Vingt ans d'écart : 4 femmes vivant avec des hommes plus jeunes se confient


Il a 36 ans. Elle en a quarante de plus. Elle, c’est Cher, chanteuse et star planétaire, tout heureuse de s’afficher aux côtés du producteur de musique Alexander Edwards, un jeunot qu’elle a déjà présenté à toute sa famille. Dont ses enfants, plus âgés que son boyfriend. Après avoir expliqué leur coup de foudre à la fashion week de Paris, en septembre, le couple a été vu tendrement enlacé dans les rues de Los Angeles. Une idylle qui n’a pas suscité de commentaires désobligeants, malgré une différence d’âge… conséquente. Côté fiction, en 2013, Pierre Niney tombait littéralement sous le charme d’une Virginie Efira, quadra ultra-sexy dans « 20 ans d’écart », de David Moreau, ouvrant, cinématographiquement parlant, le champ des possibles. Quasiment vingt ans plus tard, c’est Emma Thompson qui s’offre les services d’un escort boy dans le film de Sophie Hyde, « Mes rendez-vous avec Léo », avant d’en tomber folle amoureuse. Dans son nouveau roman « Éteignez tout et la vie s’allume », Marc Levy revient sur l’histoire d’amour longtemps contrariée entre un homme et une femme plus âgée. Et dans la vie de tous les jours, le regard de la société a lui aussi évolué, la différence entre les générations se faisant moins sentir et, surtout, les femmes éprouvant plus de liberté à suivre leur désir. Quatre d’entre elles ont accepté de nous en parler.

Vanessa, 43 ans « En fait, je suis une vieille belle !  »                                                 

« Quand je suis partie de Paris, j’ai acheté une maison quasiment en ruine que j’ai entrepris de retaper. Un ami m’a recommandé Louis pour m’aider sur le chantier, qui a pris les choses en main avec beaucoup d’assurance. Il avait 20 ans et moi, 38. Au bout d’un mois, il était trop craquant, j’en ai fait mon quatre-heures. Je me disais : “C’est absurde, je ne vais pas me retrouver avec ce minot”, mais le dialogue était immédiat, car tout passait par le corps. C’était très sexuel, ça a été merveilleux, ce corps de jeune homme. On était d’égal à égal et il m’apprenait plein de choses, comme de me servir d’une tronçonneuse… Ça l’amusait de jouer le prof, et j’avais besoin de lui. Avant de me rencontrer, ses parents étaient horrifiés par notre différence d’âge, et ont été impressionnés quand ils ont vu que j’avais fait de la télé… surtout son père, avec lequel il y a une relation de compétition. On peut vite être fasciné par la jeunesse, et se retrouver à tout faire pour que cette personne s’améliore en tout. Je lui faisais découvrir des films, de la musique… il y avait un petit retour narcissique sympathique. En général, ça arrive entre un homme plus âgé et une femme plus jeune : il fait le beau, il lui apprend des choses, il comble un manque. En fait, je suis une vieille belle ! Mais, au bout d’un moment, je me suis rendu compte qu’il m’avait vendu quelque chose de très mature, alors que, en réalité, j’étais là pour l’aider à devenir un homme. Je suis restée trois ans avec lui, mais ça me demandait beaucoup d’énergie, il avait des besoins enfantins, il fallait le nourrir, le rassurer, et j’avais beau l’aimer beaucoup, je l’aimais de plus en plus comme une mère. Je voulais qu’il ait une vie avec quelqu’un de son âge. On est restés amis, il trouve que les filles de sa génération sont des gamines et je pense que je continuerai à m’occuper de lui toute ma vie, mais je ne peux pas lui donner ce dont il a besoin. Peut-être que de devenir la mère, c’était une façon de me détacher de lui et lui permettre de se détacher de moi ? »

Bérénice, 39 ans « En fait, j’ai juste laissé mon corps parler pour moi »                                         

« J’ai divorcé l’an dernier du père de mes enfants. Anna et Justin, 8 ans et 6 ans, étant désormais en garde alternée, j’ai dû réapprendre, à 39 ans, à me réadapter à un quotidien de célibataire une semaine sur deux. Je dois dire que, après l’euphorie du début, j’ai connu une période un peu sombre. Peu de temps avant mon divorce s’était installé sur le même palier que moi un étudiant en médecine, Julien, que je croisais de temps en temps dans l’immeuble, et j’aimais l’idée de sa présence en face de chez moi. Un matin, en ouvrant ma porte, j’ai trouvé sur mon paillasson une part de quatre-quarts aux pommes, avec ce petit mot “Je n’ai pas encore gagné ‘Top chef’, mais je me suis lancé hier soir, et j’en ai bien trop pour moi tout seul.” Signé : votre voisin. J’ai trouvé ça plutôt mignon. Le jour où mon ex-mari est venu chercher les enfants, je le croise dans l’ascenseur, m’excuse de ne pas l’avoir remercié plus tôt, et lui me lance : “Pour vous faire pardonner, vous n’avez qu’à venir boire un verre à la maison, je suis un spécialiste de la caïpirinha.” C’était un dimanche soir, j’avais un peu le cafard, j’ai accepté. On s’est retrouvés dans son deux-pièces et on s’est mis à parler de cinéma en buvant des verres. Bien qu’âgé d’à peine 21 ans, il s’est révélé ultra-cinéphile, et on s’est lancés dans un grand débat sur Pedro Almodóvar et, au fur et à mesure de la soirée, j’étais étonnée de me sentir si bien avec lui. Vers 22 heures, je me suis levée pour rentrer chez moi, il s’est penché vers moi pour m’embrasser. J’ai juste laissé mon corps parler. Notre histoire a duré deux mois. Je ne restais jamais dormir chez lui, mais j’aimais l’idée de le retrouver et de me sentir désirée. Puis, un jour, j’ai pris l’ascenseur avec une jolie femme d’une quarantaine d’années, qui s’est arrêtée à mon étage. En sortant, elle m’a dit qu’elle allait voir son fils. Ce fut comme un électrochoc. « J’ai couché avec une copine de ma mère »

Delphine, 47 ans « Malgré nos quinze ans d’écart, c’était possible »

« Quand on nous pose la fameuse question “Comment vous êtes-vous rencontrés ?”, il y a toujours un blanc. C’est que, lui et moi, on ne s’est pas rencontrés le même jour. Je l’ai vu pour la première fois au zoo de Central Park. Mon meilleur ami Vincent y avait organisé son mariage, nous nous connaissions depuis si longtemps que son nouveau job à New York n’avait pas distendu nos liens. J’avais 37 ans, un poste à responsabilités, et je portais une robe babydoll qui me donnait des airs de poupée trop vite grandie. je me trouve ridicule. J’ai vu Lucas arriver dans son costume guindé près de l’enclos des pingouins et je me souviens m’être dit : “Vincent m’avait caché son petit frère.” Lucas avait 22 ans.              Mais si vous lui posez la question qui porte sur notre rencontre, il vous répondra que nous nous sommes connus dans le salon de ses parents, dix ans plus tôt. Nous étions une petite bande bruyante, formée en école de commerce. Vincent nous avait tous invités chez ses parents à Lille pour la grande braderie. Jeunes diplômés, on avait envie de faire durer l’esprit festif de nos années étudiantes. Je n’ai pas vu son petit frère Lucas, qui observait cette agitation avec une envie mêlée de crainte – m’a-t-il raconté plus tard. Sans le savoir, j’étais devenue le fantasme de son adolescence. Pourtant, dix ans plus tard, au milieu des pingouins de Central Park, notre rencontre n’avait rien d’une évidence. Mais à force de rire et de danser ensemble, “en toute innocence”, une rumeur s’est mise à circuler parmi les copains. Et comme on nous lançait des “Ça va, les amoureux ?”, l’idée a commencé à faire son chemin. Malgré nos quinze ans d’écart, c’était possible. Depuis, nous nous sommes mariés, nous avons eu deux filles. Le démarrage n’a pas été toujours simple : j’avais 37 ans et étais pressée de fonder une famille, lui était étudiant. Nous avons finalement convenu d’attendre qu’il obtienne un CDI pour nous lancer dans l’aventure du premier enfant et, aujourd’hui, la différence d’âge n’existe plus. Mieux, ce que j’avais pris chez lui pour de la désinvolture – qui séduisait l’étudiante nostalgique qui était en moi – était le fait de ses 20 ans. Dès la naissance de nos filles, le plus adulte des deux, ça a été lui, depuis les principes d’éducation jusqu’à la gestion de l’argent. Et j’aime toujours autant porter des cols Claudine ! »

Héléna, 52 ans « J’ai retrouvé l’envie d’être belle »                                           

« Au début, je n’ai pas compris. Pourquoi ce bel ébéniste d’une vingtaine d’années m’envoyait-il des textos sans arrêt ? Il était venu chez moi réparer le pied d’une chaise sixties que j’adore, mais là, le boulot était fini… Je n’ai même pas pensé qu’il me draguait. N’ayant jamais été attirée par les jeunes hommes, je ne flirte pas avec eux et l’idée que je pourrais leur plaire ne m’effleure pas. En recevant les premiers textos, je me suis dit que Bastien devait se sentir seul à Paris, loin de sa Savoie natale, donc, je lui ai répondu gentiment, pensant qu’il devait voir en moi une sorte de substitut maternel. Tu parles ! Très vite, il s’est mis à m’envoyer des poèmes, auxquels je répondais avec un point d’interrogation : “Erreur de destinataire ?” Deux jours et trois Paul Èluard plus tard, il m’a invitée à prendre un verre, toujours par SMS. Pour le coup, c’était clair. Normalement, j’aurais dû en parler à mon mari en rigolant : “Ben, t’as vu ? Ta vieille femme plaît encore ! ” Mais je ne l’ai pas fait. J’ai répondu à Bastien par un seul mot : “Pourquoi ?” Sa réponse : “Viens, s’il te plaît”, a provoqué une sorte de décharge électrique. Je suis allée au rendez-vous comme une automate et, très vite, c’est lui qui a pris les choses en main : il me plaisait ou pas ? J’ai regardé ses grands yeux sombres, ses cheveux un peu trop longs, ses mains calleuses. Oui, évidemment, oui. Étais-je d’accord pour le suivre dans son studio du 20e arrondissement ? Oui encore, cent fois oui. Mais pas question que mon mari en souffre, le deal était clair, Bastien et moi, ça serait. un moment, pas plus. Un moment fou, pendant lequel j’ai retrouvé l’envie d’être belle, j’ai découvert ce qu’attendre les petits points d’un texto signifie (j’en étais restée au répondeur ! ) et je me suis dit que, quitte à ce que ça soit la dernière fois où je vibre comme ça, autant y aller à fond… Ce moment a duré six mois, en pointillé, jusqu’à ce que j’y mette fin, car cette histoire n’en serait jamais une vraie. Quitter mon mari pour un garçon à peine plus âgé que nos filles était tout simplement inenvisageable. Mais, à aucun instant je n’ai regretté que Bastien ait un jour posé son regard, puis ses mains, sur moi. »