Ce que le traitement de ses « affaires » dit du fonctionnement de La France insoumise


le voyeurisme médiatique, les réseaux sociaux se sont invités dans le divorce conflictuel d’Adrien et Céline Quatennens. Adrien décide de tout prendre sur lui. Je salue sa dignité et son courage. Je lui dis ma confiance et mon affection. 2022

Ne s’était-il pas senti obligé, quelques minutes plus tard, de corriger le tir et de prononcer quelques mots de sympathie envers l’épouse de Quatennens ?

Céline et Adrien sont tous deux mes amis. Mon affection pour lui ne veut pas dire que je suis indifférent à Céline. Elle ne souhaitait pas être citée. Mais je le dis : une gifle est inacceptable dans tous les cas. Adrien l’assume. C’est bien. 2022

C’était mal le connaître  : en arrivant aux journées parlementaires de LFI jeudi matin, le vieux chef se livrait à l’un de ces numéros par lesquels il a, tout au long de sa carrière, transformé le plomb en or. « Je pèse mes mots tout le temps », assénait-il. On arguera qu’une caresse vaut mieux qu’une gifle  : voilà qui sentait tout de même ce mépris mêlé de la haine que Mélenchon professe depuis dix ans envers la profession ; dans son tweet dominical. un réflexe quasi pavlovien chez lui.

L’homme du célèbre « la République, c’est moi » aurait-il un problème avec #MeToo ?

Par-delà les faits reprochés au député LFI du Nord (et qui entend le rester), l’affaire a embrasé La France insoumise comme une forêt de pins asséchée. Mélenchon, toujours prompt à saisir les mouvements qui irriguent la société, qu’ils soient sociaux ou écologistes, aurait-il raté celui du féminisme ? L’homme du célèbre « la République, c’est moi » aurait-il un problème avec #MeToo ? Beaucoup, au sein même de La France insoumise, mais aussi chez ses alliés de la NUPES, ont tendance à le penser. Mais peu osent le dire tout haut. En témoigne cette conférence de presse surréaliste tenue mardi par une dizaine de députés LFI et leur gêne palpable à répondre aux questions sur le sujet, leur tendance à regarder leurs chaussures qui pour le coup ressemblaient à des godillots.

Rasoir à deux lames

En réalité, cette nouvelle affaire (qui survient trois mois après la mise en cause d’Éric Coquerel pour des faits supposés de harcèlement), pose la question de la gouvernance au sein de LFI. Fin août, la députée très insoumise et féministe Clémentine Autain en avait dénoncé le « fonctionnement gazeux » et l’absence de toute instance pour des prises de décisions collégiales. C’est que La France insoumise reste d’abord et avant tout la chose de Mélenchon et de sa garde rapprochée, surtout composée d’hommes.

Clémentine Autain. Alexis Corbière et Jean-Luc Mélenchon à sa gauche.

« Pourquoi ont-ils peur de lui ? Parce que si vous manifestez le moindre désaccord, vous subirez des représailles, vous aurez des problèmes », explique le politologue Thomas Guénolé. Celui-ci sait de quoi il parle  : après quelques mois de compagnonnage avec les Insoumis, il a été violemment exclu du parti… pour cause de harcèlement sexuel. Des faits qui n’ont jamais été avérés, il n’y a eu aucune plainte et depuis quatre ans, Guénolé n’a eu aucune nouvelle de la justice. « Pour Quatennens et Coquerel, on dénonce des accusations sans preuves, mais dans mon cas, ça ne les a pas dérangés », s’indigne-t-il.

« Pourquoi ont-ils peur de lui ? Parce que si vous manifestez le moindre désaccord, vous subirez des représailles, vous aurez des problèmes »

Dans « Le Monde » du 21 septembre, la magistrate Hélène Franco expliquait en quoi le « comité de suivi des violences sexistes et sexuelles » que LFI a mis en place est « devenu un rasoir à deux lames  : la première sert à dire à l’extérieur que l’on s’occupe du sujet et évite que l’on dépose une plainte. La seconde, c’est pour dégager les emmerdeurs, ceux qui veulent des places ou contestent le fonctionnement interne. C’est le cas Guénolé ».

Thomas Guénolé dénonce un deux poids deux mesures qui aurait permis à LFI de l’écarter.

Restent les parcours personnels des uns et des autres, celui de Mélenchon notamment. Certains à gauche rappellent volontiers que le chef Insoumis a fait ses débuts en politique dans la plus austère et la plus machiste des chapelles trotskistes  : l’Organisation communiste internationaliste (OCI) de Pierre Lambert, où l’on cultivait plus volontiers les vertus de la virilité que le féminisme.