Transports : la gestion de Karuïa soulève bien des questions


En février dernier, le GIE Karuïa faisait grève pour protester contre les 300 millions de francs d’économie demandés par les institutions. Pour le groupement d’intérêt économique, une telle somme était impossible à trouver et aurait mis en péril des emplois. Mais selon nos informations, la réalité serait bien différente.

Des rémunérations et des frais gonflés, des salariés parfois sous-payés : alors que le GIE Karuïa souhaite démontrer que le contrat de délégation signé en 2018 correspond à la réalité des dépenses effectuées pour assurer l’exploitation d’une partie du réseau Tanéo, l’enregistrement réalisé clandestinement d’une réunion interne au groupement témoigne, lui, de pratiques discutables.

A commencer par ces patrons qui semblent disposer d’une véritable rente : « On ne peut pas, quand on ne roule pas, se sortir des rémunérations à 500 000 francs par mois », lance une membre de la direction, visiblement exaspérée. Car pour le GIE, tout l’enjeu est de prouver l’impossibilité pour Karuïa de faire les économies demandées, justement sur les marges et les frais de gestion. Or, « quand vous sortez ce genre d’information, c’est compliqué pour nous de défendre une situation, parce qu’ils évaluent une rémunération à beaucoup moins que ça pour celui qui ne roule pas et tout le reste, ils le qualifient de dividendes. »

Quant aux charges déclarées par certains, elles sont jugées irrecevables par les auditeurs  : « Les véhicules, les avantages, les loyers, ce que certains se prenaient en avantage, et en rémunération, ils les ont totalement balayés. » Pour rappel, Karuïa n’est pas une entreprise mais un groupement de petits patrons, titulaire d’une ou plusieurs des 88 licences les autorisant à exploiter une ligne de bus. Le GIE leur reverse une rémunération, au titre de ce que lui-même perçoit du SMTU, le Syndicat mixte des transports urbains.

Un mille-feuille où chacun rémunère ses chauffeurs selon sa propre grille. Avec des salaires parfois très, très bas. Ce qui fait bondir le président du GIE, Joseph Saliga, lors de cette réunion : « J’invite ceux qui continuent encore à payer à coup de lance-pierre leurs chauffeurs, à vous mettre vite dans les pas. Parce qu’à cause de vous. » Pour un même poste de chauffeur, les charges déclarées peuvent varier du simple au double : pour 1,5 ETP (équivalent temps plein), certains dépensent 4,4 millions de francs par an quand pour d’autres, la facture grimpe à 7,7 millions.

Mais, à en croire les enregistrements, ce n’est pas par fibre sociale que le groupement aimerait voir les salaires grimper : « Il y en a qui se sont amusés à gratter, gratter sur les salaires. Sauf que là, le but c’était de vérifier le taux de charges que vous aviez sur vous. L’idée, c’est qu’il fallait que vous soyiez chargé pour pouvoir justifier », explique la membre de la direction.

« Charger un maximum », selon une expression qui revient à plusieurs reprises, et ainsi échapper à la contribution demandée par les institutions, semble obnubiler le GIE. Au point de proposer des arrangements avec la réalité. Pour garantir une rémunération de gérance même à ceux qui ne travaillent pas, « on a réussi à leur faire admettre que 60% des entrepreneurs roulent encore, alors que ce n’est pas vrai ! On a même été dire que vous nettoyez vos bus, alors que le ménage, vous ne le faites pas », lance Joseph Saliga.

Ce que confirme à NC la 1ère un entrepreneur, qui a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat : « C’est que du bluff. Déjà, les patrons qui nettoient, c’est faux. Ce sont les chauffeurs qui le font, sinons on n’aurait pas mis de prime. C’est pour des histoires de budget, ou pour essayer que le SMTU voit que vraiment, il faut des sommes colossales, parce que sinon, si on met les vrais chiffres, ce sera minime. Ça suffit, il faut que ça s’arrête, on ne peut pas faire n’importe quoi avec l’argent public », lance-t-il, estimant par ailleurs que les chauffeurs salariés font les frais de la gestion du GIE.

40 d’entre eux sont en effet en grève depuis le 16 mai dernier, pour réclamer notamment la mise en place d’une grille de salaires et le paiement du 13emois promis en février, lorsque les salariés avaient soutenu le mouvement des patrons. Une promesse toujours pas honorée et qui, à en croire les propos tenus par Joseph Saliga lors de cette réunion, pourrait bien ne pas l’être : « Il ne faut pas leur donner le 13e mois, explique-t-il aux autres chefs d’entreprise. C’est un acquis social, il faut négocier une prime d’objectif, comme ça, le gars, ça le motive à venir rouler. »

2 milliard de francs ? Les collectivités locales. ont de leur côté du mal à trouver les fonds nécessaires :, passée de 42 à 152 millions de francs.

Contacté, le président du GIE n’a pas souhaité répondre à nos questions