STORY. "Les PME vont se faire dépouiller de leurs talents"


explique Fabrice Lefebvre, président de l’entreprise; il y a une pénurie de main-d’œuvre dans ce secteur.» Impliqué dans les instances locales de l’UIMM (Union des industries métallurgiques et minières), le dirigeant répercute le vécu négatif des collègues de sa branche.«Recruter des chaudronniers, des soudeurs ou des tourneurs-fraiseurs, c’est une catastrophe, assure-t-il. Pourtant, nous sommes de moins en moins exigeants: on ne cherche plus des compétences mais un comportement. Malheureusement, trouver des personnes simplement motivées qui sont prêtes à se lever tôt, à arriver à l’heure, à s’investir, est tout aussi compliqué ! Au risque de noircir le tableau, je ne vois pas comment on peut réindustrialiser la France, implanter de nouvelles usines dans ces conditions. Ce qui risque de se passer, c’est que les PME vont se faire dépouiller de leurs talents.»

>> Retrouvez la première partie de notre storyA son plus petit niveau, il valide le diagnostic de son homologue de Toyota sur les motivations des jeunes. «Ils recherchent un confort de vie, ils veulent se laisser un peu de temps pour les loisirs, estime-t-il; la partie conditions de travail prend le dessus sur la rémunération, qui peut pourtant évoluer favorablement avec la carrière dans notre secteur d’activité.»Dans le secteur des services d’aides à la personne, le constat est le même. Les besoins sont très grands mais les candidats très rares. Marjorie Lefebvre emploie 200 collaborateurs au sein du groupe Canopée, implanté à Valenciennes. «Nous avons des collaborateurs qui nous quittent, regrette-t-elle. Soit parce qu’ils partent à la retraite, soit parce qu’ils ont des problèmes de santé – notre secteur enregistre un taux d’accidents du travail supérieur au BTP –, soit parce qu’ils rejoignent des structures comme les cliniques ou les Ehpad qui offrent une meilleure rémunération.»

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S’y ajoute un mal rampant de la société française : la situation des familles monoparentales. «Nous faisons travailler beaucoup de femmes qui s’épuisent pour peu de reconnaissance en retour, constate la cheffe d’entreprise. La plupart optent pour le temps partiel, avec l’objectif de garder un niveau de salaire qui leur donne accès à l’allocation de rentrée, aux APL, à l’aide à la cantine ou à la garderie. Et je les comprends: leur reste à vivre est plus important en travaillant moins.»

Pourquoi de nombreuses entreprises peinent autant à recruter

Pour compenser les démissions et le temps partiel généralisé, Canopée recrute. Mais l’entreprise éprouve les pires difficultés à trouver des candidats. «Nous faisons des campagnes de recrutement, explique Marjorie Lefebvre. Récemment, 20 personnes nous avaient été envoyées par Pôle emploi et les missions locales pour l’emploi. Elles devaient commencer une phase d’intégration. Mais aucune ne s’est déplacée. Pourtant, nous payons au-dessus de la convention collective et nous proposons des formations. Cela fait quinze ans que je fais ce métier, cela ne m’était jamais arrivé.»

Les conséquences sont dramatiques pour les clients comme pour l’entreprise. «Nous sommes amenés à refuser jusqu’à 100% des nouvelles prises en charge de personnes qui ont besoin de soins, poursuit-elle; et du même coup, nous perdons du chiffre d’affaires.» Dans le seul département des Hauts-de-France, où l’on entre en dépendance plus tôt qu’ailleurs pour des raisons d’hygiène et de conditions de vie, 10.000 postes d’auxiliaires de vie sont à pourvoir. Une solution serait d’augmenter les rémunérations des collaborateurs de Canopée. Mais qui paierait le reste à charge? L’utilisateur ou la solidarité nationale? Eternel débat franco-français lorsqu’on aborde la question des prestations sociales.Comment remédier à la pénurie? A cette question lancinante, certains à Valenciennes tentent de répondre avec des méthodes originales. L’entreprise de logement social Sigh (Société immobilière du Grand Hainaut) propose à ses locataires une aide dans leur recherche d’emploi. L’agence d’intérim Synergie (350 agences en France) organise un bus tour sur les parkings des centres commerciaux. Deux conseillers y attirent les personnes en train de faire leurs courses pour leur présenter les emplois disponibles.

Salaires : ces secteurs où la rémunération augmente face aux problèmes de recrutement

Plus au sud, au Creusot (71), l’entreprise bourguignonne Tunstall, spécialisée en téléassistance, rencontre à peu près les mêmes difficultés que Canopée à Valenciennes. Ses services et ses objets connectés permettent aux personnes âgées ou malades de rester chez elles le plus longtemps possible. Créée en 1988, la société emploie 250 personnes réparties entre le siège et plusieurs agences régionales. En croissance, elle réalise un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros. Mais elle aussi a beaucoup de mal à embaucher. «Fin août, je cherchais à recruter 14 conseillers installateurs en Ile-de-France pour installer du matériel chez les personnes âgées, explique Alain Monteux, P-DG de l’entreprise. Je suis passé par Pôle emploi et les réseaux sociaux, et 34 personnes seulement m’ont répondu. 20 se sont présentées à l’entretien, dont 11 convenaient, et à qui j’ai proposé un contrat de travail. Le premier jour, au démarrage, elles n’étaient plus que quatre…»

Pour contourner cette difficulté, Tunstall se tourne vers de profils un peu moins qualifiés. Mais les nouveaux salariés ont tendance à démissionner rapidement. «Attirer de nouvelles personnes et les garder représente un vrai challenge, reconnaît Alain Monteux, nous devons travailler notre attractivité. Je n’ai que deux solutions: soit je me plains, soit je change nos paradigmes. Il y a un problème de rémunération, mais pas seulement.» Comme d’autres, il insiste sur la nécessité de donner du sens aux missions de ses collaborateurs et sur la politique inclusive de l’entreprise. «C’est assez facile, car notre travail consiste chaque jour à sauver des vies», martèle-t-il. Il envisage aussi d’adapter son organisation horaire aux besoins de ses salariés. Ce qui, au passage, obligera ses managers à diriger autrement.

14 métiers dont le salaire va fortement augmenter en 2023

assure-t-il Aux chefs de service de mettre en place des règles plus souples et de les faire accepter à leurs équipes.»

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» Il pointe un problème structurel des établissements de santé : la surcharge de travail. «La pression se reporte sur les personnes qui assistent les médecins et qui se retrouvent en situation de stress, regrette Roland Sicard. Les infirmières décident de passer à autre chose ou d’aller travailler ailleurs.»Un problème amplifié, selon lui, par l’émergence du télétravail. «Une infirmière dont le mari télétravaille et a du temps libre se dit qu’elle a choisi un métier défavorisé. On commence à voir des soignants qui abandonnent leur métier car ils ne peuvent pas accéder aux avantages et au confort du télétravail.» Jouer sur le paramètre rémunération ne suffit plus. Même chez Thess. «Dans les métiers en tension, le salaire est important, mais le nombre de jours de télétravail par semaine et le cadre de vie au bureau le sont tout autant.»

des systèmes qui évitent les faux déclenchements d’alarmes anti-intrusion Mais le processus prend plus de temps que prévu.«Sur ce marché, il n’y a pas beaucoup de talents, et encore moins de femmes, regrette Alain Staron, l’un des deux cofondateurs de la start-up. Pourtant, nous sommes souples: nous proposons aux candidats de travailler à Paris ou à Lyon. Et ils ont aussi accès au télétravail.» Le système français de formation tente de s’adapter à ces besoins mais pas assez vite, à ses yeux. En attendant, Artifeel fait travailler des free-lances. Cela ne suffit pas: le projet prend du retard. «Cela nous fait perdre du temps et de l’argent», s’inquiète Alain Staron.

Par métier, le top 10 des plus fortes pénuries

  • 125.000 à 150.000 serveurs en restauration
  • 75.000 à 100.000 personnels de cuisine
  • 50.000 à 75.000 technico-commerciaux
  • 50.000 à 75.000 employés polyvalents en restauration
  • 25.000 à 50.000 conducteurs d’équipement de production

données à juillet 2022. Lecture : pour le métier de la comptabilité, par exemple, entre 25000 et 50000 ressources font défaut sur le marché de l’emploi en France au regard des besoins en recrutement prévus pour les 12 prochains mois.

Les critères décisifs des salariés pour changer de job

  • Salaire et avantages attrayants : 64%
  • Ambiance de travail agréable : 61%
  • Equilibre vie privée – vie professionnelle : 57%
  • Opportunités de carrière : 51%
  • Sécurité de l’emploi : 49%

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