La SingLit vue par l’éditeur Edmund Wee


nous allons chez Epigram.

celle d’un passionné passionnant, celle d’un homme de convictions, celle d’un pionnier. Il s’appelle Edmund Wee. Il a 70 ans. Il dit avec un grand sourire que sa maison d’édition, c’est sa troisième carrière entamée à 60 ans.

La SingLit vue par l’éditeur Edmund Wee

vous vous rappelez peut-être la présentation de l’album jeunesse The Phantom of Oxley Castle, une autre publication d’Epigram. Ou bien vous êtes déjà tombés sur une de ses publications les plus vendues, The Diary of Amos Lee ? Outre un certain parfum de scandale, elles ont un point commun  : ce sont des œuvres de la SingLit. La SingLit ou Singapore literature regroupe les œuvres sur Singapour ou par des Singapouriens.

Edmund en a fait sa mission. Il sélectionne, publie et récompense les auteurs –singapouriens- écrivant -sur Singapour.

I try to be 100 per cent Singaporean.

Ce travail acharné représente la publication de plus de 400 livres en une décennie. Un travail éditorial qui a été récompensé à Singapour et dans le monde  : un prix Eisner Award (les Oscars de la BD) pour “Moving Forward,” de Drewscape, dans Monsters, Miracles, & Mayonnaise en 2013 ainsi que trois Eisner pour The Art of Charlie Chan Hock Chye en 2017. Oh Yong Hwee and Koh Hong Teng ont reçu en 2014 l’International MANGA Award (Bronze) pour Ten Sticks and One Rice. En 2016, ce sont quatre prix des Singapore Book Awards qui tombent, avec notamment le « livre de l’année » pour The Art of Charlie Chan Hock Chye et le « meilleur titre de fiction » pour le recueil de nouvelles d’Amanda Lee Koe, « Ministry of Moral Panic ». Edmund est aussi nominé « meilleur éditeur de littérature jeunesse de l’année » à la foire de Bologne en 2016.

Mais qui est donc Edmund Wee ?

Sa famille venue de Chine via l’Indonésie qui s’installe à Singapour quand son père a 10 ans, en fait un « Singapourien première génération » comme il le dit lui-même.

En 1991, il se lance dans sa deuxième carrière et crée son agence de design, Epigram. Il emportera plusieurs prix, comme le Red Dot Grand Prix Award ou le President’s Design Award (2006, 2007, 2008).

Edmund affirme faire le tour de son activité professionnelle au bout de 20 ans, et comme il trouve par ailleurs l’univers de la fiction moribond à Singapour, il se lance dans l’aventure éditoriale. En 2011, il fonde et subventionne Epigram Books. L’homme est toujours aimable mais peut être cinglant  : « nous sommes les seuls à publier des albums jeunesse en anglais avec des faciès asiatiques. Ce qui nous arrive d’Occident, ce sont des princesses aux cheveux clairs et des châteaux ». Quatre ans plus tard, il fait le tour des mécènes pour doter son prix littéraire de 40 000 SGD afin d’encourager les auteurs singapouriens. Le prix EBFP s’est élargi en 2020 aux auteurs de l’Asie du sud-est. La liste des lauréats et des candidats des précédentes années est une belle sélection pour qui veut se délecter de SingLit sans faire de longues recherches.

Il voulait se concentrer sur la publication, mais a dû devenir libraire aussi. Ouverte en 2017, la librairie de Londres succombe à la pandémie en 2021.

Si je voulais être profitable, je ne vendrais que des livres scolaires.

Alors Edmund affirme haut et fort, et souvent contre vents et marées, ses choix de publication. Livres de jeunesse, roman, mémoires, romans graphiques, recueils de nouvelles… On peut ainsi trouver au catalogue d’Epigram une des très rares collections jeunesse dont chaque titre comprend les quatre langues de Singapour  : Just a Little Mynah, de Evelyn Sue Wong et Dhanendra Poedjono. Ma préférée est Makan Mischief, une savoureuse histoire mettant en scène Petit Mainate et des enfants qui vont chercher des plats ethniques dans différentes échoppes d’un hawker centre. Ils y interagissent dans leur langue avec les représentants de chaque communauté pour rassembler un buffet que les gourmets apprécieront  !

Edmund a la tête pleine de nouveaux projets, soutenus ou pas par les instances gouvernementales. Singapour est multi-ethnique  : il a donc eu à cœur de traduire des ouvrages en malais, en tamoul, et en chinois, vers l’anglais, pour que les communautés de Singapour se connaissent mieux. Par exemple des romans comme Confrontation, qui plonge des racines profondes dans l’histoire et la culture de la péninsule, vécues par le petit Malay Adi du Kampung Pak Buyung.  L’auteur Mohamed Latiff Mohamed a été récompensé trois fois par le Singapore Literature Prize. Vous pouvez aussi feuilleter les albums hauts en couleur de la collection Understanding Singaporeans conçus comme des foires aux questions  : Why do Indians dot their forehead ? Why do Eurasians love sugee cake.

 

 

Edmund aimerait maintenant étendre la collection aux Philippins et autres communautés de Singapour…  Mais aussi, comme le vivier d’auteurs de Singapour est restreint, il vise maintenant de faire connaitre les auteurs du sud-est asiatique en les traduisant en anglais, la « seule langue d’échange possible ». Enfin, comme sa première librairie café dans le URA Centre n’a pas pu renouveler son bail, il en ouvre une nouvelle au Singapour Art Museum en avril 2022.

Je lui ai finalement posé la question impossible  : le(s)quel(s) de ses ouvrages emporter si on quitte Singapour sachant qu’on n’a plus de place dans ses bagages ? Et Edmund n’a pu résister à proposer les choix suivants. 

 Bonne découverte à vous  !

 

Epigram Books

Fondée en 2011

Prix du Roman de fiction Epigram Books Fiction Prize, EBFP

Fiction Novel Award

Prix du roman d’horreur, Storytel Epigram Horror Prize

18 employés (designers graphiques, éditeurs, commerciaux, marketing, administratifs…)

39 Keppel Rd

Blog

Je salue Catherine Cousins, fondatrice de Open Book, bibliothèque et éditions, qui a aussi commissionné un joli livre quadrilingue, La fable du chat et du chien.