Robert Salis filme la justice au plus près de ceux qui la font


Fin août 2019, un des événements du Festival international du film francophone d’Angoulême a eu lieu dans le Palais de justice de la ville  : une rencontre exceptionnelle entre public et magistrats après la projection d’une durée de deux heures de de Robert Salis.

« Le film était très bien reçu, nous dit Robert Salis, mais sorti à une date maudite, très vite toutes les séances prévues, accompagnées de débats, ont été annulées. »

La construction d’une œuvre magistrale

Face à cette réalité, Robert Salis. décide de constituer une sorte de bible en demandant à soixante-cinq parmi les plus grands noms de la magistrature, trente-deux hommes et trente-trois femmes, de s’exprimer librement sur ce qu’ils avaient à dire, et en l’occurrence à écrire, sur leur métier. Ainsi Rendre la justice a pu continuer son chemin, sortant en même temps en DVD et, sous le titre éponyme, en forme de texte monumental et unique. Robert Salis a alors commencé la construction d’une œuvre magistrale.

Dans son avant-propos à l’ouvrage dont il assure la direction, le cinéaste pose les questions de tout un chacun. magistrat y compris  : «  Rendre la justice est-ce rendre un service ? La justice est-elle seulement un service public dont nous serions les simples usagers comme nous le sommes des transports en commun ? Porte-t-elle en elle les fonctions et les garanties essentielles propres à pérenniser les démocraties ? Ce qui caractérise la justice, c’est d’être une institution et une valeur. Sans doute la plus belle et la plus précieuse d’entre elles et l’une des seules à avoir son ministère. Il n’y a pas de ministère du Courage par exemple. L’institution se doit alors d’être à la hauteur de la valeur qu’elle représente. Mais est-ce le cas ? » C’est entre autres à cette large question que tentent de répondre les magistrats engagés dans la réflexion proposée.

Une préface de Chantal Arens, première présidente de la Cour de cassation

André Potocki, conseiller honoraire à la Cour de cassation, ancien juge français à la Cour européenne des droits de l’homme, donne le ton en déclarant  : « La vraie manifestation de la force, c’est la douceur. » Après, en ouverture de Rendre la justice, une préface de Chantal Arens, première présidente de la Cour de cassation, et un texte, titré « l’Indépendance », de François Molins, procureur général près la Cour de cassation, tous témoignent, selon l’ordre alphabétique de leurs noms, qu’ils soient « humbles ou puissants », métropolitains ou ultramarins.

La justice vue et lue de l’intérieur 

Le lecteur peut apprendre comment se vit de l’intérieur la profession de substitut ou greffier comme de président de tribunal, de procureur de la République, d’avocat général à la Cour de cassation, de juge des libertés, juge d’instruction, président de cour d’appel ou de cour d’assises et même celle de président de tribunal de commerce… bénévole. Il peut consulter les textes précieux de ceux qui professent à l’École nationale de la magistrature et des trois présidentes de syndicats  : Céline Parisot pour l’USM (Union syndicale des magistrats), Katia Dubreuil pour le Syndicat de la magistrature et Béatrice Brugère, ancienne juge antiterroriste, pour le syndicat Unité-Magistrat SNM-FO. Et il n’est pas des moins cocasses de découvrir certains effets de style  : Renaud Le Breton de Vannoise, premier président de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, décrit un rêve qu’il aurait fait et Fabienne Siredey-Garnier, vice-présidente de l’Autorité de la concurrence, qui a une formation littéraire, écrit un texte à la troisième personne au ton durassien.

Rendre la justice, Robert Salis (120’) en DVD, Eden Films, mars 2021, 21 euros

Rendre la justice, Sous la direction de Robert Salis. Éditions Calmann-Lévy, mars 2021, 588 pages, 22,90 euros