Pourquoi a-t-on l'impression que le temps passe plus vite quand on vieillit ?


Le temps file tel un TGV et nous voilà sur le quai de gare Nos aînés l’emploient même régulièrement, l’accessoirisant parfois d’un «comme tu as grandi». Comment expliquer cette sensation troublante ? Pourquoi, dès la quarantaine, les années se transforment pour certains en minutes, en un simple battement de paupière ?

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Le vieillissement cognitif

Résultat ? Chaque tâche nous demande plus de temps que d’ordinaire pour être effectuée, ce qui réduit in fine le nombre total de tâches quotidiennes réalisées. En clair, si en regardant notre emploi du temps, on n’atteint pas le quota habituel, on en ressort avec l’impression que le temps file plus vite. «Et en générant une sorte de course à l’utilité de chaque minute, le monde actuel du travail ne fera que renforcer ce décalage chez les dernières générations», ajoute Maël Lemoine, philosophe en sciences médicales (2).

Pourquoi a-t-on l'impression que le temps passe plus vite quand on vieillit ?

Quand l’horloge interne se dérègle

En vieillissant, l’organisme est aussi plus sensible au manque d’exposition lumineuse, qui contribue, entre autres facteurs, à perturber l’horloge interne, allant jusqu’à modifier le cycle veille-sommeil, et de fait, la perception du temps. «Des expériences scientifiques menées sous terre, notamment dans une grotte, confirment qu’une durée prolongée dans la pénombre, sans notion d’heures ou de jours, augmente la perte de repères temporels et la désynchronisation du sommeil», précise Sylvie Chokron.

Plus les événements marquants notre attention se raréfient, plus ils réduisent notre perception du tempsMaël Lemoine, philosophe en sciences médicales

Corps et cerveau sont aussi plus sensibles au manque de sommeil. Avec l’âge, l’envie de dormir se fait plus prégnante en journée, et si l’on y succombe avec excès, ces siestes nous laissent la sensation que la journée s’est écoulée plus rapidement. «Lorsque cette perception se déforme à son extrême, comme c’est le cas lors de maladies neurodégénératives, cela impacte non seulement le rythme biologique mais aussi notre satiété et notre comportement général. Ces sujets âgés ne savent parfois pas en quelle année nous sommes», précise la neuropsychologue Sylvie Chokron. affirmation de soi… Les quatre bienfaits de la rancœur

Un regard sur les souvenirs

Évidemment, l’accélération (ou le ralentissement) de la perception de l’espace temporel reste subjective, insistent les spécialistes. Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel on réalise des activités, et des émotions qui leur sont accordées. Ainsi, un caractère anxieux verra ses journées passer à vitesse grand V, tandis qu’une personne en proie à la mélancolie, à l’ennui, rongera davantage son frein. «Plus les événements marquants notre attention se raréfient, plus ils réduisent notre perception du temps», ajoute le philosophe Maël Lemoine.Pour comprendre pourquoi la sensation nous habite, il faut aussi, et sans surprise, se tourner vers le temps qui nous sépare de la mort, selon l’enseignant-chercheur. «Il peut faire réaliser aux sujets âgés concernés que leur temps à vivre est limité, produisant un sentiment d’urgence, d’angoisse, qui va inévitablement accélérer la perception temporelle», résume Maël Lemoine. cimetières potagers. La peur de la mort, une angoisse qui s’apprivoiseComment appuyer sur le frein, en particulier si les aiguilles de la montre nous donne des suées ? Comme nous l’ont expliqué les spécialistes, notre perception du temps se base sur le nombre d’expériences significatives que nous créons sur une période donnée. En partant de ce principe, la neuropsychologue Sylvie Chokron invite à donner davantage de sens à nos actions et aux souvenirs laissés par celles-ci. «L’écriture est un bon moyen de projeter un moment, de le vivre puis de se le remémorer, suggère-t-elle. Plus on vit en conscience ces instants, plus ils nous paraîtront longs a posteriori.»(1) Une journée dans le cerveau d’Anna, par Sylvie Chokron, éd. Eyrolles, 240 p. 16€.(2) Petite philosophie des rides, Maël Lemoine, éd Hermann, 150 p. 9,90€.

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