Uber Eats à Montluçon (Allier) : « On se pose toujours la question “Peut-on se permettre d’arrêter ?” »


Dans le bassin montluçonnais, environ trente restaurants font appel au service de livraison de repas Uber Eats. « Un chiffre triplé depuis l’arrivée de la plateforme à Montluçon, en 2019 », indique Louise Le Bouteiller, directrice des opérations de la ville de Montluçon chez Uber Eats.

Malgré cette progression, de nombreux restaurateurs regrettent de devoir utiliser les services de la plateforme. Principal reproche : le montant de la commission. « 30 % de chaque commande la première année, jusqu’à 38 % ensuite », indique Sarah Trichard, propriétaire du Reste Ô Rang, avenue Jules Guesdes. Un chiffre faramineux, qui englobe « la publicité d’Uber Eats, les revenus des livreurs et les frais liés aux paiements par carte bancaire », liste Louise Le Bouteiller.

« Ça paye les charges, pas plus »

Au restaurant Pizza Tacos 4 saisons, juste à côté, le gérant Hassan Dagchar fait vite le calcul, après trois ans d’utilisation : « Ça paye les charges, pas plus. » Même Lichun Chen, pourtant globalement satisfaite de la plateforme, tord le nez sur les coûts : « Il faudrait qu’ils revoient la commission à la baisse. »

Un état de fait qui oblige les restaurants à augmenter leurs prix. « Un tacos à 8,90 euros, on doit le mettre à 13,50 sur Uber Eats, évalue Sarah Trichard. Avec l’inflation en plus, on atteint des prix exorbitants !  »

Une marge fortement réduite malgré tout, couplée à des dépenses pratiques. « Il y a forcément des coûts supplémentaires, notamment sur les emballages », pointe Pierre Arnaud, gérant du French Coffee Shop, dans la zone commerciale Saint-Jacques.

« Le budget packaging, dans une petite structure comme ici, c’est déjà 300 euros par mois, même sans Uber Eats. Ce n’est pas rien ! » précise Sarah Trichard.

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À cette première dépense s’ajoute l’achat de la tablette, contenant le logiciel de commande Uber Eats : « 120 euros », souligne la propriétaire du Reste Ô Rang. « Il y a aussi les photos, ajoute-t-elle. On a le droit à dix gratuites, par un photographe pro de chez eux. Si on veut ajouter des plats, il faut payer un supplément. Les photos que l’on fait nous-même ne sont jamais acceptées. »

Coup fatal : les professionnels sont livrés à eux-mêmes, une fois inscrits. « Pour avoir quelqu’un, c’est mission impossible. Des heures au téléphone, pour parler à des gens qui ne vous aident pas », s’agace Sarah.

Un avantage : la visibilité

Mais alors, pourquoi devenir partenaire Uber Eats ? « Pour la visibilité », répondent les restaurateurs. En effet, Uber Eats dispose d’un fichier client très fourni, qui assure une belle vitrine. « C’est sécurisant, on est sûrs d’être vus », admet Sarah Trichard.

Au Reste Ô Rang, les commandes via la plateforme atteignent déjà « 40 % du chiffre d’affaires », en moins de deux mois. Pierre Arnaud, lui, note que les boissons froides, « type milk-shake ou Bubble tea », vendues sur Uber Eats, « représentent 25 % du chiffre d’affaires ».

Un tacos à 8,90 euros, on doit le mettre à 13,50 sur Uber Eats !
Sarah Trichard (propriétaire du Reste Ô Rang)

Un pourcentage augmenté « avec les promos Uber, “un acheté = un offert” », indique Hassan Dagchar, avant d’ajouter « Tous les fast-foods utilisent Uber Eats, on ne peut pas passer outre. » Sarah Trichard résume : « Ce n’est pas avantageux financièrement. (…) Mais c’est incontournable. On se pose toujours la question “Peut-on se permettre d’arrêter ?” »

Conclusion ? L’offre semble plus satisfaire la flemme des consommateurs que les lois du marché. Obligeant les restaurateurs à user d’un système désavantageux. « Finalement, c’est nous qui travaillons pour eux », souffle Sarah.

Osaka : ce restaurant qui dit non à l’ubérisation

Face aux nombreux désavantages que présente Uber Eats, certains restaurants de Montluçon refusent catégoriquement de faire appel à la plateforme. C’est le cas d’Osaka, situé rue de Blanzat.

Depuis mars 2015, le restaurant Osaka propose aux Bourbonnais une carte de spécialités japonaises, à déguster sur place ou à emporter.

Xu Beiru, la gérante, affirme se satisfaire d’un fonctionnement qui a fait ses preuves depuis sept ans. « On est bien comme ça, sans livraison. On fait peut-être un peu moins que d’autres à cause de ce choix, mais ça nous convient. »

« Avec l’inflation, la vie est assez chère comme ça ! »

Pourtant, elle l’admet, la question s’est posée. « Je me suis renseignée auprès de plusieurs collègues. Certains, à Paris, payent des commissions de 48 % !  » Alors, quand le commercial d’Uber Eats a débarqué à Osaka, la question a été soulevée.

« Je lui ai parlé du montant énorme de la commission, demandé comment on était censé faire nos marges… Il m’a répondu qu’on pouvait tout à fait répercuter cette différence sur nos clients. » Hors de question pour Xu Beiru. « Avec l’inflation, la vie est déjà bien assez chère comme ça ! Nos menus sont à un prix raisonnable et justifié et doivent le rester. »

Travailler sereinement

Autre raison de ce refus : « On garde un fonctionnement sain », se félicite la gérante, « La livraison augmenterait forcément les cadences. Aujourd’hui, nous travaillons sereinement et préparons nos plats avec attention. »

Pour conclure, Xu Beiru insiste sur l’autonomie de son restaurant : « On ne travaille pas pour les autres. Ici, on veut juste satisfaire nos clients et garder de bonnes conditions pour nos employés. » 

Tour d’horizon à Montluçon et alentour
« Nous sommes arrivés à Montluçon en mai 2019 », présente Louise Le Bouteiller, directrice des opérations de Montluçon au sein de la plateforme.La cité était ainsi la première ville de l’Allier à accueillir Uber Eats. « Il y avait une population dynamique et un nombre de restaurants suffisant. » À ce moment-là, une dizaine d’établissements s’est inscrite. « Depuis, ça a triplé. Il y en a une trentaine, pour une quarantaine de livreurs. »Une augmentation notable, due à l’élargissement de la zone de livraison, autour de la ville. « Lors du lancement, on couvrait le centre de Montluçon uniquement. Aujourd’hui nous allons jusqu’à Désertines, Domérat, Saint Victor et au nord de Lavault-Sainte-Anne. »

Delphine Simonneau