Silly Boy Blue, la nouvelle sensation de la scène pop française


Les ruptures, ça la connaît. D’ailleurs, elle en a même fait un album. Avec son disque inaugural Breakup Songs, Silly Boy Blue honore les relations avortées de son passé.

Une incursion inévitablement personnelle qui se déploie à travers des mélodies pop et des paroles tantôt optimistes – comme dans « Teenager » –, tantôt résignées – à l’image de l’envoûtant « Oh Please ». Avec, toujours, une mélancolie omniprésente.

« J’ai grandi dans un cadre assez sain, avec une chouette famille et des amis cool mais j’étais hyper mélancolique très jeune », nous confie la chanteuse.

Ce spleen précoce, Ana Benabdelkarim – son nom à la ville – parvient à transformer en morceaux dès l’adolescence. Tout commence à l’âge de 13 ans, quand ses parents la comblent avec une guitare électrique à la Joan Jett. « J’étais très nulle, précise-t-elle.

J’ai commencé à prendre des cours mais je détestais ça. Et comme je ne savais pas jouer les chansons des autres, je me suis mise à écrire mes propres chansons. »

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Des chansons qui parlent, très souvent, de « cœur détruit ».

Fille spirituelle de David Bowie qui a inspiré son nom de scène, Silly Boy Blue cultive très vite un instinct mélodramatique. Peut-être à cause de Skins, la série qui a marqué ces années-là de sa vie. « J’aurais adoré être Effy mais je n’étais pas du tout assez mystérieuse, déplore-t-elle.

Je m’identifiais plutôt à Freddie. J’aimais bien son côté amoureux transi et, en même temps, un peu badass ».

Ou peut-être à cause de sa famille.

Ayant deux frères aînés, elle n’a d’autre choix que de se forger une identité à part. « J’étais évidemment gothique, je m’habillais en noir, explique-t-elle, spontanée. Je m’habille toujours en noir mais je ne mets plus de tutu en tulle, de mitaines ou de colliers à pic ! » Pas du genre à mentir, la jeune femme porte effectivement du noir lorsqu’on se retrouve en terrasse, dans une brasserie du XIe arrondissement de Paris, une fin d’après-midi ensoleillée.

Manu Fauque

Ana quitte le nid familial assez tôt. Après avoir soufflé ses 16 bougies, elle délaisse les contrées nantaises pour emménager à Bordeaux et entamer des études dans la pub. « Je voulais juste suivre mon copain de l’époque là-bas et il m’a larguée la veille de ma rentrée », avoue-t-elle avec légèreté.

Les premiers germes de son Breakup Songs ? Peut-être. Féministe dans l’âme, elle ne se laisse pas abattre. Très vite, elle bifurque, optant pour une carrière dans le journalisme.

Et se spécialise… oui, dans la musique.

« Tous les trucs les plus deep de ma vie, je les ai dits dans mes chansons et ma sexualité en fait aussi partie. »

Silly Boy Blue

À l’aube de la vingtaine, la jeune Nantaise multiplie les collaborations fructueuses avec différents médias hexagonaux, des Inrockuptibles à Jalouse en passant par TÊTU.

En parallèle de ses articles, elle continue d’étoffer sa carrière musicale. En 2018, son projet solo prend forme : Silly Boy Blue est née. Alors, petit à petit, Ana fait une croix sur l’écriture journalistique.

« Tous mes congés allaient là-dedans, se souvient-elle. Je n’avais pas de vacances, pas de soirées. Puis, je me suis rendu compte que ma priorité dans la vie, c’était la musique en fin de compte ».

Plus qu’une voie professionnelle, la musique s’apparente à un moyen d’exploration pour la jeune artiste. « Je dirais que la musique a répondu à beaucoup de mes questions, notamment sur ma sexualité, analyse-t-elle. Je pense à Bowie qui chantait ‘she’s not sure if you’re a boy or a girl’.

C’est quelque chose qui m’a marquée et qui m’a donné des pistes pour me construire ». Aujourd’hui, à 25 ans, c’est à Silly Boy Blue d’utiliser son art pour faire passer ses messages.

Jeanne Lula-Chauveau

Comme, par exemple, pour évoquer sa bisexualité.

« J’ai jamais fait de coming out à mes parents, assure la chanteuse. Je sais que des gens en ont besoin mais ce n’est pas mon cas. Dans ‘Teenager’, je chante ‘I might not only be straight’ .

Tous les trucs les plus deep de ma vie, je les ai dits dans mes chansons et ma sexualité en fait aussi partie. C’est ma manière de formuler tout ce que je n’arrive pas à communiquer frontalement ».

Silly Boy Blue affectionne les albums qui racontent une histoire complète, citant Carrie & Lowell de Sufjan Stevens ou encore Melodrama de Lorde.

Son album rentre, selon elle, dans cette catégorie. « Il y a un ordre un peu chronologique que j’ai réfléchi, explique-t-elle. Il se termine par ‘The Fight’ que j’ai remise en version orchestrale.

Elle était sur mon premier EP, c’est avec elle que j’ai commencé et c’est avec elle que cette période se termine. Maintenant, la boucle est bouclée ».

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Sauf que… pas tout à fait.

Cet été, Silly Boy Blue le passera à vagabonder de festival en festival aux quatre coins de la France. Jusqu’à un concert solo à la Gaîté Lyrique, le 6 octobre. Ses espoirs pour la suite ? « Continuer de faire vivre l’album, faire à fond des dates… et des dates amoureux », lâche-t-elle sur le ton de l’humour.

Pour inspirer un Breakup Songs 2. Ou pour nourrir d’éventuels featurings avec Rebeka Warrior ou Harry Styles, ses deux collaborations de rêve. « On peut toujours y croire », conclut-elle après avoir bu la dernière gorgée de son verre de cidre.

Nous, en tout cas, on y croit !

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