Peut-on réparer, une fois adulte, les carences affectives de son enfance  ?


« Réparer, une fois adulte, les carences affectives de son enfance… » On a tellement envie de vous répondre oui…, …tant il est vrai que l’enfant carencé affectivement que nous avons parfois été, survit dans l’adulte que nous sommes devenus, Cet enfant qui a manqué de l’amour inconditionnel d’un parent, cet enfant mal accueilli dans la vie, pas suffisamment sécurisé dans sa légitime « détresse infantile », pour reprendre le mot de Freud, qui a manqué des liens qui enveloppent et sécurisent et qui s’est retrouvé, nu, vulnérable, jeté dans le vaste monde, Eh bien c’est cet enfant qui survit dans l’adulte abandonnique, c’est cet enfant qui survit dans l’adulte jaloux, possessif, cet enfant encore qui survit dans l’adulte qui manque de confiance en lui et ne trouve jamais la force de se lancer, d’oser, de se risquer à aimer vraiment puisqu’au fond de lui il se dit que de l’amour, il n’est n’est pas digne Cette survivance de l’enfant carencé dans l’adulte fragilisé est à la fois une mauvaise et une bonne nouvelle…

Une bonne et une mauvaise nouvelle ? Expliquez-nous ça ?

Une mauvaise nouvelle d’abord, car le passé ne passe pas et engendre souffrances, peurs, inhibitions… C’est même à se demander si le propre du passé n’est pas justement, comme l’ont montré aussi bien Freud que Proust ou Bergson, de ne jamais passer, de n’être jamais du passé… Mais une bonne nouvelle aussi puisque ce passé, ne passant pas, se trouve à disposition, dans notre cerveau, sous forme de souvenirs, de règles de vie implicites, de vérités émotionnelles, de conceptions du monde – autant de chaines de connexions neuronales qui sont là, dans notre cerveau, prêtes à être retravaillées, revécues, retraitées, ré-agencées… Notre cerveau étant défini par sa plasticité neuronale, tout ce passé présent dans notre cerveau peut être retravaillé, recomposé : nos souvenirs par exemple ne sont pas comme des fichiers PDF dans un disque dur, mais d’avantage comme des textes que nous pouvons réécrire, des partitions que nous pouvons rejouer D’où cet espoir, Cécile, comme vous le dîtes, de « réparer » l’enfant que nous avons été, c’est-à-dire, évidemment, l’adulte que nous sommes devenus.

Peut-on réparer, une fois adulte, les carences affectives de son enfance  ?

Ah bon, bonne nouvelle, et on fait comment ?

La vie parfois suffit à nous offrir cette réparation. C’est une belle rencontre, qui fait qu’enfin, pour la première fois, on se sent aimé inconditionnellement.

Alors soudain cette vérité émotionnelle que l’on trimbalait depuis son enfance carencée – à savoir que je ne mérite pas d’être aimé – se trouve, d’un coup, désamorcée. C’est un échec parfois, que l’on redoutait plus que tout et dont on ressort paradoxalement reboosté, fort d’avoir trouvé au fond de soi une ressource insoupçonnée. Alors soudain cette vérité émotionnelle que l’on trainait depuis son enfance carencée – à savoir que je manque de ressources, que je n’ai pas les épaules pour affronter l’adversité – se trouve, d’un coup, désamorcée Et puis bien sur parfois la vie ne suffit pas, alors il y a la thérapie, et même les thérapies… La Psychanalyse bien sûr, mais également ces autres formes de psychothérapies, notamment celles qui utilisent l’outil, développé à partir de la révolution des neurosciences, de la reconsolidation de la mémoire.

Je ne peux pas entrer ici dans le détail de cette méthode mais je peux vous en donner le principe : voyager dans son passé et en revenir en comprenant que la règle de vie que nous en avons inférée n’a peut-être pas de raison de continuer à nous pourrir la vie, qu’elle est devenue, en quelque sorte, anachronique, incohérente. Si nous ne pouvons pas changer le passé, nous pouvons changer les traces que ce passé a laissées dans notre cerveau, telle une présence en nous de notre passé, qu’il s’agisse de ces émotions douloureuses associées à nos pires souvenirs, ou de ces règles de vie implicites que nous avons inférées de ces souvenirs. Songeons à ces joueurs de rugby qui n’ont pas le droit de se faire des passes en avant : ils ne peuvent aller de l’avant qu’en se retournant vers l’arrière, en se faisant des passes vers l’arrière.

Jolis modèles : nous devons trouver, nous aussi, la bonne manière de nous tourner vers notre passé pour retrouver l’allant, la manière de vivre avec notre passé qui nous permette d’aller de l’avant.

Vous aussi, posez vos questions à Charles Pépin, c’est tout simple et c’est ici que ça se passe :

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