En quoi la tornade de Bihucourt est exceptionnelle : un spécialiste de Météo France Toulouse nous répond


Alexandre Flouttard est ingénieur prévisionniste à Météo France Toulouse. « Chasseur d’orages » par passion, il est aussi un spécialiste de la tornade, le plus intense des phénomènes météorologiques.

La tornade de Bihucourt dans le Pas-de-Calais a fait la Une de tous les journaux lundi 24 octobre matin. Dans la soirée du dimanche 23 octobre, plusieurs communes du Nord de la France ont subi des dégâts massifs. Les images circulant dans les médias ou sur les réseaux sociaux sont d’ailleurs impressionnantes. Des toitures arrachées, des murs effondrés, des pylônes électriques jonchant le sol, des vitres brisées. La commune de Bihucourt est l’une des plus impactée puisqu’elle a été touchée à 80 %. 

En quoi la tornade de Bihucourt est exceptionnelle : un spécialiste de Météo France Toulouse nous répond

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Ces phénomènes climatiques qualifiés d’exceptionnels comme les inondations ou les méga incendies, le deviennent malheureusement de moins en moins. 

Un épisode « très court et intense, très fort », a expliqué Benoît-Vincent Caille, le maire de Bihucourt. Le premier magistrat n’a pas hésité à parler « de maisons rasées ». La préfecture du Pas-de-Calais a elle-même qualifié le phénomène « de fortes rafales de vents de type tornades. »

Très vite, une polémique est née sur les réseaux sociaux autour de cet événement face au terme de mini-tornade employé. Centre Presse Aveyron est allé poser la question à Alexandre Flouttard, ingénieur prévisionniste à Météo France Toulouse.

La mini-tornade est un terme qui n’existe pas, il ne correspond pas un phénomène météorologique

Une mini-tornade, est-ce que cela existe ?

« On essaye de lutter contre ce terme de mini-tornade qui est employé à tort et à travers. C’est un terme qui n’existe pas, il ne correspond pas à un phénomène météorologique. Soit, il s’agit d’une tornade, soit ce n’en est pas une. 

Il est insupportable de lire, à chaque fois qu’un phénomène tornadique touche le pays, des articles reprenant le terme « mini-#tornade ». Ce terme ne correspond à aucun phéno. météo. À bannir absolument !

On peut simplement dire en amont si les conditions sont propices ou pas à la formation d’une tornade. Je vais caricaturer mais c’est vraiment comme une recette cuisine. Tous les ingrédients doivent être dosés au millimètre près.  C’est un phénomène complexe à prévoir du fait de sa petite taille, de sa petite durée de vie.

Une tornade est un tourbillon de vents très forts qui se produit sous un orage particulièrement violent et qui s’étend jusqu’au sol

Où est-ce que la tornade trouve son origine ?

Une tornade est un tourbillon de vents très forts qui se produit sous un orage particulièrement violent et qui s’étend jusqu’au sol. 

montrant ainsi l’entonnoir, le nuage touchant le sol avec les dégâts tourbillonnant autour. Soit, il n’y a pas de témoins.

Dans ce cas-là, on fait une enquête de terrain pour observer l’alignement des dégâts. Par exemple, on va avoir des arbres qui sont couchés après être tombés dans un sens, et 50 m plus loin, on va avoir des arbres ou d’autres dégâts qui se sont envolés couchés dans l’autre sens. Cela signale un aspect de variation du vent sur une très courte distance, c’est l’aspect tourbillonnaire de la tornade.

Il faut un orage

A contrario, si tous les dégâts sont couchés dans le même sens, on va plutôt parler de rafales de vent descendantes. C’est-à-dire une rafale plus classique mais sans aspect tourbillonnaire. Ce sont tous ces éléments analysés qui vont nous permettre de dire s’il y a oui ou non une tornade.

Qu’est-ce qui peut donner lieu à une tornade ?

Il faut un orage, ce que l’on appelle dans notre jargon, de l’instabilité, c’est-à-dire de l’air plutôt chaud et humide présent près du sol, et de l’air frais en altitude. C’est le contraste entre les deux qui va donner lieu à une instabilité. Concrètement, l’air chaud, plus léger, va avoir tendance à se soulever au contact de l’air froid en altitude et à créer un orage. 

Pour avoir un orage qui va donner lieu à une tornade, cela va être la variation du vent avec l’altitude autant en direction qu’en force

Pour avoir un orage qui va donner lieu à une tornade, cela va être la variation du vent avec l’altitude autant en direction qu’en force. On va donc avoir un vent qui varie, monte rapidement en force et peut avoir une direction totalement différente. C’est ce qu’on appelle le cisaillement vertical de vent. C’est le couplage de la différence des températures, de la surface de l’altitude et de la variation du vent avec l’altitude qui va donner lieu à des orages les plus puissants appelés super-cellules.

Celle de Bihucourt a été classée EF3 correspondant à des rafales de vent entre 220 et 270 km/h

Cela va faire rentrer l’orage en rotation sur toute sa largeur, ce que l’on appelle un mesocyclone, une zone qui fait environ dix kilomètres de diamètre. Puis, avec les conditions particulières en surface qui vont dépendre de l’humidité, de la variation du vent, ce tourbillon va pouvoir s’étendre jusqu’au sol, en se rétrécissant et en augmentant en intensité jusqu’à atteindre un stade de tornade. 

Mais, tous les orages ne deviennent pas une tornade.

Comment sont classées les tornades ?

Les tornades sont classées sur l’échelle de Fujita, de EF0 pour les plus faibles à EF5 pour les plus violentes. On ne peut pas mesurer le vent directement dans une tornade. Cela passe très rarement au-dessus d’une station météo. C’est pour cela que nous sommes obligés de faire une estimation du vent à partir des dégâts. 

Celle de Bihucourt a été classée EF3 correspondant à des rafales de vent entre 220 et 270 km/h. 

En France, c’est entre 40 et 50 tornades par an

La particularité de la tornade de Bihucourt est qu’elle était sur une trajectoire hyper longue.

Il ne faut pas croire que la France est un territoire qui n’est pas concerné par les tornades. Cela ne concerne pas que les Etats-Unis. Ils en ont un peu plus de 1 000 par an, nous, c’est entre 40 et 50 par an. Mais la très grande majorité sont de catégorie EF0 ou EF1, donc de faible intensité. 

Atteindre le stade EF3 comme dans le Pas-de-Calais reste assez rare en France. Autre particularité et fait rare, le fait que cela se produise fin octobre. Ce sont des phénomènes qui se manifestent plutôt en saison estivale. Il existe bien évidemment des tornades de saison froide se produisant en hiver mais là on s’est trouvé avec des températures estivales. Elle a aussi atteint une très longue distance et a dû durer quelques minutes. C’est donc une tornade de haute intensité par rapport à ce que l’on a l’habitude de voir en France.

Y’a-t-il des zones propices en France ?

Il y a, par exemple, le Nord et le Nord-Ouest du pays. C’est une zone un peu plus exposée entre les Charentes, le Cotentin, jusqu’à la Belgique aussi. Et puis, le littoral sur le pourtour méditerranéen.

Les tornades n’aiment pas trop les zones de relief

Comment l’expliquez-vous ?

En moyenne, le vent est un peu plus fort en altitude sur le Nord du pays. Donc, dès qu’il y a des orages, cela peut être un peu plus propice. Quand au littoral, ce sont plutôt, en général, des orages d’automne ou de printemps. On parle donc plutôt de trombes, des tornades qui se produisent sur mer. Elles peuvent déborder sur les côtes avec un couplage de chaleur et d’humidité. 

En revanche, les tornades n’aiment pas trop les zones de relief.