Sites de rencontres, conquêtes, infidélités : la vie sexuelle de Nordhal Lelandais exposée à la barre


Les questions sont crues, précises, intrusives. Parfois même brutales, tant elles s’immiscent dans l’intimité de ces femmes et de cet homme qui ont témoigné ce mardi 4 mai devant la cour d’assises de la Savoie de leurs relations amoureuses ou seulement sexuelles avec Nordahl Lelandais, jugé depuis la veille pour le meurtre du caporal Arthur Noyer.Leurs récits, contrastés, marqués par la révélation des deux meurtres qui lui sont depuis reprochés, font apparaître avant tout l’accusé comme un homme superposant les conquêtes, grand utilisateur de sites de rencontres, très actif sur le plan sexuel, peu mature et infidèle. Un partenaire capable de mots doux et d’attention, mais aussi de vives colères et de violences verbales lors d’une séparation, et d’inspirer alors la peur, et bisexuel à partir de l’automne 2016.Reste que ces témoignages n’étayent pas de façon décisive la thèse de l’accusation, qui voudrait que l’auteur présumé du meurtre d’Arthur Noyer ait agi sous le coup d’une pulsion sexuelle irrépressible la nuit du 11 au 12 avril 2017 à Chambéry – ce qu’il a toujours contesté, dans ce dossier comme dans celui de Maëlys De Araujo, tuée en août de la même année en Isère.

Une jeune femme « un peu utilisée comme alibi »

secteur où sera tué le caporal Noyer À l’une des avocates générales, la jeune femme confirme l’absence de contact ce jour-là. « Jamais il n’est venu chez mes parents à l’improviste au milieu de la nuit », précise-t-elle.

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« Sadomaso soft »

C’est encore « l’amour des chiens », des malinois en particulier, qui a suscité la rencontre de Vanessa et de Nordahl Lelandais, fin décembre 2013. Avec cette femme de 34 ans, mère d’un petit garçon, qui l’a fréquenté jusqu’à l’été suivant et durant deux mois de cohabitation, le portrait se fait plus cinglant. « Je vais te faire bouffer le carrelage », lui lance-t-il, en la jetant sur le lit et en la menaçant d’un coup de tête, alors qu’elle vient de lui annoncer qu’elle veut le quitter.Elle le décrit comme ayant « un besoin énorme de relations sexuelles », et raconte que le couple s’était mis à expérimenter des relations « sadomaso soft » où il jouait « le dominant ». Mais elle ajoute aussitôt : « Je ne vais pas me cacher, j’étais aussi portée sur la chose ». Et hormis l’épisode de rage lors de leur rupture et une ou deux disputes auparavant, le dépeint comme « attentionné avec (elle) et gentil avec (son) fils. »Avec le témoignage suivant, celui de Céline, la quarantaine, compagne de Nordahl Lelandais « durant un an et sept mois », l’on se rapproche de l’époque du premier crime. A l’en croire, cette femme, visiblement fragile et perturbée, « a eu peur de mourir » tant l’accusé l’aurait « harcelée ». Confuse, elle décrit des scènes terrifiantes : il tente de lui foncer dessus en voiture ; elle le croise dans un bois au printemps 2017 avec une tronçonneuse alors qu’elle promène ses chiens…« Ah oui, il cherchait à me tuer ! » crie-t-elle presque, acculée par la défense, en avançant pour preuve « son visage froid et fermé ». Et un autre jour ? « Oui, il rôdait autour de chez moi… » L’accusation a juste avant rappelé que les deux plaintes déposées par cette femme, dont l’une pour diffusion d’ébats sexuels sans son consentement, ont été classées sans suite, faute d’éléments. Elle affirme qu’elle l’ignorait. Elle encaisse. Mais qu’en était-il sur le plan sexuel, sinon ces vidéos filmées à son insu ? « Des relations normales », a-t-elle confirmé, voire « vieux jeu », et « pas de pulsions ».

« J’avais certains fantasmes et il y répondait »

mais il n’a de ce fait pas répondu. Nordahl Lelandais : Maëlys, Arthur Noyer, le récit de quatre ans d’enquête« Si vous aviez donné suite, Dieu seul sait ce qu’il serait advenu », lui assène bien maladroitement le président. « Vous n’êtes pas responsable de la mort d’Arthur Noyer », corrigera l’avocat de la famille Me Bernard Boulloud. Richard fond en larmes. « Je suis désolé pour vous », dit-il aux parties civiles. Il veut s’en aller et quitte la barre, mais y est rappelé. « J’aurais pu finir comme le caporal Noyer », finit-il par lâcher face aux avocats de la défense. « Qu’est-ce qui vous fait dire ça, proteste Me Alain Jakubowicz. Qui vous dit que l’homme avec qui vous avez eu ces relations consenties n’est pas le même aujourd’hui ? » « Je n’ai rien à répondre », s’arrête le témoin, épuisé.