Emmanuelle Wargon : « Il faut sortir de la dictature de l’urgence »


Cécile Leclerc-Laurent  : Pourquoi, dans ce cas, ne pas investir davantage dans des hébergements durables et qualitativement proches des logements, comme les CHRS (Centres d’hébergement et de réinsertion sociale), plutôt que dans des CHU et des nuitées d’hôtel ?

Pour répondre complètement à votre question, il y a eu une période, durant ces dernières décennies, où le choix politique a été de ne pas rouvrir de centres d’hébergement de type CHRS. On a préféré diriger l’afflux de personnes vers les CHU ou des hôtels.

Au total, nous avons 200 000 places ouvertes aujourd’hui. Parmi ces places, environ 70 000 sont des places en hôtel. Se pose désormais la question de savoir quels centres d’hébergements nous voulons ? Nous allons probablement nous réorienter vers le développement de centres de type CHRS.

Il faut sortir de la dictature de l’urgence, car cette dernière s’installe et s’impose à nous, et d’un point de vue budgétaire cela ne coûte pas moins cher. C’est donc toute une politique qu’il faut reprendre et nous sommes en train d’y travailler. Je souhaite accélérer l’accès au logement et dans le même temps refonder l’hébergement d’urgence pour qu’il soit plus performant.

En effet, la question la plus importante reste celle de l’accompagnement des personnes en hébergement d’urgence, notamment celles qui sont à l’hôtel. L’idée est d’avoir un soutien pour passer à l’étape suivante. Sinon c’est sans fin.

Aimée Muzinga  : Il reste un public en situation irrégulière hébergé dans des CHU ou des hôtels durant des années. Il n’est ni régularisable, ni expulsable. Ne faudrait-il pas régulariser ces personnes pour leur permettre d’accéder au travail et donc au logement ?

Ma responsabilité ne concerne pas la politique d’accès au séjour mais l’hébergement, et avec toutes les difficultés que cela pose, je suis favorable à l’hébergement inconditionnel  : on ne demande pas aux personnes leurs papiers avant de leur proposer une place d’hébergement. Mais on ne peut pas leur proposer un logement si le droit au séjour n’est pas constitué.

Cécile Leclerc-Laurent  : Pour revenir sur la question du logement social, une étude du Secours Catholique montre que les personnes qui disposent de moins de 500 euros par mois par unité de consommation n’ont que 18 % de chances d’obtenir une place dans le parc social. Comment rendre le logement social plus accessible au public visé, c’est-à-dire aux plus précaires ?

Il est normal que les bailleurs demandent que les locataires soient capables de payer un loyer, y compris les personnes à faibles revenus. Les différentes aides, dont les APL, doivent permettre d’atteindre la solvabilité.

Les logements sociaux ont des loyers à des prix différents, il faut donc produire des logements sociaux avec des loyers très faibles, ce qu’on appelle le PLAI (financés par le Prêt locatif aidé d’intégration). Et même à l’intérieur du PLAI, souvent parce que le terrain était cher, le bailleur social pratique un loyer un peu trop élevé. On pourrait envisager une réduction sur le loyer pour les personnes aux revenus les plus modestes. Il faut trouver un équilibre économique.

On ne peut pas demander aux bailleurs de loger des personnes dont on pense qu’elles ne seront pas capables de payer leur loyer. Donc, ou bien les APL permettent de faire la jonction, ou bien il faut disposer de plus de PLAI. Ou encore regarder si on peut expérimenter des réductions de loyer adaptées à la situation de la personne au moins pendant quelque temps. Sachant qu’ensuite, seule l’insertion professionnelle permettra à la personne de payer son loyer.

Cécile Leclerc-Laurent . L’État ne devrait-il pas sanctionner ces communes pour développer la production de logements sociaux ?

L’État sanctionne  ! On a sanctionné 500 communes cette année, on n’en avait même jamais sanctionné autant sur les trois dernières années. Certains maires sont d’ailleurs furieux.

Cécile Leclerc-Laurent  : Et comment relancer la production de logements très sociaux ?