Pourquoi la pénurie de semi-conducteurs menace l'industrie mondiale et notre vie quotidienne


Pourquoi la pénurie de semi-conducteurs menace l’industrie mondiale et notre vie quotidienne

Pourquoi la pénurie de semi-conducteurs menace l'industrie mondiale et notre vie quotidienne

Bien qu’elles tournent à plein régime, les usines asiatiques de semi-conducteurs ne permettent plus de répondre à la demande. Et ça risque de durer.

Une démarche marketing un brin perverse et la production des machines en a été perturbée mais nous n’avons pas de baguette magique précise Aurélien Duthoit quand ils ont réclamé des puces en urgence, les capacités de production avaient été allouées à d’autres secteurs en croissance comme celui des PC ou des smartphones 5G », explique Olivier Coulon, directeur d’études au cabinet Decision.Impossible de débloquer la situation : chez les fondeurs, il faut six mois pour réadapter les lignes à une production spécifique. TSMC n’était pas non plus pressé de faire de la place aux équipementiers. L’industriel réalise en effet de bien meilleures marges sur les composants destinés à l’informatique et à la 5G, les plus avancés du point de vue technologique. Résultat : en janvier dernier, les ruptures de stocks ont forcé les constructeurs à stopper ponctuellement des lignes de fabrication, le pire scénario. Aux Etats-Unis, Ford, GM, Stellantis (ex-Fiat Chrysler), Toyota, Honda et même Tesla ont été touchés. En Europe, l’immense usine de Volkswagen à Wolfsburg a été partiellement paralysée, comme des sites de Daimler, Audi, Renault, PSA… Selon les estimations, au premier trimestre, ce coup d’arrêt aurait empêché la production de 850.000 à 1 million de véhicules. Le cabinet AlixPartners a calculé que la facture pour les constructeurs pourrait atteindre 61 milliards de dollars cette année. Pas de quoi embellir leurs relations avec les équipementiers, accusés d’avoir manqué de vista. « Nous travaillons tous les jours en liaison étroite avec nos clients et nos fournisseurs pour optimiser la production des usines automobiles en fonction des disponibilités des produits que nous avons », nous expliquait mi-février Jacques Aschenbroic, le P-DG de Valeo. A cette date-là, l’entreprise était parvenue à livrer tous ses clients. « J’espère que ça continuera, mais c’est une situation très dynamique, où les choses changent tous les jours », admettait prudemment le patron.Aux Etats-Unis comme en Europe, les péripéties de ces derniers mois ont en tout cas eu l’effet d’un coup de semonce : il devient urgent de réduire la dépendance à l’égard des producteurs de puces basés en Asie. Pour les Européens, il faut en plus prendre garde à ne pas trop tomber sous la coupe de l’Oncle Sam… Avant son départ de la Maison-Blanche, Donald Trump avait fait pression auprès des Taïwanais de TSMC pour qu’ils installent une usine en Arizona. Un site de dernière génération capable de produire les composants les plus sophistiqués coûte entre 12 et 15 milliards de dollars. Or, les Taïwanais envisageraient de construire une « gigafab » à 35 milliards de dollars ! Pas si fou : aux Etats-Unis, le secteur de l’électronique grand public reste solide et le pays compte sur son sol les « fabless » les plus puissants. Les clients potentiels ne manquent donc pas.

Les Américains dominent la conception des “chips”

Le poids de son industrie électronique s’est beaucoup réduit au cours des dix dernières années et sa part de marché dans les semi-conducteurs est seulement de 10%. Mais le Vieux Continent possède des pépites, dont le franco-italien STMicroelectronics, l’allemand Infineon, les néerlandais NXP et ASML. Leader mondial des machines de lithographies à rayonnement ultraviolet utilisées pour la production des puces, ce dernier vend même (très cher) à TSMC. L’Europe dispose aussi de labos de recherche de renommée internationale dans le domaine, comme le CEA-Leti en France, l’Imec aux Pays-Bas, Fraunhofer en Allemagne. Du coup, l’UE et son commissaire en charge du Marché intérieur et du Numérique, Thierry Breton, veulent maintenant s’appuyer sur cet écosystème et mettre les moyens pour relancer l’Europe sur le marché des semi-conducteurs. Dix-huit Etats, dont la France, ont signé une déclaration en ce sens au début de l’année. La guerre des puces ne fait que commencer.