Saint-Germain-des-Prés. Il avait poignardé sa femme et retourné l’arme contre lui


l’essentiel
Les secours avaient trouvé le couple gisant dans son sang à St-Germain des Prés. L’homme comparait aux Assises d’Albi jusqu’à ce soir.

Récit glaçant, mardi, aux Assises d’Albi. À la barre, Aurore, 36 ans, voix tantôt ferme tantôt étranglée de sanglots, raconte comment le 19 juin 2019 dans leur maison isolée de Saint-Germain-des-Prés, Damien, son compagnon de l’époque, lui a porté plusieurs coups de couteau. Dont trois dans le ventre. Elle portait leur enfant depuis 3 mois. Elle seule a survécu, par miracle.

Les gendarmes et les pompiers de Puylaurens, même très expérimentés, mettront du temps à oublier la scène du drame. Dans le salon, le couple, à terre, « baigne dans son sang », au milieu de la vaisselle cassée et de plusieurs couteaux. La jeune femme, consciente, est recroquevillée en position fœtale. L’homme, alors âgé de 33 ans, est allongé sur le dos, torse nu, une plaie importante à l’abdomen. « Il y avait tellement de sang partout qu’on ne pouvait pas avancer » décriront les gendarmes et les pompiers de Puylaurens, premiers sur place C’est Aurore qui les a appelés. Quand ils arrivent, son pronostic vital est engagé. Elle sera très vite héliportée par le Smur Toulouse vers l’hôpital de Rangueil. L’homme, moins gravement blessé, sera conduit à l’hôpital de Castres. Trois jours plus tard, il est interné d’office. Il ne sera placé en garde à vue qu’un mois plus tard, à sa sortie.

« Il m’a dit j’ai tué le bébé »

Après 7 h de chirurgie et dix jours en réanimation, Aurore peut enfin être entendue fin juin. Aux enquêteurs, elle expliquera que ce jour-là il avait refusé qu’elle sorte avec une amie. Il ferme la porte à clef, lui arrache son téléphone. Furieuse, elle lui lance une tasse, une bouteille, lui crie que c’est fini entre eux. Le premier coup de couteau l’atteint au ventre, suivi d’autres, dont un dans le cou qui fera jaillir le sang jusque sur le mur des toilettes où elle essaie de s’enfermer. Elle s’écroule, tente de ramper jusqu’à la porte-fenêtre. Elle dira aussi qu’il s’est porté lui-même un coup de couteau au thorax. Pendant 15 minutes il la regardera agoniser avant d’accepter de lui donner le téléphone pour qu’elle appelle les secours. Parce qu’elle lui a promis qu’elle ne le quitterait pas et qu’elle ne porterait pas plainte. « Il m’a dit, j’ai tué le bébé. J’ai répondu ce n’est pas grave, un bébé ça se refait. Il s’est couché sur moi, m’a embrassée, m’a dit qu’il m’aimait » a raconté Aurore, hier, à la barre.Dans le box, l’accusé, incarcéré à Seysses depuis juillet 2019, garde le plus souvent la tête baissée.Une psychologue est venue expliquer « ses troubles du contenu de la pensée », ses premiers épisodes dépressifs, plusieurs hospitalisations en psychiatrie, des idées délirantes. Au moment des faits, il avait abandonné la formation qui devait lui permettre de reprendre la ferme familiale. Après plusieurs comportements « étranges », où il prétendait être suivi et surveillé, Aurore qui ne soupçonnait pas la gravité de ses troubles, avait insisté pour qu’il se fasse soigner. Le couple, dont l’histoire avait très bien commencé, habitait ensemble depuis quelques mois et n’avait pas d’antécédents de violence. « Je reconnais les faits. Je ne me souviens pas… J’étais fatigué, j’ai eu un court-circuit, j’ai explosé. Je ne sais pas pourquoi » répond inlassablement l’accusé aux questions pressantes du président. Hier Me Guy Dubuisson, son avocat, a insisté sur « cette multiplication de délires pour quelqu’un qui paraît normal » avant sa plaidoirie ce soir. Aujourd’hui, Aurore, handicapée par de lourdes séquelles, a refait sa vie. Damien qui doit à nouveau être entendu ce matin encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Verdict ce soir.