Violences conjugales  : en stage pour briser le cycle de la récidive


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Six sessions avec des associations spécialisées dans les droits des femmes et les addictions

Tout au long des six sessions. jamais condamnés auparavant pour violence conjugale, rencontreront des associations spécialisées dans les droits des femmes et les addictions – alcool et drogues. Ils entendront des rappels de la loi, et découvriront les conséquences psychosociales de la violence intrafamiliale sur les femmes et les enfants.

Objectif : « Permettre aux auteurs de violences de prendre conscience de leurs actes pour eux-mêmes et leurs proches, et travailler sur la maîtrise de soi afin de prévenir la récidive », souligne Claire Rossini. La création de Centres de suivi et de prise en charge des auteur·es de violences (CPCA) était l’une des mesures phares du Grenelle de lutte contre les violences conjugales, en 2019. Parce que s’occuper aussi des conjoints agresseurs, c’est mieux protéger les victimes. Plus de deux cent dix mille femmes subissent en effet des violences chaque année. Seize premiers CPCA ont donc été labellisés, DOM-TOM compris. D’autres vont suivre.

“La jalousie est-elle une preuve d’amour ? » La psychologue décode ce qui se joue dans les débuts d’un couple. « Chacun arrive avec des croyances qu’on pense évidentes aussi pour l’autre. Exemple : l’exclusivité sexuelle. Vous-mêmes, en avez-vous parlé avec vos compagnes ou ex ? » Autour de la table, les hommes, étonnés, secouent la tête. Dans les unions libres en particulier, il est rare que l’on se jure fidélité. « L’important est de vite clarifier les choses, sinon vous allez accumuler les énervements et à un moment, ça va exploser », prévient Isabel. Car la jalousie, c’est juste une forme de ter-ri-to-ria-lité (l’autre m’appartient) et la peur d’être remplacé. » 

Si on doit vous croire quand vous dites : « Je t’aime », pourquoi on ne vous croirait pas quand vous dites : « Je vais te tuer » ?

Question embarrassante : « Qui a déjà espionné le portable de sa compagne ? » Au silence gêné du groupe, Isabel répond par une histoire vraie : « Sur le téléphone de sa femme, un homme avait vu un SMS envoyé par un inconnu : ‘On le fait demain ?’ Réponse de sa partenaire : ‘Oui bien sûr, demain soir., avance Éric… Mais en même temps, on se dénonce. On avoue qu’on l’espionne. »

« Le lendemain, la femme est rentrée plus tard que d’habitude, poursuit Isabel. Son mari l’a alors frappée au point qu’elle s’est retrouvée à l’hôpital. En fait, elle travaille dans un service de comptabilité. La question du SMS signifiait : ‘Fait-on le bilan comptable demain soir ?’  » Autour de la table, on baisse la tête. « Quand on ne connaît pas le contexte de la relation, on interprète les messages de l’autre par rapport à ses propres angoisses. Donc, la règle, c’est : on ne fouille pas dans le téléphone des autres. »

Aziz décline toute responsabilité : « Tout ça, c’est la faute des Facebook, WhatsApp… On se demande toujours à qui elles parlent ! » Une justification immédiatement démolie par Isabel : « La société est plus en réseau qu’avant, mais l’espionnage du conjoint existait bien avant Facebook ! » Les six Bas-rhinois ne sont pas au bout de leurs découvertes. Isabel identifie avec eux sept types de violences conjugales, puis dessine le triangle de Karpman, un scénario relationnel typique dans un couple. Chacun y joue un personnage à tour de rôle : victime, sauveur et persécuteur. Ainsi, la victime se plaint, cherche à attirer l’attention sur elle. Phrases types : « Je ne vais pas y arriver ! Je ne m’en sors pas ! »

Le sauveur propose son aide. trop content que l’autre dépende de lui : « Laisse, je m’en occupe. » Puis se transforme en persécuteur : « C’est comme ça que tu me remercies ? » (« Après tout ce que j’ai fait pour toi ! »). Entre-temps, la victime s’est muée… en persécutrice : « Tu t’y prends mal. Tu ne m’aides pas, là, tu me fais perdre mon temps ». Pull bleu nuit et écharpe noire, Thomas est impressionné : « C’est vraiment mon quotidien, ça. C’est pas conscient. » « Voilà. On veut faire plaisir, et elle n’est jamais contente », marmonne Ayaz. « Il faut que chacun y mette un peu du sien », suggère Éric.

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Violence cyclique

Pour maîtriser cette agressivité qui monte, encore faut-il la reconnaître. La violence est un cycle, explique Isabel. Ça commence par des tensions, comme il en existe dans toutes les relations, sous les prétextes les plus divers : il manque le sel et le poivre sur la table, le repas est froid… Puis c’est l’escalade, l’explosion et le passage à l’acte. « L’agresseur fait ensuite porter la responsabilité de la violence à sa victime : ‘Tu as dit’, ‘tu as fait’, ‘tu as oublié de’, ‘tu m’as insulté’, ‘tu m’as provoqué’. Tu, tu, tu… martèle Isabel. Mais aucune raison, aucune situation ne justifie la violence. »

Pour enfoncer le clou, la psychologue rappelle le fameux « coup de boule » de Zidane, le 9 juillet 2006. « Il a fait perdre la France en finale, tout ça parce que Marco Materazzi l’avait ‘provoqué’ ! C’était une raison, ça ? » « Ah non, alors. Et que se passe-t-il si la victime menace de partir ? « L’agresseur promet alors de changer pour la reconquérir. Il exprime des regrets – tout en minimisant les faits –, supplie de repartir ‘à zéro’. De son côté, la victime pardonne, veut y croire, pense avoir retrouvé l’homme qu’elle a aimé. C’est la phase ‘lune de miel’, conclut Isabel. Jusqu’à la prochaine fois… »

À 19 heures, c’est la fin de cette première séance. Lors des suivantes, le groupe découvrira des stratégies (sortir de la maison, etc.) pour faire retomber la tension avant les coups. glisse Isabel, dépitée, tandis que les six hommes se hâtent vers la sortie. Ils sont envoyés par le tribunal. S’ils sèchent la première séance sans s’excuser. » Ceux qui étaient présents, en revanche, pourront demander un accompagnement psychologique personnalisé.