Métropole de Montpellier. Acte IV : après l’eau, René Revol s’attaque à la gestion des déchets et au CSR


Par Cédric Nithard
Publié le

5 Avr 24 à 11:31
 
mis à jour le 5 Avr 24 à 11:32

Métropole de Montpellier. Acte IV : après l’eau, René Revol s’attaque à la gestion des déchets et au CSR

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Parmi les 90 affaires, entre le vote du budget 2024 et les interrogations de plusieurs élus écologistes dont la vice-présidente Coralie Mantion ou l’avenir de l’usine Ametyst avec l’option d’une filière CSR ayant causé le départ du porteur de la stratégie Zéro déchet François Vasquez, le conseil de métropole de ce mardi 2 avril devait répondre à plusieurs questions politiques. Après avoir piloté son lancement et continuer à conduire la Régie Publique de l’Eau, l’Insoumis René Revol a désormais la charge de mener la gestion des déchets.

De l’eau aux déchets

Même si le sujet avait été largement abordé auparavant, la tant attendue délibération 10 portant sur Ametyst arrivait après près de 4h de conseil.

L’occasion pour René Revol, nouveau délégué à la gestion des déchets, en guise d’introduction de « saluer le travail effectué par François Vasquez » et de clarifier : « On me dit que je suis favorable à une régie et que maintenant je veux faire une Délégation de Service Public (DSP). Soyons clair, si vous voulez faire une régie, il faut vous en donner les moyens. En 2014, la régie de l’eau était possible, car le service était prêt à le faire, mais pas l’assainissement.

Nous avons donc fait une DSP et pendant ce temps nous avons réuni les moyens techniques, humains et financiers, qui nous ont permis en 2020 de passer trois marchés sur quatre d’une DSP à une régie. C’est le travail collectif qui a permis cela ».Une mise en parallèle pour arriver à la question actuelle des déchets.

« Aujourd’hui, la situation financière de la Métropole lui interdit de porter un emprunt de ce type. Nous sommes contraint de procéder à un renouvellement de cette DSP dans un cadre organisé. Durant cette DSP, il nous faudra réunir les moyens techniques, financiers et humains qui nous permettront de reprendre la maitrise sur ce dossier qui est un vrai problème.

Nous sommes face à un mur qui est d’abord un mur écologique ».

Rompre avec l’exportation et l’enfouissement

Évoquant les 4 500 km, soit 40 fois le tour de la terre, parcourus par des camions pour exporter nos déchets dans la région, le maire de Grabels compare : « Sur les 119 intercommunalités de plus de 100 000 habitants, nous ne sommes pas prêts d’être rattrapés et pour la TEOM nous sommes 3e derrière Lille et Marseille, mais si on continue comme ça, on terminera premier. Il faut donc rompre avec cette politique d’exportation ».

D’autant plus que selon lui : « Faire le choix de l’enfouissement aujourd’hui, c’est une catastrophe écologique. Ils sont faits dans des normes qui ne respectent pas la protection de l’environnement. Cela passe à travers et cela va dans la nappe phréatique qui vont nous faire dépenser des sommes incroyables pour la rendre potable.

Une véritable volonté écologiste consisterait à trouver des alternatives à l’enfouissement ».
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Reprenant la gestion des déchets, René Revol a tenu à être clair. « Est-ce que cela consiste à revoir notre stratégie Zéro déchet ? Absolument pas.

Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas » et de mentionner les initiatives à accentuer sur le tri, le recyclage, le compost… avec notamment le travail réalisé sur les quartiers populaires « tout cela va continuer » assure-t-il en attendant de voir si les moyens humains sont suffisants. « Je ne crois pas que parce que l’on aura trouvé un exutoire différent de l’enfouissement systématique que cela va faire diminuer la volonté de tri » avance-t-il. Alors quand certains cherchent à politiser la question, l’Insoumis conseille : « Chacun peut se positionner comme il veut, l’élection municipale a lieu en 2026, nous sommes en 2024.

Depuis 2008 que je suis maire, je n’ai jamais commencé une élection municipale avant février, cela ne sert à rien. Ce que nos concitoyens attendent, c’est que nous fassions face à nos responsabilités ».

Le CSR, un instrument du Zéro déchet

Une nouvelle fois, René Revol use de la comparaison.

« Je viens de Grenoble où j’y connais très bien les écologistes. Des incinérateurs, il y en a depuis 1967 et ils créent des réseaux de chaleur. Ceux qui ont des incinérateurs les perfectionnent en ajoutant des filtres avec les dernières techniques à la pointe » présente-t-il, pour renvoyer à l’histoire de la collectivité et d’Ametyst, « Nous aurions pu faire un incinérateur, on a décidé autre chose, je ne reviens pas sur les responsabilités du passé.

Chacun a cherché peut-être honnêtement à occuper sa place à un moment donné, mais aujourd’hui, on est devant un mur et il faut choisir ». Ce choix serait celui de la filière CSR dont il rappelle l’importance de l’atelier de tri, préalable à l’incinérateur. « Je vais peut-être dire une grossièreté mais le CSR est finalement un instrument du Zéro déchet.

Pas par idéologie mais parce que je suis allé voir » en invitant les élus à faire de même.En rappelant l’interdiction de l’utilisation du compost issu des OMR au 1er janvier 2027 et le retard pris dans la collectivité quant au traitement des biodéchets, René Revol a évoqué plusieurs solutions en lien avec les maires comme de recycler les biodéchets dans les établissements scolaires, les restaurants universitaires, l’hôpital… « Il y a un vrai travail à mener maintenant pour récupérer tout ces biodéchets collectifs. La responsabilité n’incombera pas uniquement aux habitants mais à tous les responsables collectifs » argumente-t-il.

Vidéos : en ce moment sur ActuRevenant à la délibération du jour, René Revol explique : « Aujourd’hui nous ouvrons le cahier des charges en vue de l’attribution de cette DSP en juillet 2025. La première étape est que nous allons travailler sur le cahier des charges et ouvrir la conccurence, nous mettrons tout sur la table. Puisqu’on m’a donné cette responsabilité, j’appliquerai à ce dossier, ce que j’ai fait sur l’eau, avec un comité de suivi avec tous les élus quelque soit leur tendance, les associations environnementales, des citoyens… On met tout ça sur la table pour sortir de cette impasse.

Je fais confiance en l’intelligence de tous les citoyens. Nous sommes face à un dossier difficile, je souhaite que les débats et les contradictions soient les plus positives possibles pour pouvoir en sortir ».

François Vasquez contre l’exécutif

Une déclaration d’intention du nouveau délégué aux déchets que n’a pas apprécié son prédécesseur François Vasquez qui a répondu avec force : « Tu prétends que je ne connaissais pas le renouvellement de la DSP, que je ne l’ai pas envisagé, que je n’ai rien vu, que j’étais le patron et que je n’ai rien fait.

La stratégie Zéro Déchet que tu as votée à l’unanimité était l’alternative et la solution pour qu’il n’y ait pas de DSP. Si tu ne l’as pas compris le début de ta mandature sur les déchets va être très pénible, car tu prétends pouvoir la mettre en place avec un projet d’incinération de 45 000 tonnes de déchets et partout où cela s’est fait cela a bloqué le tri. Cela montre que tu n’avais pas envisagé que c’est le même échec d’Ametyst qui nous était prévu, car c’est exactement ce qui avait été annoncé ».

Rejetant les arguments de l’atelier de tri, il assène : « On enlèverait les déchets que l’on ne veut pas pour garder des calories qui feront une belle énergie. Tout ça est de la pure abstraction qui ne correspond à rien. Il faut tout ignorer des déchets pour prétendre une chose pareille.

La filière CSR existe depuis 25 ans et cela fait 25 ans qu’elle est dans l’échec. Sa seule pertinence a été trouvée dans les cimentiers, car ils rachètent des quotas carbone et ont un gros besoin d’énergie. Nous n’avons pas besoin d’énergie à Montpellier, nous n’avons pas d’industrie.

Tous les points que tu compares sont des points qui utilisent une énergie industrielle et c’est ce que demande l’ADEME. Encore une fois, nous sommes dans le vieux monde, le vieux paradigme du il faut brûler nos déchets parce qu’il n’y aurait pas de solutions citoyennes ».Contestant les compétences de son successeur, dont il lui reproche notamment de « prétendre que les dangers pour la santé de l’incinération des déchets est négligeable est une provocation qui ne résiste à aucune analyse scientifique et médicale », et appelant à un report du CSR, François Vasquez martelle : « Le problème c’est l’urgence, on ne peut pas prendre de décision dans l’urgence.

L’urgence est une arme massive de destruction de toute procédure de débat démocratique » et d’avancer sa version : « On sort, après quatre ans d’inaction totale, un incinérateur du chapeau. Comment appeler cela si ce n’est une trahison et un déni démocratique ? Qui l’a souhaité, qui l’a planifié ? Cette urgence n’a-t-elle pas été préméditée pour masquer ce funeste projet jusqu’à la dernière minute aux citoyens et aux élus ? ». Désormais radicalement opposé à l’exécutif, l’écologiste juge que « Ametyst est le leurre de la valorisation organique de nos déchets, les CSR sont le leurre de la valorisation énergétique de nos déchets.

Ce n’est qu’une variation sur le même thème, celui de l’échec programmé, parce que voulu de la participation citoyenne à la réduction et au tri de nos déchets ».

Des doutes et des critiques

Votant contre la délibération en n’ayant pas été satisfaite par les auditions et ses interrogations quant aux risques sanitaires et sur l’évolution de la filière CSR, la maire écologiste de Prades-le-Lez, Florence Brau a tenu à « faire reconnaitre le libre arbitre des élus de cette assemblée qui ne votent pas forcément en prévision de 2026, mais qui se sentent concernés par la problématique des déchets ». Les deux n’étant sans doute pas incompatibles pour les élus de la ville centre…Dans une forme de profession de foi, dont le caractère hautain fut moqué par une grande partie de l’assemblée, où elle renvoie à son mandat de maire de Murles et aux municipales, Clothilde Ollier juge l’exécutif.

« Mes années de combat et de terrain valent plus que vos années de carrière » et lance un message : « Je n’en veux pas à celles et ceux qui ont cru pouvoir changer les choses de l’intérieur. Peut-être fallait-il que vous éprouviez le mépris de ces gens pour nos causes, pour l’écologie populaire » avant d’appuyer un hommage à François Vasquez et d’affirmer le ton grave : « Il s’agit de prendre la mesure de la défiance qui va s’installer entre nos concitoyens et la Métropole. Aucun écologiste ne peut valider ce projet mais aussi la manière de traiter les écologistes ».

Introduisant le nouvel intervenant, Renaud Calvat s’amusa : « La parole est à votre colistier Serge Guiseppin ». Le fidèle de Mohed Altrad regretta de ne pas avoir pu participer aux différentes auditions. « J’ai eu toutes les circulaires, mais dans un débat on peut poser des questions et s’informer pour avoir un raisonnement lors du vote.

C’est vraiment gênant ». Autre colistier, Salim Jawari ira dans le même sens en appelant à « prendre le temps de bien expliquer et ficeler ce investissement, car ce choix engage les générations à venir ».Pour rester sur la même liste de second tour mais opposée idéologiquement, Alenka Doulain dénonce un « scandale démocratique » et a renouvelé ses critiques en jugeant : « L’autoritarisme avec lequel l’exécutif a agi sur les déchets est un aveu de faiblesse ».

Face au choix de CSR, elle estime que « vous ne pouvez pas nous faire croire qu’il n’y a pas d’autres alternatives ». Pointant « les multiples flous et les nombreux éléments manquants », la présidente du groupe MUPES à Montpellier réclame « une véritable planification de la stratégie Zéro déchet » en affirmant ses doutes : « Rien ne nous assure que nous ne sommes pas en train de signer pour un nouveau gouffre financier et un soutien aux industriels du déchet ». Alenka Doulain interrogeant sur « comment retisser de la confiance et de la crédibilité à notre action publique sur les déchets ? », on aurait pu croire que la présence de l’expérimenté Insoumis pour mener cette politique irait dans ce sens.

Il n’en est rien. « La nomination de René Revol ne sera pas de nature, selon nous, à remettre de l’ordre, car le ver est dans le fruit ».

L’exemple de nuances dans le contre écologiste

À leurs tours, les écologistes montpelliéraines Catherine Ribot et Célia Serrano ont affirmé leurs inquiétudes et doutes quant aux risques sur la santé et de pollution.

« Les élus présents dans cette assemblée engagent leur responsabilité juridique mais aussi morale et politique en se prononçant sur ce projet. Vous engagez tous votre responsabilité devant l’ensemble des habitants mais aussi devant les futures générations. La faute des élus sera établie » tonne la première quand la seconde appelle à « opérer à un changement de pensée pour laisser tomber le techno-solutionnisme et adopter une vision à 360° ».

Défendant la stratégie Zéro déchet, Manu Reynaud, bien que votant comme eux sur cette délibération, est allé contre ses camarades écologistes : « On ne peut pas dire que rien n’a été fait, on peut être déçu de ce qui n’a pas été fait, mais on est toujours tous des insatisfaits dans les politiques publiques que l’on mène, car on aimerait aller plus vite et plus loin. Personne n’a à y gagner dans ces caricatures ». Non sans formuler quelques critiques, il plaide : « Pour un débat sérieux, il faut du temps » et pointe : « Pour les écologistes, pas plus ici qu’ailleurs, un incinérateur n’est pas la solution ».

Au comité de suivi, il préfèrerait une convention citoyenne en rappelant : « Participer, c’est toujours essayé de convaincre et de faire bouger les lignes dans le sens de l’écologie ».

La mise au point scientifique de Tasnime Akbaraly

Des prises de parole des écologistes qui ont mis hors d’elle Tasnime Akbaraly. En tant que, comme elle le rappela, docteure en santé publique et en épidémiologie, la chercheuse à l’Inserm fustigea : « Quand j’entends santé publique, impact des polluants sur notre santé, sur la santé de nos enfants et des plus vulnérables, ce n’est pas un sujet mineur, c’est un sujet qui exige du sérieux, qui ne supporte pas les postures et qui supporte encore moins les faux-sachant ».

Elle pointe ainsi « un courrier très anxiogène » envoyé par François Vasquez aux élus dont elle qualifie le contenu de « Kamoulox de l’épidémiologie environnementale ».Confirmant « une littérature scientifique majeure, abondante et unanime en anglais qui montre le danger de brûler des matériaux non traités », elle nomme François Vasquez, Coralie Mantion, Catherine Ribot et Celia Serrano : « Quand vous nous parlez des dangers pour la santé de cette filière CSR ou de chaudières à plastiques, je crois que vous créez de la confusion entre cette littérature et notre projet de créer une filière de transformation de déchets non dangereux, préalablement triés, en composés solides dédiés à la production d’énergie de façon extrêmement normée et règlementée. On ne parle pas du tout de la même chose ».

Tasnime Akbaraly met également en avant « le soutien de l’ADEME et l’accompagnement par des spécialistes de santé environnemental » et tonne : « Je n’apprécie pas tellement quand on agite le chiffon rouge de la peur dans un contexte où pendant longtemps on a minimisé l’impact environnemental dans le traitement des déchets. J’entends bien que la population puisse avoir peur de ces sujets mais, je ne prends pas souvent la parole dans cette assemblée, Monsieur Vasquez je ne viens pas vous donner des cours de massage (ndlr : il est kiné) donc je n’apprécie pas quand on vient me donner des cours d’épidémiologie ou qu’on se sert de la santé publique pour assouvir des ambitions politiques ».

Ametyst, le ping-pong des responsabilités

Pour marquer la distinction des communistes sur le sujet, Hervé Martin tenu à refaire un point d’histoire teinté de piques politiques.

« Quand j’entends parler François Vasquez du fiasco d’Ametyst, je dois rappeler qu’au premier tour des municipales, il était en bonne position sur la liste d’EELV qui nous ont imposé à l’époque l’usine Ametyst et qui maintenant nous amène dans le mur comme nous le prédisions à l’époque » et de s’adresser à Manu Reynaud, son camarade écologiste de la majorité montpelliéraine : « Tu dis tout le temps « pas d’écologie sans les écologistes », en tout cas c’est clair que l’on ne peut plus faire d’écologie avec les écologistes du passé et il nous faut maintenant une nouvelle vision écologique, en gros un nouveau souffle, ce que nous avions porté sur la liste de Michaël Delafosse dès le premier tour ». Où comment rappeler la fidélité de certains quant au poids donner à d’autres…L’écologiste Coralie Mantion a répondu Hervé Martin pour corriger. « Ce ne sont pas les écologistes qui sont responsables, mais bien les socialistes.

Les Verts, avec Nicole Stamm, défendaient une collecte de biodéchet avec méthanisation. Ametyst aurait dû être une petite structure de méthanisation des biodéchets avec un tri à la source par les citoyens. Hors, la structure qui a été construite n’est absolument pas le projet des écologistes de l’époque mais bien le projet des industriels soutenu par les socialistes, une structure surdimensionnée avec un Tri Mécano Biologique qui ne trie pas bien, fait du mauvais compost et exporte autant de déchets qu’elle en avale ».

Elle pointe d’autant plus : « L’argent n’a pas été mis prioritairement dans la collecte mais dans le traitement différencié des flux, ce que nous dénonçons encore aujourd’hui. Le TMB n’a jamais été défendu par les écologistes, la solution était le tri à la source des biodéchets et une méthanisation adaptée à son tonnage ».Le maire de Lattes Cyril Meunier a tenu à rappeler.

« Il y a 20 ans, on mettait dans un territoire Natura 2000, sans aucune protection, toutes nos ordures. Le Thot est fermée, il est surveillé, on a fait un sacré chemin ». À la suite des propos d’Hervé Martin et de Coralie Mantion sur Ametyst, il appelle à « être humble » afin de souligner que de nombreux élus communautaires « pensaient que l’incinération était la meilleure des solutions et l’usine, telle qu’elle a été faite, c’est celle que voulaient Jean-Louis Roumégas et Nicole Stamm ».

Pour autant, il plaide : « Est-ce qu’Ametyst a été une erreur ? Est-ce que, avec Philippe Saurel en 2014 quand nous avons renouvelé la DSP, avons-nous eu tort de faire 15M€ de travaux ? Je ne pense pas. On a fait ce que l’on pensait être le mieux ».

Les maires de la métropole favorables au projet

Ayant « souhaité bon courage à René Revol », Cyril Meunier a, par ailleurs, lancé une charge : « Bien sûr qu’il faut faire du Zéro déchet, même si cela ne veut rien et j’ai toujours trouvé que cette appellation contrôlée frôle le ridicule.

Tout le monde sait que l’on aura jamais zéro déchet et cela ne plaide pas pour les thèses ». Fustigeant les industriels et les emballages, il a insisté sur l’importance du tri et notamment du verre en pointant : « Il faut que l’on soit beaucoup plus contraignant vis à vis de nos concitoyens, sans pour cela les culpabiliser ou nier le fait que dans certaines situations, c’est plus compliqué ».Prenant en exemple l’histoire de l’incinérateur de Lunel-Viel et des débats qui l’ont accompagnés à sa création en 1999, le maire de Saint-Géniès-des-Mourgues, Yvon Pellet s’en amuse aujourd’hui.

« On nous disait qu’on allait mourir d’un cancer, qu’on aurait des problèmes de procréation… Rassurez-vous, l’est de la métropole se porte bien » et ironise : « On parle de Zéro déchet et je trouve que François Vasquez n’a pas été gentil tout à l’heure avec le vice-président qui s’occupait des biodéchets depuis 2020, car il a dit que cela a été quatre ans d’inaction ». Prenant à témoin sa commune, Yvon Pellet plaide : « Il faut rester raisonnable. Le Zéro déchet, il faut y tendre, on le fait et j’en suis le premier défenseur, mais on aura toujours des déchets au bout ».

Et d’affirmer son soutien au CSR car « envoyer nos déchets à des territoires voisins, je suis contre » avant de s’amuser une dernière fois : « Donc le groupe de Saint-Géniès-des-Mourgues, qui est présent ici à l’assemblée, votera pour la création du CSR ». Une manière d’ironiser, quant à la multitude des interventions similaires des élus montpelliérains du même bord politique, quand les trente autres communes sont pour la plupart représentées par un seul élu comme Saint-Géniès-des-Mourgues.La maire de Villeneuve-les-Maguelone, Véronique Negret a fait part de l’évolution de sa pensée.

D’abord réticente, elle a été rassurée et se dit « convaincue que ce qui nous sauvera sur le long terme est la réduction à la source et le tri pour autant c’est une solution qui mettra du temps à porter ses fruits car on parle de changement de comportement. Nous sommes dans le sud de la France et par rapport à d’autres régions, les comportements des citoyens ne sont pas les mêmes ». Le maire de Vendargues, Guy Lauret appelle les élus à aborder cette question avec « pragmatisme et prospection » en soulignant pour appuyer le choix du CSR : « Il va falloir expliquer à nos concitoyens que l’on a mis 18% d’augmentation de la TEOM pour rester complètement dans ce que l’on fait jusqu’à présent.

Les choses doivent évoluer ». Il soulève par ailleurs une problématique à prendre en compte dans le débat avec « les 7 à 8 000 habitants de plus qui viennent s’installer dans la Métropole, soit 10% d’habitants en plus à l’échelle d’un mandat et 25 000 tonnes de déchets supplémentaires ».Quant à l’ancien président de la Métropole, Philippe Saurel, il a indiqué que « n’ayant pas assez d’éléments, malgré le débat qui était de grande qualité avec les maires qui se sont exprimés, sur la concertation et sur les impacts médicaux et en santé publique », il a choisi de s’abstenir.

Le vote décisif en 2025

Avant de passer au vote, René Revol est revenu sur la tonalité des débats. « Il y a une erreur. On ouvre un processus de DSP, on ne l’achève pas.

C’est en juillet 2025 que vous voterez et vous pourrez refuser cette DSP. Aujourd’hui, on ouvre la DSP avec la rédaction d’un cahier des charges sur la base des orientations fixées par la résolution ». Le nouveau délégué aux déchets a par ailleurs pointé : « Ne confondons pas tout, le centre de tri Demeter (ndlr : en charge de la poubelle jaune), qui n’est pas dans cette délibération, doit être traitée.

35% de refus, c’est catastrophique. Il faudra en discuter prochainement, c’est essentiel » et d’évoquer également : « Nous sommes plusieurs maires à ne pas être contents de la collecte. Le marché est dans les semaines qui viennent, on aura l’occasion d’en parler ».

Quant aux doutes émis par plusieurs élus sur les risques pour la santé, René Revol veut rassurer : « La responsabilité de la santé publique ne se gère pas par la peur, elle se gère par la rationalité et des dispositifs à mettre en place. Nous accompagnerions la réflexion sur le cahier des charges à partir d’un travail avec les meilleurs experts en matière sanitaire ». Enfin, l’Insoumis a tenu à répondre à une attaque en particulier.

« On me dit qu’on cède à un lobby industriel. Les décharges aussi c’est un lobby industriel très rentable, il faut peut-être en finir avec eux. Et, on ne va pas revenir à l’artisanat, la fabrication d’une telle infrastructure c’est une industrie.

Il ne faut pas confondre industrie et capitalisme, ce n’est pas la même chose » et de plaider pour intégrer plus d’ingénieurs au sein de la collectivité. La suite dira si on lui en donne les moyens. À travers l’adoption de la délibération, à l’exception de dix abstentions et onze votes contre, les élus métropolitains lui ont en tout cas témoigné leur confiance pour conduire ce dossier complexe.

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