Sebastian Siemiatkowski, l'homme derrière Klarna, la fintech qui affole les investisseurs


La faculté de la Suède à faire émerger des géants de la tech n’est plus à démontrer. La messagerie Skype a transformé la façon de communiquer au début du siècle ; Spotify a pris le relais en révolutionnant l’industrie musicale ; la start-up Klarna est la dernière coqueluche en date du pays nordique.Le spécialiste du paiement différé (« Buy Now, Pay Later ») est valorisé 31 milliards de dollars depuis son dernier tour de table réalisé en mars.

Et, selon certains médias, la fintech serait sur le point de boucler une nouvelle levée de fonds qui porterait sa valorisation à plus de 40 milliards de dollars…Quand on l’interroge sur le sujet, Sebastian Siemiatkowski, le patron de Klarna, botte en touche. Il est vrai que le timing n’est pas idéal pour commenter un (potentiel) nouveau financement. Quelques jours plus tôt, la scale-up a en effet été victime d’un bug technique embarrassant.

90 millions d’utilisateurs

En ouvrant leur appli, des utilisateurs de Klarna ont eu accès aux données personnelles et bancaires d’autres clients. « Cela a terni notre réputation », concède Sebastian Siemiatkowski, tout en indiquant que ses employés travaillaient d’arrache-pied pour faire la lumière sur cet incident. « Nous ne savons pas encore précisément combien de personnes ont été touchées.

 »Pendant cette crise, le Suédois de quarante ans est monté au créneau en partageant des informations sur Twitter, où il est suivi par plus de 10.000 personnes et pose dans une position acrobatique. La fintech ne peut pas prendre ce problème à la légère  : elle doit restaurer la confiance au plus vite si elle veut poursuivre son impériale marche en avant.

Le succès de Klarna, qui revendique 90 millions d’utilisateurs actifs et plus de 250.000 commerçants partenaires, n’était pas gagné d’avance. Quand Sebastian Siemiatkowski cofonde la société en 2005 avec Niklas Adalberth – qu’il a rencontré alors qu’il préparait des hamburgers dans un Burger King – et Victor Jacobsson, les sceptiques sont nombreux.

Klarna va ainsi populariser le paiement en différé, qui permet de faire un achat sur un coup de tête et d’être débité plusieurs jours plus tard. La fintech s’assure de la solvabilité du client, avance les fonds, et prélève une commission sur les ventes des commerçants.

Sous la houlette de Sebastian Siemiatkowski, Klarna a conquis les pays nordiques, puis a accéléré son expansion à l’international – la France est son 17e marché. La société, adepte d’une communication décalée, séduit principalement les jeunes consommateurs en offrant une expérience digitale haut de gamme – le maître mot de Klarna est « smooth ». Les géants du capital-risque (Sequoia, Atomico, Silver Lake, etc.

) ont pour elle les yeux de Chimène. La valorisation de Klarna est passée de 5 à 31 milliards de dollars en l’espace de deux ans  !

Super app du paiement

« Les investisseurs pensent que Klarna est l’une des sociétés qui a le potentiel de transformer l’industrie du paiement pour le meilleur, à la fois pour les consommateurs et les marchands », observe Sebastian Siemiatkowski, qui est le fils de deux immigrés polonais.Certains sceptiques mettent toutefois en garde contre un « Klarnage » (contraction de Klarna et de carnage), soit une addiction à du crédit facile pour des ménages modestes.

Aussi les régulateurs surveillent-ils de près le boom des acteurs du paiement différé, dont Klarna est le porte-étendard en Europe.Sebastian Siemiatkowski, dont la fortune personnelle est estimée à 2,2 milliards de dollars par le magazine « Forbes », est, lui, confiant dans l’avenir. Le marché du crédit est immense et il y a de la place pour des acteurs innovants, plaide-t-il en substance.

Klarna ne veut d’ailleurs pas se contenter de faire du paiement différé pour les amateurs de shopping. En Allemagne, la fintech permet par exemple à ses clients d’ouvrir un compte en banque et d’avoir une carte de crédit Visa. Sebastian Siemiatkowski voit loin  : « Nous voulons proposer une solution de paiement de tous les jours pour vos dépenses.

 ».