Retraite : “une vraie bonne idée… à condition de la sonner maintenant”


Là on ne fait plus dans la dentelle à points, ou dans le point de dentelle, mais dans la violence pure et simple.Le message est donc simplissime, cette fois, imparable  : le Français est un fainéant invétéré, il ne travaille pas assez contrairement à nos vertueux petits camarades européens… Et donc, suivant le désormais célèbre slogan : “je coupe, je baisse, je décale”, il s’agit ni plus, ni moins, sous menace de couper ou baisser les pensions, de décaler l’âge de départ à la retraite. Imparable donc ?… Eh bien, en fait… non. C’est même absolument faux sur toute la ligne. Cette réforme des retraites est un contresens économique.

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Retraite : “une vraie bonne idée… à condition de la sonner maintenant”

Pourquoi ?

mais va se redresser pour être, ensuite, naturellement à l’équilibre, voire légèrement excédentaire. Ensuite l’argument de la pyramide des âges seriné à longueur de jour est battu en brèche par la simple observation objective de la réalité  : les régimes des professions libérales, qui a exactement la même pyramide des âges que le régime général est lui largement excédentaire (rapport du Sénat 2020) … Exit donc cet argument infantilisant et fallacieux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement a décidé de capter ces précieuses réserves en faisant recouvrer les cotisations retraites des professions libérales par les URSSAF à partir de 2023.

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Le montant de la gabegie tous azimuts – et qui continue sous d’autres noms – du “quoiqu’il en coûte » s’est élevée à 300 milliards soit près de 20 plus… sans pour autant que “ça fasse bouger l’autre”. Et ce pour pallier une stratégie inepte de blocus total auto-infligé de l’économie marchande.

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Quant à la comparaison avec l’Europe et l’International, tant qu’à la faire, autant bien la faire.

Tout d’abord, la France est, comme on le sait “à nulle autre pareille”. Ça, c’est pour la version poétique. Dans sa version économique, c’est aussi vrai… Mais, hélas, pas à son avantage  : la France est la première nation au monde en terme de prélèvements obligatoires avec un taux aberrant, usurier, de plus de 47% du PIB ! … En d’autres termes, cela veut dire qu’aucun autre régime au monde, pas même les dictatures les plus sordides et les plus violentes, ne “saigne” son peuple à ce niveau. Et… ce n’est pas tout, notre “douce” France est désormais le 3ème pays d’Europe, à commencer, hélas, par le bas du tableau en termes de dette publique avec un “score” historique de 125% du PIB – soit la “bagatelle” de 3.000 milliards d’euros !, – seulement suivi de l’Italie et de la Grèce. Donc non seulement la génération actuelle est “saignée” à blanc mais les enfants et petits-enfants sont obérés car désormais, eux aussi, sont sous le joug de la dette (au fait leur a-t-on demandé leur avis ?)

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qui permet de mesurer les inégalités, NDLR), es-tu là ? Donc, en résumé, l’Etat français dispose (notamment de par sa “politique” de dette effrénée ET de son imposition éhontée) de ressources financières colossales.La seule vraie question qui se pose donc est non pas comment trouver des ressources supplémentaires, mais bien celle de savoir comment utiliser proprement celles immenses déjà captées par la puissance publique.Notamment en soulignant, par exemple, le fait que seuls 9,5% de PIB vont au “régalien” en France  ! (Sécurité Défense, Éducation, Justice etc.) Domaines d’ailleurs en déshérence, hélas faute d’investissements suffisants) et de ce fait interroge directement sur à quoi exactement sont employés les 90,5% restants ? A quels autres usages, qui ne relèvent pas directement des compétences essentielles de l’Etat, vont donc ces fonds colossaux ?Et aussi, en notant que chaque année les contribuables, à leur insu, paient à hauteur de 45 milliards – soit 2.500 euros nets par an et par contribuable – des “Associations”, ONG etc… de tous acabits (Viviane Tchernonog dans son livre Le paysage associatif français, mesure et évolution, éd Dalloz). Car, en effet, tous les niveaux de l’Etat (Gouvernement, Ministère, Région, Départements, communes etc) arrosent une pléthore d’associations.

Il y a 1,3 million d’associations en France, dont seulement 1.864 sont déclarées d’utilité publique – soit 0,14 % d’entre elles. Et 45 milliards c’est, pour fixer les idées, le budget de la Défense. Intéressant. Non ? C’est ce qu’en termes “savants” et polis on appelle pudiquement en économie un sujet d’allocation optimale des ressources. Question  : l’est-elle ? Optimale ?Toujours au plan des comparaisons européennes, il est aussi intéressant de se poser la question que n’importe qui se poserait lorsqu’il va faire un “investissement” sur plus de 40 ans : ”Mais quel est mon retour à la fin ?” Et bien, sur ce sujet, que pourtant très peu abordent, la réponse est  : pour la France, la retraite servie est vraiment médiocre vis-à-vis de nos voisins : d’après l’OCDE, le revenu dit de remplacement (en français clair, le niveau de la retraite perçue) n’est en France que de 52% alors que la moyenne de l’UE est de 65 % ( ! ), les bons élèves vis-à-vis de leurs séniors étant, entre autres, l’ Autriche (80 %), l’Espagne (80 %), le Luxembourg (90 %), l’Italie (70 %) etc.

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soit disant, rejoindre nos voisins européens, est-ce à dire que lorsqu’on cotisera une ou deux ou n années de plus, on sera enfin traités au même niveau que nos voisins, à savoir que nos pensions vont alors subitement augmenter de 25 %, pour rejoindre, ne serait-ce que la moyenne de l’UE (65% de taux de remplacement) voire faire un bond de 54% pour s’aligner sur celles servies en Autriche, Espagne, Italie etc… ? Probablement pas. N’est-ce pas ? Mais, justement, pourquoi pas, à paramètres égaux ?Et enfin, toujours au sujet de la comparaison européenne et des “diktats” de Bruxelles – part du PIB de 10% standard imposée aux retraites – sous menace d’amende ( ! ), et aussi au sujet de la “bonne” manière de gérer nos affaires intérieures, il convient de rappeler que la France est le deuxième plus grand contributeur net (ce qu’elle verse moins ce qu’elle reçoit) de toute l’UE avec 10 milliards par an (juste derrière l’Allemagne : 17 milliards) alors que, par exemple, la Pologne “pompe” 12 milliards net – chaque année -, la Hongrie 5 milliards, la Grèce 3 milliards et ainsi de suite pour plus 20 Pays. Et comme 4 autres pays sont autour du point mort, on a vite compris qui “profite” et qui “paye” pour les autres… Autres que l’on subventionne donc largement chaque année mais qui, pourtant, ne se privent absolument pas pour nous donner des leçons de bonne gestion…

Cette lamentable histoire des retraites fait immanquablement penser à ce film culte Ouragan sur le Caine où le commandant (joué par Humphrey Bogart, un vrai acteur de talent, lui) – alors qu’en pleine guerre (l’inflation, le Covid ) son vaisseau ( la France) est couché par la tempête et en perdition – mobilise tout son équipage pour traiter de la seule question qui l’obsède  : qui s’est louché une seconde portion de crème glacée à midi la cantine (l’extension de la durée de cotisation) ?Bref, la Retraite est une bonne idée… Surtout quand il s’agit de la sonner. Car il s’agit d’un sujet qui est, au mieux économiquement insignifiant, et au pire contre-productif, voire franchement nocif… et il est urgent, pour notre économie (et notre société) d’avoir enfin de la part de ses dirigeants, la lucidité d’appliquer la base de ce qu’apprennent les médecins  : primum non nocere (en premier lieu, ne pas nuire). Ne pas nuire, ne plus nuire d’avantage…Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, Le temps des turbulences, Wanamatcha  ! ).