ils ont été jurés aux assises


« J’ai craqué, j’ai pleuré. Il faisait nuit, les six jeunes femmes étaient en rang à la sortie du tribunal. Elles nous attendaient et nous ont dit merci. Je me suis dit qu’on avait servi à quelque chose, qu’elles allaient pouvoir avancer dans leur vie. »

Quatorze ans après, Odile se souvient très bien de la fin du procès devant la cour d’assises des Côtes-d’Armor, à Saint-Brieuc, en 2009, dans lequel elle avait été jurée populaire. La cour jugeait un enseignant à la retraite, accusé de viols sur mineurs, six jeunes femmes. Âgé de 68 ans, il avait été condamné à 17 ans de réclusion criminelle.

ils ont été jurés aux assises

Ont-ils été marqués ? La réponse est oui

Comme Odile, Vincent, Nadia, Marc, Thérèse, Olivier et Catherine ont répondu à l’appel à témoignages lancé par Ouest-France à ses lecteurs anciens jurés devant la cour d’assises des Côtes-d’Armor.

En 2023, les cours criminelles départementales vont se généraliser partout en France, ce qui va diminuer de moitié le nombre de jurés populaires. On voulait donner la parole à ces femmes et ces hommes qui ont vécu cette expérience au moins une fois dans leur vie. Ont-ils été marqués ? La réponse est oui.

Procès d’assises : la grogne monte contre les cours criminelles

« Quand on ne connaît pas, c’est impressionnant »

De Thérèse, jurée en 1981, à Marc, en mai 2022, tous s’en souviennent « comme si c’était hier. » Au-delà de leurs émotions, ils gardent en tête l’organisation d’un procès d’assises. « Il y a un côté très cérémonial, très théâtral. Quand on ne connaît pas, c’est impressionnant », se remémore Thérèse.

Cette femme aujourd’hui à la retraite avait 30 ans en 1981. C’est l’année de l’abolition de la peine de mort en France. Dans le box des accusés, se tenait un jeune de 18 ans qui avait tué sa mère d’un coup de fusil, car il ne supportait plus de la voir toujours ivre.

« Je me souviens qu’au moins un homme qui était juré avait évoqué la peine de mort. Moi, je n’aurais pas pu la voter pour un truc comme ça. C’était un pauvre garçon, il vivait seul avec sa mère. Il méritait la prison, mais qu’allait-il devenir après ? Il a pris huit ans, j’ai souvent pensé à lui. »

« Mes émotions sont restées intactes »

Plus de quarante ans après, elle se revoit à l’instant où le verdict a été prononcé. « Ça avait crié au fond de la salle, sûrement des amis, des proches de ce jeune homme. Quand je suis sortie, mon mari m’attendait dehors. Je n’étais pas rassurée. »

En 1992, Nadia, jeune mère de famille, a « touché du doigt la violence de la société. » Trente ans plus tard, elle l’assure : « Je n’ai pas digéré. Mes émotions sont restées intactes. On n’est pas préparé à ça. C’est une chose de lire un fait divers dans la presse, c’en est une autre de se retrouver si proche de gens qui ont commis des crimes. On voit en face quelqu’un qui est passé à l’acte. »

Pour elle, ça avait été un hold-up et un viol. « On plonge dans le côté glauque de.