élection en mai dernier du gouvernement travailliste d’Anthony Albanese. Ce dernier a très vite annoncé que l’Australie verserait sans rechigner 555 millions d’euros de pénalités à Naval Group pour la rupture du « contrat du siècle », via lequel la France devait construire, en Australie, douze sous-marins de type conventionnel. Anthony Albanese a par la suite rencontré Emmanuel Macron à Paris début juillet, tandis que les ministres de la Défense, Sébastien Lecornu et Richard Marles, se sont, eux, vus déjà à deux reprises. D’abord à Singapour en juin, lors du Dialogue de Shangri-La, le plus important sommet asiatique consacré à la Défense, et en début de mois en France, où Sébastien Lecornu a fait visiter la base de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de Brest à son homologue australien.

Risque de rupture capacitaire

Celui-ci doit présenter en mars prochain sa stratégie relative aux sous-marins. Il a toutes les peines du monde à trouver une issue à la rupture capacitaire qui se profile pour la marine australienne. Les alliés américains et britanniques sont, pour encore de nombreuses années, dans l’incapacité de livrer à l’Australie les sous-marins nucléaires promis dans le cadre d’Aukus. Et les sous-marins Collins, dont est actuellement dotée la Navy australienne, seront mis au rebut au plus tard en 2038.Pour éviter à l’Australie de se retrouver à nu, Emmanuel Macron aurait proposé au Premier ministre australien de lui livrer quatre sous-marins de type conventionnel, construits cette fois à Cherbourg et non plus à Adelaïde, d’après l’« Australian Financial Review ».Une option peu susceptible d’être concrétisée, dans la mesure où la marine australienne ne serait pas en mesure de réceptionner un nouveau type de submersible. La députée Anne Genetet (Renaissance), qui s’est déplacée tout récemment en Australie où elle a rencontré les responsables locaux de Thales et Safran, note qu’« au-delà des sous-marins, la France a des savoir-faire, des matériels qui peuvent répondre aux besoins stratégiques de l’Australie ».