La vie a-t-elle un sens  ? Ou seulement celui qu’on lui donne  ?


Je vais vous résumer ce que je suis en train de vivre : on est samedi matin, assez tôt, je suis au milieu de mon jeûne intermittent de 16h et la question qui m’est posée n’est rien d’autre que : « la vie a-t-elle un sens ? » J’aurais pu la refuser, me dire qu’elle est trop énorme – la vie a-t-elle un sens ? – me dire, avec sagesse, qu’il est impossible d’y répondre en 4 minutes…

Mais non, vous l’avez choisie  !

Oui, car je crois que c’est ce que la philosophie nous demande d’oser, même en 4 minutes : nous confronter aux plus grandes questions – au moins pour voir ce que ça nous fait  ! Alors je dirais qu’il y a trois cas de figure. 1 : la vie a du sens. 2 : la vie n’a pas de sens mais on peut lui en donner.

La vie a-t-elle un sens  ? Ou seulement celui qu’on lui donne  ?

3 : la vie n’a pas de sens et on ne peut pas lui en donner.

Alors commençons par le premier cas : la vie a du sens…

  1. La vie a du sens si l’on est croyant et qu’on la pense créée par Dieu. Elle a du sens si l’on est stoïcien ou spinoziste et que l’on pense le Cosmos traversé par une nécessité cohérente et rationnelle.

    Elle a du sens si l’on est hégélien et que l’on voit cette nécessité cohérente se dérouler avec le temps, au travers des siècles. Bref, elle a du sens si l’on pense que l’être… a une raison d’être. Et dans ce cas nos vies individuelles prennent leur sens de leur inscription dans ce sens supérieur.

Mais l’objection arrive vite : Dieu semble souvent absent, ou au moins en congés. Génocides, massacres, pogroms, famines, épidémies : difficile de rester stoïcien, chrétien, spinoziste, hégélien. Difficile, devant l’insensé de maux non relatifs mais absolus, de continuer à répéter qu’une nécessité supérieure et cohérente est à l’œuvre dans l’Histoire et que la vie a, en conséquence, un sens.

Elle semble plutôt insensée et n’aller nulle part : n’avoir de sens ni au sens de signification, ni au sens de direction. Autre objection d’ailleurs, sans même aller chercher l’existence du mal radical et de la folie insensée des hommes : la vie est juste la vie, elle est là par hasard et non par nécessité, elle résulte d’une simple évolution du vivant, qui n’a pas d’autre sens que d’être…ce qu’elle est. Bref, l’être est, mais sans raison d’être supérieure.

2. La vie n’a pas de sens mais on va essayer de lui en donner. C’est la réponse de votre fils, Marlène.

La réponse d’un humanisme non religieux. La vie biologique est juste la vie mais nous humains, nous ne nous contentons pas de vivre ; nous essayons de donner du sens à cette vie.

Et comment on fait ? Pour donner du sens à une vie qui n’en a pas ?

Il y a plein de manières de le faire.

L’amour par exemple. L’amour n’est pas une nécessité biologique ; on peut se reproduire sans s’aimer. Nous pouvons donner du sens à la vie en étant capables d’un amour qui excède les besoins de la vie biologique.

Autre option : le progrès. Essayer sans cesse de s’améliorer, se battre sans cesse pour que l’Histoire progresse dans le bon sens et pas dans le mauvais. Ce n’est pas facile mais c’est une manière – ce souci moral ou éthique – de donner du sens à la vie.

De donner une direction à son existence. La liberté aussi, est pour Sartre une manière d’inventer le sens de sa vie. A la base, elle n’en a pas.

« L’existence précède l’essence », c’est exactement ce que dit votre fils, Marlène : nous existons avant tout, avant même que cela ait du sens. Nous sommes jetés dans l’existence, jetés dans un monde sans dieux et c’est ce que nous allons faire qui va donner le sens de notre existence : nos réalisations individuelles, collectives, notre manière de nous projeter concrètement dans le réel. Donner du sens à la vie, c’est alors agir, œuvrer, inventer des manières de vivre ensemble, mais aussi faire des enfants, produire des œuvres, dessiner des mondes.

Aucun sens ne nous est donné à la naissance, la vie nous est juste donnée, immense champ de possible au milieu duquel inventer, petit à petit, action après action, notre liberté. Votre fils est sartrien, Marlène, et moi aussi ce matin, j’ai envie de l’être. 3 enfin.

La vie n’a pas de sens et nous ne pouvons pas lui en donner un. On n’a plus le temps et c’est tant mieux car je n’y crois pas. La politique, l’art, l’amour, l’esprit, la liberté, l’action, le progrès… Autant de manières de donner à la vie un sens – et peut-être même plusieurs.

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