« Je suis le seul à me battre pour la semaine de quatre jours », assure Pierre Larrouturou


Comment vivez-vous ces derniers jours de campagne électorale ?On n’y voit pas assez de solutions concrètes alors que la crise sociale est gravissime. L’Europe a longtemps protégé les salariés et les agriculteurs, par exemple avec les quotas laitiers. Depuis le tournant libéral des années 80, il n’y a jamais eu autant de précarité et jamais eu autant d’argent pour les bénéfices, mais, en revanche, de moins en moins d’argent pour les services publics.

Les taxes sur les bénéfices sont tombées de 50 % à 19 %. Il y a déjà vingt ans, avec Jacques Delors et Michel Rocard,on dénonçait cette dérive libérale de l’Europe. Mais, toutes les semaines, Bruno Le Maire prend pr…Comment vivez-vous ces derniers jours de campagne électorale ?On n’y voit pas assez de solutions concrètes alors que la crise sociale est gravissime.

« Je suis le seul à me battre pour la semaine de quatre jours », assure Pierre Larrouturou

L’Europe a longtemps protégé les salariés et les agriculteurs, par exemple avec les quotas laitiers. Depuis le tournant libéral des années 80, il n’y a jamais eu autant de précarité et jamais eu autant d’argent pour les bénéfices, mais, en revanche, de moins en moins d’argent pour les services publics. Les taxes sur les bénéfices sont tombées de 50 % à 19 %.

Il y a déjà vingt ans, avec Jacques Delors et Michel Rocard, on dénonçait cette dérive libérale de l’Europe. Mais, toutes les semaines, Bruno Le Maire prend prétexte du seuil des 3 % de déficit pour tailler dans les budgets de la santé, de la recherche ou de la rénovation thermique.Les 3 % figuraient dans le traité de Maastricht, voté par des gens de gauche.

Jacques Delors appelait à voter pour le traité tout en affirmant qu’il fallait vite se remettre au travail pour une Europe plus sociale. En 2005, c’est Giscard qui a refusé des critères sociaux dans le traité constitutionnel et, en 2007, c’est Angela Merkel elle-même qui assurait qu’il fallait compléter les traités par un protocole social. Cette fois, c’est Sarkozy qui avait dit non.

En 2021, j’étais rapporteur général du budget, une première pour un eurodéputé français depuis vingt ans. J’ai fait voter des textes qui instituaient une taxe de 0,1 % sur les marchés financiers qui rapporterait 57 milliards d’euros annuels pour le climat, la santé et l’emploi. Bruno Le Maire bloque tout.

Notre société se disloque et, chaque mois, les marchés financiers battent des records. Même l’Allemagne est en récession avec 6 millions de citoyens qui ne perçoivent que 538 euros par mois. C’est humainement insupportable, économiquement stupide et politiquement dangereux.

Vous citez beaucoup Delors et Rocard.J’ai eu la chance de travailler avec eux. Mais je cite aussi Roosevelt.

À son arrivée à la Maison-Blanche en 1933, il fait passer quinze réformes en trois ans qui changent la vie des Américains. Je peux aussi vous parler de Pedro Sanchez en Espagne, le pays où l’inflation a été la plus faible parce qu’il a bloqué les prix de l’électricité, supprimé la TVA sur les produits de la vie quotidienne et parce qu’il taxe les superprofits. Si c’est possible en Espagne, pourquoi pas ailleurs en Europe ?Pourquoi pas ne repartez-vous pas avec Raphaël Glucksmann ?Demandez-le lui, j’attends sa réponse depuis décembre.

Vu les sondages, il ne doit plus avoir besoin de moi et le PS a préféré mettre en position éligible des candidats comme le mari d’Anne Hidalgo. Glucksmann dit des choses très intéressantes sur l’Ukraine mais, sur les dossiers sociaux ou climatiques, il n’est pas aussi concret que ma liste. On me dit que je suis trop à gauche pour lui mais, je les cite de nouveau, je reste dans l’héritage de Delors et Rocard.

Ce qui me choque, ce n’est pas mon cas personnel, c’est l’absence de la semaine de quatre jours sur le programme Glucksmann alors qu’elle fait tache d’huile ailleurs en Europe et que Macron va briser davantage les gens au chômage. Nous, on propose 300 milliards d’euros annuels pour le climat, ce qui créerait des dizaines de milliers d’emplois.Si vous n’êtes plus député européen…Je serais content de le rester mais il y a des problèmes plus graves que mon cas personnel.

Je suis le seul à me battre pour la semaine de quatre jours. Erasmus est né grâce à deux députés qui passaient pour des farfelus. Depuis, ce système a profité à quinze millions de jeunes Européens.

« Je comprends cette colère à l’égard de la classe politique et de l’Europe mais l’extrême droite aggravera la situation »

Les écologistes ne veulent pas de vous non plus. Vous êtes pestiféré ?Il y a des logiques d’appareil aussi chez les écologistes. C’est dommage, on aurait fait une belle campagne ensemble.

Mais je suis fier de ma liste, une des plus jeunes du scrutin, avec une numéro 2 de 24 ans, sans oublier la fille de Stéphane Hessel, une allocataire du RSA ou l’ancien président de France Nature Environnement.Que pensez-vous de la montée de l’extrême droite ?Elle est logique, hélas, parce qu’on ne répond pas à la crise. En France, au 1er janvier, il y aura sept millions d’inscrits à Pôle emploi.

Je comprends cette colère à l’égard de la classe politique et de l’Europe mais l’extrême droite aggravera la situation. L’une des premières décisions de Giorgia Meloni en Italie a été de supprimer le RSA.Pouvez-vous être la surprise du 9 juin ?Il y a dix ans, Nouvelle Donne était créditée de 0,5 %, on avait dépassé les 3 %.

Ce qui me rend heureux, c’est de redonner de l’espoir aux gens, quand, à la fin d’un café citoyen, on me dit : « Vous, c’est pas du blabla. »