Villes, bars et personnalités sportives d'Eure-et-Loir vont-ils boycotter la Coupe du monde de football au Qatar ?


En 2010, La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) accorde l’organisation de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar. Très vite, l’opinion publique critique ce choix car celui-ci implique que la compétition se joue exceptionnellement en novembre et en décembre pour éviter les fortes chaleurs d’été. Dans le pays du Moyen-Orient, les températures hivernales oscillent généralement entre 23 et 29 degrés, mais peuvent atteindre jusqu’à 37 degrés.

Le Qatar, dépourvu des infrastructures sportives nécessaires, doit alors construire entièrement sept stades, sur les huit prévus, pour la plupart climatisés, afin d’accueillir les 64 matchs du calendrier de la compétition. Pendant dix ans, des milliers de travailleurs, essentiellement des étrangers en provenance d’autres pays d’Asie, ont été embauchés sur les chantiers, travaillant dans des conditions jugées indignes, sinon précaires.

Villes, bars et personnalités sportives d'Eure-et-Loir vont-ils boycotter la Coupe du monde de football au Qatar ?

premium « Se réveiller en 2022 alors que le Qatar a été désigné en 2010. » : le regard d’un expert sur le boycott de la Coupe du monde

La polémique est née en 2020, après que le quotidien anglais The Guardian a affirmé que plus de 6.500 ouvriers étaient morts lors de la construction des stades. Un chiffre contesté par le comité d’organisation de la Coupe du monde et les autorités gouvernementales du Qatar. En janvier, Gianni Infantino, le patron de la Fifa, expliquait ainsi devant le Conseil de l’Europe que ce chiffre « était simplement faux », en assurant que seules trois personnes avaient perdu la vie sur les chantiers qataris.

Coupe du monde au Qatar : plusieurs villes disent non aux écrans géants pour retransmettre les matchs

Dénonçant l’aberration écologique de stades climatisés autant qu’une catastrophe sur le plan humanitaire, plusieurs associations, clubs, joueurs, collectivités et diffuseurs appellent à boycotter l’événement en guise de contestation. 

Ils vont diffuser

À quelques semaines de l’ouverture de la Coupe du monde de football au Qatar, le 20 novembre, la question du boycott des retransmissions se pose à tous les acteurs qui gravitent de près ou de loin autour du ballon rond.

Sébastien Beaufre a ouvert en juillet 2021 sa structure de foot à cinq, à Dreux. Ball in d’or, une des premières activités de loisirs à avoir ouvert sur le site d’Otium, comporte un espace destiné à la retransmission des matchs de football. C’est dans cette salle que seront diffusés les matchs de la compétition.

En dépit de la montée en puissance de la campagne pro-boycott, Sébastien Beaufre ne compte pas suivre ce mouvement  :

« Pour moi, cette campagne de boycott est complètement à contretemps. Nous savons tous qu’il y avait des soupçons de corruption quand la Coupe du monde a été attribuée au Qatar. Nous savons tous que là-bas, la construction des stades a été faite par des immigrés dans des conditions souvent pénibles. C’est bien au début que les partisans du boycott auraient dû se manifester. Pas maintenant. »

Sébastien Beaufre (propriétaire de Ball in d’or, à Dreux)

Sébastien Beaufre ne perd pas de vue qu’une activité qui se lance doit savoir répondre aux attentes de son public. « Nous sommes, nous, au contact de passionnés de football qui voudront suivre la compétition et ils seront les bienvenus chez nous. En fait, je ne m’attends pas à avoir une grosse affluence car la plupart des matchs ont lieu dans la journée mais peu importe. Pour nous, la retransmission des matches sera un moment de partage entre fans de foot ».

  • Le V and B, à Barjouville

Les supporteurs ou mordus de football pourront également venir suivre la coupe du monde sur l’écran géant du bar le V and B, à Barjouville. « Bien sûr on s’est longuement posé la question de savoir si on allait la diffuser ou pas. Personnellement, je trouve que tout ce qui s’est passé n’est pas normal et je suis complètement contre les conditions dans lesquelles cette coupe du monde a été organisée. » Néanmoins, Clément, le gérant, a décidé de se focaliser sur l’esprit sportif de la compétition, plutôt que sur le politique : 

« Nous, on y est pour rien, on n’a rien choisi, on est tout petit. Nous avons déjà souffert de longs mois de fermeture pendant le Covid et on ne veut plus ralentir notre activité. »

Clément (gérant du bar le V and B, à Barjouville)

L’évènement est très suivi. « On le fera aussi pour les clients, qui viennent nombreux les jours de matchs de coupe du monde. »

Une idée partagée par Cyrille, la propriétaire du Bis Trot, à Brou. « Je vais diffuser les matchs pour ceux qui veulent vivre un moment de partage, bien que je pense que beaucoup de supporteurs ne les suivront pas cette année. » 

Pas d’écran géant ni de fan zone en ville

La plupart des villes euréliennes ne diffuseront pas les matchs de l’équipe de France sur écran géant.

C’est le cas de Chartres qui, comme en 2018, n’installera pas de télévision sur une de ses places afin de permettre aux supporters de suivre les matchs de l’équipe de France. « La question a été étudiée mais nous n’avons pas jugé cela indispensable », explique la Ville qui ajoute ne pas avoir pris de positionnement quant aux conditions dans lesquelles la compétition a été organisée.

  • A Cloyes-les-Trois-Rivières

La commune de Cloyes-les-Trois-Rivières avait diffusé deux matches de la Coupe du monde 2018 sur un écran géant derrière la mairie. Cela ne devrait pas être le cas cette année. « Ces retransmissions ont un coût important pour la collectivité et la priorité est ailleurs cette année », explique le maire Didier Renvoisé. Rien à voir donc avec un quelconque boycott de l’épreuve au Qatar. L’édile cloysien analyse : 

« Ce n’est pas à une commune de prendre position, nos instances gouvernementales sont faites pour ça. Il y a des enjeux qui nous échappent. Cela ne m’empêche pas de penser que le Qatar est le pays de l’argent et de l’opulence, jusqu’à bâtir des stades climatisés qui vont à l’encontre des réalités énergétiques que l’on connaît. Maintenant, je ne tiens pas à tout mélanger. »

Didier Renvoisé (maire de Cloyes-les-Trois-Rivières)

Il n’y aura pas davantage d’écran géant à Châteaudun. « On n’en mettra pas parce que cela coûterait trop cher à la Ville », a justifié le maire (SE) Fabien Verdier.

À Dreux, rien de prévu, non plus, pour suivre cette Coupe du monde. Pierre-Frédéric Billet, maire, explique qu’un débat a bien eu lieu au sein de la majorité (LR) pour décider de l’intérêt, ou non, de mettre en place une fan zone. « Mais compte tenu de la météo, nous n’avons pas retenu l’idée d’une diffusion en plein air ». À titre plus personnel, il estime que « ce n’est pas aux élus locaux d’assurer la responsabilité du choix du Qatar. Mais j’ai une pensée émue pour les milliers d’ouvriers décédés sur le chantier, c’est là le vrai scandale. »

  • A Nogent-le-Rotrou et Rambouillet

Du côté de Nogent-le-Rotrou, et des communes Percheronnes aux alentours, aucune retransmission de la compétition n’est prévue. Tout comme à Rambouillet.

Les footballeurs ne boycotteront pas

Si la cause des Droits de l’homme, comme la question de l’écologie, ne laisse pas insensible dans le microcosme du football eurélien, il est néanmoins hors de question de boycotter la prochaine Coupe du monde au Qatar (du 20 novembre au 18 décembre).

Qu’ils soient entraîneurs ou joueurs, il est déjà trop tard pour tourner le dos au prochain événement planétaire. « Évidemment que ces milliers de morts sur les chantiers des stades est simplement révoltant. Mais c’est il y a huit ans qu’il aurait fallu réagir, au moment où le dossier du Qatar a été présenté. Je ne me souviens pas qu’organiser l’événement là-bas avait fait un tollé. C’est d’autant plus désolant que d’autres pays auraient fait de très beaux candidats  : Algérie, Tunisie ou Maroc. Mais il est évident que sur le dossier, la question de l’argent a été prédominante. En tout cas, en ce qui me concerne, je suis un amoureux du football et je ne vois pas de raison de me priver de mon sport à cause des erreurs que certains politiques ont commises dans le passé », observe Willy Dablin, entraîneur de l’Avenir d’Ymonville, gêné aux entournures par le double discours de certains politiques  :

« Je suis supporter du PSG et je vois que la maire de Paris (Anne Hidalgo) s’est positionnée contre la Coupe du monde au Qatar. Par contre, lorsqu’il est question de profiter de l’argent de QSI pour rénover le Parc-des-princes, il n’y a pas de problème »

Willy Dablin (entraîneur de l’Avenir d’Ymonville)

  • Walid Boulabiar entraîneur de l’équipe réserve du FC drouais

À Dreux, Walid Boulabiar n‘est pas plus à l’aise avec cette “Coupe du monde de la honte”. 

« J’ai l’intention de regarder tous les matches. Mais bien sûr, voir la grand-messe du football organisée dans des stades climatisés à ciel ouvert alors qu’on nous serine depuis des mois avec la question des économies d’énergie, ça a du mal à passer. Tout cet argent déployé, ce luxe, avec des vestiaires dorés, quasiment des pelouses en fil d’or, ça a quelque chose d’indécent? !  », confie l’entraîneur de l’équipe réserve et responsable de l’école de football du FC drouais, désolé par le rôle décisif qu’ont joué des Français de premier plan « Michel Platini, Zinedine Zidane ou encore Nicolas Sarkozy » dans le choix du dossier émirati.

  • Nicolas Palbrois, défenseur du C’Chartres Football

Nicolas Palbrois, lui, a moins d’états d’âme  : « On sait parfaitement que cette Coupe du monde interroge plus qu’elle ne convainc. Mais je n’ai pas l’intention de bouder mon plaisir. Tous les quatre ans, et ça depuis la première que j’ai suivi en 1998, j’attends l’événement avec impatience. Là ce sera la première de l’après-Covid. Et j’ai bien de l’attention de suivre les rencontres, accompagné de quelques amis », conclut le défenseur du C’Chartres Football.

 

Florémie Blanc et les rédactions