Un député suggère d'équiper l'armée de Terre avec un véhicule blindé chenillé comme le KF-41 allemand


Au sein de l’armée de Terre, et hormis le char Leclerc, les Véhicules Haute Mobilité [VHM], les derniers canons automoteurs AuF1 et certains engins du génie, les blindés chenillés n’ont plus vraiment la cote depuis le retrait de l’AMX-10P, remplacé par le Véhicule blindé de combat d’infanterie [VBCI], doté d’un châssis à huit roues.
Le choix de privilégier la roue par rapport à la chenille s’explique en partie par le besoin des unités d’infanterie mécanisée de disposer de véhicules projetables, donc plus légers que leurs homologues chenillés, tout en affichant de bonnes performances en matière de mobilité. En outre, leurs coûts d’acquisition et de possession sont – en théorie – moins élevés. Ainsi, par exemple, il est avancé que le coût au kilomètres du train de roulement d’un char Leclerc est au moins trois fois supérieur à celui du VBCI, dont les pneus, censés s’user moins vite sur les terrains caillouteux, coûtent entre 3000 et 4000 euros pièce.
Cela étant, la chenille ne manque pas d’atouts, notamment dans le combat de haute intensité, qui exige souvent d’engager des moyens lourds. En effet, elle assure une meilleure répartition de la masse que la roue, ce qui donne aux blindés lourds une capacité de franchissement accrue.
À titre de comparaison, le VBCI pèse 32 tonnes, soit 4 tonnes de plus par rapport à ce qui avait initialement prévu, quand le KF-41 de Rheinemetall, chenillé, atteint les 44 tonnes en configuration de combat. D’où la question posée par le député Christophe Lagarde à Florence Parly, la ministre des Armées.
Ainsi, alors que les chefs d’état-major ne manquent pas d’évoquer le retour de la « haute intensité » lors de leurs auditions parlementaires, M. Lagarde s’inquiéte de « l’absence d’un véhicule de combat d’infanterie chenillé » au sein de l’armée de Terre, depuis le retrait des AMX-10P, « tandis que des bruits de bottes se font entendre en Europe de l’Est et dans la zone Asie pacifique ».
Cela étant, dans un « retour d’expérience » [RETEX] publié en 2018 au sujet de la mission Lynx, menée en Estonie dans le cadre de l’Otan, il avait été avancé que le VBCI avait été « particulièrement sollicité et apprécié », donnant « tout satisfaction en termes de mobilité », avec de « bonnes capacités de résistance à la chaleur et au froid et à régénération du combattant ». Le même constat avait été fait après les déploiements de cet engin en Afghanistan et au Mali.
En tout cas, dans sa question écrite, M. Lagarde a suggéré l’acquisition de KF-41 Lynx auprès de Rheinemetall ou de véhicules « équivalents » pour en doter l’infanterie mécanisée française.  »
« Le groupe Rheinmetall fabrique ce type de matériel blindé chenillé avec le KF-41 Lynx qui peut emmener un équipage de 9 à 11 personnes à 70 km/h dans des conditions de protection optimales et des capacités de franchissement renforcées par rapport à un blindé à roues. Ce matériel est également équipé d’une tourelle avec un canon de 35mm supérieur au 25 mm du VBCI », explique le député.
Aussi, et « face à l’absence d’un matériel équivalent dans les armées françaises et compte tenu de l’augmentation des menaces », M. Lagarde a demandé si le ministère des Armées envisage « de procéder à brève échéance à l’achat de matériels de ce type, ou équivalents, qui pourraient être fabriqués en France et faisant actuellement défaut aux soldats français ».
Sauf à retirer prématurément du service quelques VBCI pour les remplacer par des KF-41 « Lynx » ou à réactiver des régiments d’infanterie, on voit mal comment une telle acquisition pourrait se faire. D’autant plus que tels véhicules devraient obligatoirement s’intégrer au programme SCORPION… En outre, il faudrait aussi prendre en compte la dimension budgétaire d’un tel achat, notamment en matière de maintien en condition opérationnelle.
« Ses excellentes performances de mobilité, de protection et d’agression » font du VBCI un « blindé adapté au besoin opérationnel dans les engagements actuels. La roue avait été privilégiée afin de disposer d’une meilleure mobilité stratégique et opérative dans une logique de corps expéditionnaire, en s’affranchissant de porte-chars et pour un coût de soutien inférieur », a d’ailleurs répondu le ministère des Armées.
Et d’ajouter : « La rénovation du VBCI est en cours d’instruction afin de le connecter à la bulle SCORPION et de l’adapter au durcissement des menaces envisageables à l’horizon 2030 en faisant porter l’effort sur ses capacités offensives et d’observation ».
Cependant, le débat entre la roue et la chenille n’est pas clos pour autant : il devrait revenir en force quand il s’agira de remplacer le VBCI, au titre du programme TITAN, lequel, rappelle le minsitère des Armées, « vise à faire émerger à l’horizon 2040 des solutions techniques innovantes et cohérentes dans la perspective de la haute intensité ».
Photo : VBCI – mission LYNX © armée de Terre


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