Auto, vigie, drapeau : les 3 mots de la semaine par Dominique Seux


Le bonus pour la voiture électrique, doit-il rester seulement écologique ou devenir aussi protectionniste ? Un économiste proche de Jean-Luc Mélenchon au Haut Conseil des finances publiques, faut-il y voir un oxymore ? La haine contre l’Europe persiste-t-elle aux extrêmes de la politique française ? A ces questions, notre chroniqueur répond par ses trois mots de la semaine.

Auto

Ce sont des chiffres encore confidentiels du Secrétariat général à la planification écologique (SGPE), l’organisme installé à Matignon qui pilote la diminution des émissions de CO2 de la France. L’Etat estime nécessaire que 15 % du parc total des voitures particulières soit électrifié en 2030 et pour cela que 5,7 millions de véhicules décarbonés soient vendus d’ici là.

Auto, vigie, drapeau : les 3 mots de la semaine par Dominique Seux

Avec cette montée en charge espérée : 300.000 cette année, 400.000 en 2024, un demi-million l’année suivante, etc.

Voilà qui est précis et rapide  ! C’est la raison pour laquelle la bataille sur la réforme du bonus électrique annoncée par Emmanuel Macron a été si intense dans les hautes sphères du pouvoir. Aux yeux de Bruno Le Maire, l’objectif de ce bonus est surtout industriel : donner un coup de pouce aux constructeurs français contre les Chinois et les Coréens (donc, en le conditionnant à l’intensité carbone de la fabrication de chaque modèle). Pour le SGPE dirigé par Antoine Pellion, le bonus a d’abord une vocation écologique : aller le plus vite possible vers l’électrification du parc, et si des voitures chinoises bon marché permettent d’accélérer, eh bien allons-y.

Au milieu, la direction du Trésor, à Bercy : elle voit d’un mauvais oeil ce qui constitue de facto une entorse au libre accès au marché européen. Battue sur le fond, elle a néanmoins remporté une victoire symbolique : le mot protectionnisme n’a jamais été prononcé par le gouvernement.

 Vigie

Le Haut Conseil des finances publiques vient de fêter ses dix années d’existence avec une formule et une surprise.

La formule, c’est celle de Pierre Moscovici, qui préside cette instance chargée d’émettre des « avis » sur la politique budgétaire du gouvernement : « Je ne suis pas dans une logique scrogneugneu austéritaire », s’est amusé dans Les Echos celui qui préside aussi la Cour des comptes. Avant d’avertir que « la France ne peut plus continuer à délivrer des signaux aux marchés qui relèvent de l’indifférence ». Voilà qui est dit et bien dit, tant notre pays semble toujours se satisfaire de ne rien faire ou presque pour cesser d’être parmi les plus mauvais élèves de la classe européenne – un benign neglect malheureusement assumé.

La surprise maintenant, c’est l’arrivée dans cette instance (de onze membres) d’un économiste ayant soutenu le projet économique de Jean-Luc Mélenchon : Michaël Zemmour, envoyé par le Cese. Son nom vous dit quelque chose ? Opposant à la réforme des retraites, il a médiatisé les approximations du gouvernement sur le relèvement de la pension minimale à 1.200 euros… Scrogneugneu.

Drapeau

Lors d’un débat politique animé, le nationaliste Paul Déroulède lance au poète Paul Arène : « – Moi, je suis un convaincu  ! – Ne vous en faites pas, vous prendrez votre revanche. » Ce trait trouvé sur le jubilatoire compte Twitter « Anthologie de la répartie » (@Antho_repartie) illustre à merveille le débat qui a eu lieu il y a quelques jours à l’Assemblée nationale sur l’installation du drapeau européen sur les frontons de nos mairies . Alors qu’une partie des médias entonnait une si prévisible antienne (ce-n’est-pas-ce-qui-va-changer-la-vie-des-Français), l’extrême gauche et l’extrême droite sont tombées tout droit dans le joli piège tendu par la majorité : ce fût un déchaînement de haine contre l’Europe, montrant que sous les ripolinages des campagnes électorales, on trouve des partis qui, s’ils étaient aux manettes en 2027, rompraient vraiment avec soixante-dix ans de notre Histoire.