Vincent Merling, les racines de La Rochelle


Le Parisien

Il est si haut maintenant. À en avoir le vertige. Ces cimes, qui lui ont toujours semblé inaccessibles, il les contemple d’égal à égal.

Il pourrait même s’asseoir dessus, planter son drapeau et se laisser bercer par cette première étoile qui brille au-dessus de Twickenham, temple du ballon ovale où son club de toujours, le Stade rochelais, disputera le trône européen au Stade toulousain ce samedi (17 h 45). Il pourrait avoir la tête dans les nuages. C’est tout le contraire.

.Vincent Merling est né à La Rochelle. Il y a grandi.

Il y vieillit, et rien ne semble en mesure de l’en détourner. À 71 ans, le président du club de Charente-Maritime est un personnage comme on n’en voit plus dans le rugby professionnel. À chaque question sur la réussite, l’ascension de ses protégés, il répond par des mots comme « fierté », « humilité » et renvoie constamment aux heures plus sombres, aux moments durs.

L’homme, taillé comme un fil conducteur, a pourtant impulsé, puis façonné l’une des plus belles aventures collectives. Une histoire commencée il y a trente ans, un jour de juillet 1991. « C’est nous qui lui avons demandé de prendre les commandes, raconte Jean-Pierre Elissalde, l’ancien demi de mêlée international, joueur puis entraîneur de La Rochelle.

joueurs et staff, nous nous sommes tournés vers lui, qui était dirigeant et sponsor à l’époque. »Il fait fortune dans les machines à café d’entrepriseVincent Merling se jette à l’eau. Il se souvient des dimanches de son enfance passés au stade Marcel-Deflandre avec son père, puis de ses débuts à l’adolescence, comme troisième ligne aile des Jaune et Noir.

Impossible de résister à l’appel de ce club, de cette ville seulement quittée le temps d’une courte parenthèse pour suivre son épouse, interne en médecine à Bordeaux. Le couple est vite revenu fonder son foyer dans la cité médiévale. Lui a lancé sa boîte : « les cafés Merling ».

Précurseur, il a fait fortune en équipant les entreprises de la région de machines à café automatiques. « C’est un businessman qui a su s’adapter à tout, ajoute Jean-Pierre Elissalde. Il était contre le professionnalisme à ses débuts au milieu des années 90 mais il a su évoluer, développer et ouvrir le club qui était fermé sur lui-même.

Sa société nous a donné des moyens qui ont permis de recruter. »La structure prend forme. Le président sait s’entourer, déléguer et se fait discret en tout.

« Il n’est jamais venu me parler de composition d’équipe, souligne l’ancien entraîneur qui a dirigé les Maritimes pendant près de quatorze ans. Il est fidèle. C’est simple, il n’a jamais viré un entraîneur (NDLR : Jean-Pierre Elissalde, Serge Milhas, Patrice Collazo et Jono Gibbes se sont succédé en 30 ans).

» Vincent Merling, dote son club d’un centre de performance « high-tech », d’un centre de formation, habille le vieux stade, attire des dizaines de partenaires. Le puzzle prend forme, grandit, irrésistiblement.Sa réussite impressionne.

Il se laisse même persuader par certains de ses homologues du Top 14, dont Jacky Lorenzetti (Racing 92), de briguer la présidence de la Ligue nationale en mars dernier. Il échoue, mais il n’en prend pas ombrage. « Ce n’est pas un homme de réseaux, sourit Jean-Pierre Elissalde.

Il ne joue pas au golf. Ce n’est pas quelqu’un à qui on tape sur l’épaule. Est-ce qu’il cherche à être apprécié ? Je ne crois pas.

Son objectif, c’est de réussir. Tout est réfléchi chez lui. » Aujourd’hui, il a laissé les rênes de sa société à ses trois enfants et se voue à son club, son bébé, qui vise un sacre en Angleterre.