"Je me suis quand même fait insulter"


Après la nouvelle défaite de Longueau contre la réserve de l’Amiens SC (0-2), samedi pour le compte de la 13ème journée de National 3, Christophe Huck a répondu aux critiques au sujet de son management et démentir les rumeurs selon lesquelles son groupe serait fracturé. Entretien.  

Christophe, au risque de se répéter vous n’êtes pas ridicule mais ça coince toujours pour Longueau…

Je suis vraiment fier de mes joueurs. On avait repris la deuxième partie de saison avec de bonnes intentions, et on a complètement raté notre entame de rencontre à Marcq. Ce n’était pas admissible et on a continué à travailler fort. On vit quelque chose de très particulier. De l’extérieur, tout le monde pense qu’il y a le feu dans la maison, que les gens ne s’entendent pas, que c’est le conflit perpétuel, mais ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe. On travaille très très fort toute la semaine à l’entrainement, dans notre préparation de match, dans nos causeries. On fait vraiment les choses de manière très professionnelle, dans la mesure de ce que l’on peut faire. Les conditions ne sont pas toujours simples, notamment quand on joue des clubs qui ont des structures et des moyens plus importants que nous.Maintenant, je suis fier de mes joueurs, on est monté d’un cran dans l’état d’esprit, on a bien représenté notre club. L’Amiens SC mérite sa victoire, notamment sur ses armes offensives, mais au regard de la première mi-temps personne ne crie au scandale si on marque en premier. Puis, ce but juste avant la mi-temps fait mal pour la dynamique et le scénario du match. Démarrer la seconde mi-temps avec un handicap, c’est compliqué. On prend aussi le deuxième but trop vite, qui plus est sur une situation qu’on avait évoquée à la mi-temps. Je suis vraiment très déçu pour eux, parce que c’est un groupe qui bosse beaucoup mais qui manque encore de charisme sur le terrain, de leadership. Quand je dis ça, ce n’est pas pour tirer sur des joueurs, c’est juste qu’on n’a pas ce profil, sachant qu’on ne crée pas du leadership comme ça. Je pense que ce groupe avec un leadership plus appuyé, avec un ou deux relais sur le plan mental, ne serait pas dans cette situation-là.

Qu’on puisse se poser cette question et qu’il y ait pu derrière avoir une réunion pour remettre en cause l’entraîneur parce qu’il fait des choix de gestion de groupe, ça me paraît assez aberrant.

C’est quand même incroyable ! Un coach a le droit de déterminer qui s’entraîne dans le groupe de l’équipe première et qui s’entraîne dans le groupe de l’équipe réserve. Ce n’est pas aux joueurs de décider de cela. Qu’on puisse se poser cette question et qu’il y ait pu derrière avoir une réunion pour remettre en cause l’entraîneur parce qu’il fait des choix de gestion de groupe, ça me paraît assez aberrant.

Vous parliez de charisme et de leadership un peu plus tôt. Les joueurs en question en cause votre gestion des joueurs qui ont du caractère. Ils estiment que vous voulez justement travailler sans joueur avec du charisme ou du leadership. Est-ce simpliste de penser ça ?

Oui, c’est même extrêmement simpliste. Je ne voyais pas en eux de joueurs à caractère positif pour emmener le groupe. Ensuite, sur le rendement terrain… Je voudrais arrêter là-dessus, je ne voulais pas m’exprimer sur ce sujet. Je sais que vous allez en profiter…

…C’est normal de vous questionner, de vous entendre là-dessus après les critiques émises par des anciens joueurs du club…

Vous ne m’avez jamais entendu critiquer les joueurs ouvertement devant qui que ce soit…Romuald Lemaire, désormais parti à Ailly-sur-Somme, a vivement critiqué le management de Christophe Huck

…Ce n’est pas ce que dit Romuald Lemaire

C’est quand même incroyable cette situation. Pour ceux qui étaient là ce jour-là (ndlr : le 4 décembre lors de la défaite contre Compiègne), je me suis fait insulter sur le bord du terrain. Quelqu’un a cité le nom de Romuald Lemaire et j’ai simplement répondu à ça. Sincèrement, ça ne rend service à personne d’en parler. Je n’ai cité Romuald devant tout le monde, j’ai simplement répondu à une invective qui laissait penser que Romuald était la solution à nos problèmes sportifs. Il faut être réaliste. Et j’ai simplement répondu sur le moment. Je me suis quand même fait insulter et je n’ai jamais eu un mot déplacé. J’ai simplement montré que je n’allais pas me laisser marcher dessus et les laisser me faire passer pour ce que je ne suis pas. Je peux comprendre que ces joueurs considèrent que je ne suis pas l’homme de la situation, qu’ils ne m’apprécient pas. Il n’y a aucun problème là-dessus.

On ressent quand même de manière générale des joueurs beaucoup plus tristes, qui regrettent le manque de vie de groupe…

Il y a quand même un enchaînement de défaites qui fait que c’est compliqué à vivre, forcément. En tout cas, j’ai toujours essayé de mettre en place des choses pour qu’il y ait une entente cohérente, qu’on puisse avancer. Je n’ai rien à répondre là-dessus sincèrement.

Comment expliquez-vous le manque de poids offensif de votre équipe ? Comme si vos joueurs étaient inhibés, tétanisés…

C’est peut-être moi qui leur dis de ne pas frapper au but. En tout cas, ce n’est pas nous qui les tétanisons. Au contraire, on essaie de faire en sorte qu’ils puissent s’exprimer, se libérer. Malgré notre situation, on est une équipe joueuse, qui essaie d’aller de l’avant. On n’est pas recroquevillé devant notre but, à défendre corps et âme. L’opportunité pour les joueurs de s’exprimer est là. C’est la confiance qui fait la différence.

Démissionner ? Je me suis posé la question. J’estimais que ça allait un peu trop loin, avec des raisonnements un peu simplistes. Je ne vivais pas bien la situation.

Vous avez assez d’expérience dans le foot pour comprendre que l’on puisse remettre en question vos choix ?

Oui. Je n’ai pas de soucis avec ça. J’ai toujours été très clair, si ma présence est délétère pour le club, si je ne suis pas la personne idoine, cela ne me pose de problèmes. La décision appartient aux dirigeants. J’entends que les joueurs sont tristes, mais ce n’est pas la nature des discussions que je peux avoir avec eux. Je ne sais pas d’où ça vient. Le jour où les joueurs ne voudront plus avancer, ce sera à l’équipe dirigeante de faire le nécessaire. Si on pensait que le changement de staff était la solution, il ne faudrait pas hésiter. Je suis quelqu’un qui se remet beaucoup en cause mais je prends aussi un peu de recul en me disant que le problème ne vient peut-être pas uniquement du coach ou du staff. Peut-être que ma méthode ne fonctionne pas mais aujourd’hui je suis là et avec le staff et les joueurs, on essaie d’être courageux face à cette situation. On s’accroche et on ne lâche rien.

Christophe, il y a eu, fin novembre et début décembre, des échos dans l’entourage du club autour d’une possible démission de votre part. Est-ce vrai et qu’est-ce qui vous a convaincu de ne pas baisser les bras ?

Oui, j’ai réfléchi suite à Compiègne. J’estimais que ça allait un peu trop loin, avec des raisonnements un peu simplistes. Je ne vivais pas bien la situation et je me suis posé la question. Cela a duré 48 heures, ensuite j’ai décidé de continuer après des échanges avec certains joueurs, avec des membres du staff. J’ai senti qu’ils ne voulaient pas qu’on s’arrête, bien au contraire.Propos recueillis par Romain PECHON

Vous avez aimé ? Partagez :