Violences conjugales, ces femmes qui vivent sous la menace d’une arme


« Ma sœur est morte il y a deux ans et demi, et depuis je me pose la question tous les jours : qu’aurais-je dû lui conseiller de plus ? Elle avait porté plainte, elle avait dit aux gendarmes que son mari était armé et pourtant, ils n’ont jamais saisi l’arme qui l’a finalement tuée. » Cette question, qui hante ce frère d’une victime, résonne d’un écho particulier depuis le drame survenu mardi 4 mai à Mérignac, en Gironde.→ LES FAITS.

Mérignac : une femme meurt brûlée vive par son mari récidivisteUne jeune femme de 31 ans a été tuée par son mari, dans des conditions de violences extrêmes. Celui-ci a poursuivi la victime dans la rue avant de lui tirer deux balles dans les cuisses afin de la faire tomber au sol, puis de l’immoler par le feu, a confirmé le procureur de Bordeaux, jeudi 6. le 25 juin dernier, pour violences conjugales en présence d’un mineur.

Il avait été condamné à 18 mois de prison dont neuf avec sursis probatoire. Les ministères de la justice et de l’intérieur ont déclenché une mission d’inspection qui devra étudier les conditions de sa remise en liberté et de son suivi.
Une des interrogations porte sur ses armes : « Un fusil de calibre 12, un pistolet à gaz et une ceinture de cartouches », a précisé le parquet.

Sur les réseaux sociaux, les associations ont vite réagi, comme la Fondation des femmes qui demande « une saisie générale des armes de tous les hommes contre lesquels il existe un dossier de violences conjugales ». », martèle la présidente, Anne-Cécile Mailfert.Cette même incompréhension est mise en avant par les proches des victimes.

« Quand saisira-t-on ces armes avant qu’il ne soit trop tard ?, interpelle Sandrine Bouchait. Beaucoup d’hommes violents savent manier les armes et se débrouillent pour en avoir. Ils s’en servent pour faire toutes sortes de chantage sur la victime :, menace sur les proches.

C’est un élément de l’emprise qu’ils mettent en place. »Mélanie, victime de violences conjugales, raconte combien il lui a été compliqué d’alerter les forces de l’ordre de la dangerosité de son ancien compagnon. « Quand j’ai porté plainte pour violence au commissariat en 2017.

Pourtant, il ne s’est rien passé du tout. » Depuis, la jeune femme vit dans la peur, guettant le moindre bruit autour de chez elle. « Je me suis installée au premier étage de ma maison, je n’ouvre la porte à personne.

Je suis aussi très inquiète pour mes enfants quand ils sont chez lui. »

De nouveaux textes de loi

En décembre 2019, une première loi a été adoptée pour répondre à ces situations. « Jusqu’alors, le juge ne pouvait retirer le port d’arme d’un mari violent qu’après sa condamnation, et donc le drame, ce qui était aberrant.

Désormais, il se prononce sur le port d’arme dès l’ordonnance de protection. rappelle Aurélien Pradié, député LR à l’origine du texte.« Papa a fait une grosse bêtise et ma maman est morte »Reste que beaucoup d’armes circulent de façon illégale, sans port autorisé. Une nouvelle loi, votée en juillet 2020, a cherché à aller plus loin.

« Ce texte est loin de poser le principe d’une saisie systématique », déplore l’avocate spécialisée Emmanuelle Rivier. Il se contente de rappeler que les forces de l’ordre « peuvent » procéder à des perquisitions pour saisir des armes, sans l’accord du procureur, confirme Katia Dubreuil au Syndicat de la magistrature. « Cela représente une avancée qui reste limitée », concède la magistrate.

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