ExoMars, la mission maudite


Mars a-t-elle abrité la vie ? C’est la question à laquelle les scientifiques, chercheur.euse.s, astronautes et planétologues cherchent à répondre depuis des décennies.C’est en 2003, au cœur d’une période rythmée par l’euphorie scientifique, qu’un projet européen d’exploration martienne est mis sur la table. « Ce qui était important, et qui l’est toujours aujourd’hui, c’était de donner l’évidence de trace de vie, ou non, sur Mars. Nous voulions répondre à la fameuse question : sommes-nous seuls dans l’Univers ? », explique Jean-Jacques Dordain, directeur général de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) durant la période ExoMars, de 2003 à 2015. Pour ce faire, les objectifs premiers sont clairs : l’exobiologie sera le mot d’ordre, et donnera d’ailleurs son nom à la mission ExoMars.« Initialement, c’était une mission de démonstration technologique, ça n’avait rien à voir avec ce qu’elle est aujourd’hui. On voulait montrer que l’on pouvait, et que l’on savait atterrir sur Mars. »Le projet est lancé au début des années 2000, alors qu’aucun pays européen n’a encore réussi à se poser sur le sol martien. L’ambition est grande et les enjeux sont importants pour la conquête spatiale européenne. Très vite, l’ESA fait face au défi économique et doit se tourner vers un partenaire de taille, capable d’apporter le milliard manquant. La NASA s’allie à l’ESA et, en 2009, la mission se scinde en deux objectifs : le lancement de l’orbiteur et de l’atterrisseur Schiaparelli, et le lancement du rover chercheur de vie. L’idée était d’envoyer sur Mars un rover unique, capable de prélever dans le sol des échantillons à plus de deux mètres de profondeur dans les entrailles de la planète rouge, là où personne n’est encore jamais allé. « Le rover, c’est un géologue sur le terrain, avec de l’instrumentation en plus », illustre Frances Westall, géologue et exobiologiste impliquée dans la mission ExoMars, directrice de recherche du Centre de biophysique moléculaire, et présidente de l’EANA (European Astrobiology Network Association). « Les roches sont comme des livres d’Histoire. Toute l’Histoire est enfermée dedans. Les roches nous disent comment elles se sont formées, comment était l’environnement de l’époque. On peut identifier exactement s’il y avait des plages, des marais, des fleuves, s’il y avait le développement de différents types de vie, s’il faisait chaud, s’il faisait froid, si l’environnement dans lequel elles étaient était acide. »  

Se poser sur le sol martien pour chercher des traces de vie

l’agence spatiale russe ROSCOSMOS s’engage à remplacer les instruments américains dans un laps de temps de moins de deux ans. « La mission ExoMars est résiliente puisqu’on ne lui a pas fait beaucoup de cadeaux. Nous avons pris beaucoup de retard, et pourtant, cela reste encore une grande première ! Personne n’a encore aujourd’hui creusé le sol de Mars à moins d’un mètre ou plus pour aller y chercher des traces de vie », relève l’ancien directeur général de l’ESA, qui a œuvré pour que la mission ExoMars voie le jour. « La vie primitive est discrète », explique Frances Westall. « Sur Mars, c’est impossible d’observer des structures telles que des cellules fossilisées, elles sont si petites ! Elles mesurent moins d’un micron de taille. Alors, nous devons nous baser sur les restes de la matière organique. Pour ExoMars, nous avons des spectromètres qui peuvent analyser cette matière. Cependant, chaque jour, il y a 4 milliards d’années comme aujourd’hui, une pluie de matières organiques extraterrestres tombe sur nos planètes. Alors, comment distinguer cette matière organique extraterrestre de la matière organique reliée à la vie sur Mars ? ». L’experte en géologie reconnaît qu’il existe des moyens d’analyser la structure des molécules, mais que c’est en cherchant cette matière organique qu’il est le plus probable de trouver des traces de vie.